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Même exilés, les militants égyptiens des droits humains ont peur

Cherif Mansour n'avait que 17 ans lorsqu'il a été arrêté pour la première fois par les services de sécurité égyptiens et que son père, qui avait beaucoup d'expérience en la matière, lui a donné des conseils sur la façon de répondre aux interrogatoires.

Il vit aux Etats-Unis depuis 15 ans, mais il continue à militer pour les droits humains et il se sent de nouveau sous la pression des services de sécurité égyptiens, cette fois-ci par sa famille interposée.

Le cousin de Cherif Mansour, Reda Abdelrahman, a été arrêté en août et doit comparaître le 2 mars devant la justice égyptienne pour de vagues accusations de soutien à un groupe terroriste, une tactique que les ONG accusent le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi d'utiliser pour museler les dissidents exilés.

"Après avoir réussi à réduire au silence tout le monde dans le pays, à contrôler les médias et à forcer beaucoup de monde à s'exiler, ils essaient de faire pression sur ceux d'entre nous qui avons réussi à nous échapper et à trouver un refuge", déclare à l'AFP Cherif Mansour, qui a aujourd'hui 41 ans et vit dans la banlieue de Washington.

Le militant égyptien ajoute que son cousin a maintenant le droit de recevoir une visite par mois, mais sa santé est fragile et il est régulièrement interrogé sur les activités des membres de sa famille.

Interrogé par l'AFP, le ministère égyptien des Affaires étrangères n'a pas commenté.

Selon Cherif Mansour, quatre autres familles égyptiennes exilées se sont trouvées dans la même situation que lui depuis un an.

Le département d'Etat a soulevé le cas de Mohamed Soltan, aujourd'hui citoyen américain, qui a raconté que les maisons de six membres de sa famille avaient été fouillées par des policiers en civil.

Mohamed Soltan est le fils d'un dirigeant de la confrérie des Frères musulmans, interdite depuis 2013 en Egypte.

- "Peur de l'avenir" -

Cherif Mansour fait cause commune avec Mohamed Soltan, même s'il se considère lui-même comme laïque et défend l'idée de la séparation entre la religion et l'Etat.

Son père Ahmed Sobhy Mansour, réfugié lui aussi dans la banlieue de Washington, était un chercheur de la célèbre université Al-Azhar, au Caire, où il était un expert reconnu du coranisme, courant religieux de l'Islam fondé sur le coran seul et le refus total de l'autorité des hadiths, ces commentaires attribués au prophète Mahomet.

Prendre les familles pour cible "montre qu'ils ont peur de l'avenir que nous représentons, un avenir qui permettrait l'inclusion de tous, la liberté et l'égalité pour tous et, à partir des traditions de l'islam, en établirait les bases pour le grand public", note Cherif.

Le président Joe Biden s'est engagé à remettre les droits humains au centre de ses relations avec les alliés arabes des Etats-Unis, rompant avec la politique de son prédécesseur Donald Trump qui aurait appelé M. Sissi son "dictateur préféré".

Lors de son premier entretien téléphonique avec son homologue égyptien Sameh Choukry la semaine dernière, le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken "s'est inquiété de la situation des droits humains, soulignant qu'ils seront au centre des relations bilatérales entre les Etats-Unis et l'Egypte", a indiqué le département d'Etat américain.

Pour Cherif Mansour, cela signifie que M. Biden "ne donne pas carte blanche à Sissi".

L'administration Biden a pourtant a approuvé une vente d'armes de près de 200 millions de dollars à l'Egypte, dans le cadre d'un programme massif d'assistance militaire au Caire.

- Nouvelles mesures américaines -

Mais le département d'Etat a aussi annoncé qu'il interdirait désormais d'entrée aux Etats-Unis toute personne accusée de s'attaquer, au nom des autorités de son pays, à des dissidents ou journalistes à l'étranger, une initiative saluée par les militants égyptiens.

Cette nouvelle règle, baptisée "Khashoggi ban", a été adoptée après la publication d'un rapport des services de renseignement américains accusant le prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed ben Salmane d'avoir "validé" l'assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi.

Le meurtre de Khashoggi a été suivi de près par Cherif Mansour, qui travaille aujourd'hui pour le Comité pour la protection des journalistes.

Selon cette ONG, l'Egypte détenait en décembre dans ses geôles 27 journalistes, plus que tout autre pays excepté la Chine et la Turquie.

Alors que la France a reçu M. Sissi avec les honneurs en décembre, Cherif Mansour espère que Joe Biden va rassembler la communauté internationale autour de la défense des droits humains dans le monde arabe.

Son voeu est que l'Egypte échappe à sa "prophétie autoréalisatrice: c'est ou bien l'armée ou bien les Frères musulmans, c'est nous ou les islamistes".

"Nous voulons nous libérer de cette équation."

AFP

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