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En Centrafrique, l'espoir d'une justice face aux crimes de la guerre civile

En costume-cravate dans le box des accusés de la Cour pénale internationale à la Haye, Patrice-Edouard Ngaïssona et Alfred Yekatom, ressemblent à d'inoffensifs employés de bureau. Mais, en Centrafrique, les victimes n'ont rien oublié des graves crimes des milices qu'ils commandaient et dont ils sont accusés.

Leur procès a commencé mardi à La Haye, et à Bangui, malgré les milliers de km qui les séparent des accusés, l'émotion est bien présente parmi les proches des victimes, réunis pour suivre l'audience retransmise en direct sur un écran géant à la Cour pénale spéciale de la capitale centrafricaine.

La plupart ont vécu ces évènements de près, au paroxysme de la guerre civile entre 2013 et 2014. Une coalition rebelle à dominante musulmane, la Séléka, avait renversé en 2013 le président de l'époque François Bozizé et des milices chrétiennes, connus sous le nom de "antibalaka", s'étaient formées pour, disaient-ils, mettre fin aux exactions de groupes armés musulmans.

Certains ont même connu les deux accusés : Patrice-Edouard Ngaïssona, ancien ministre centrafricain des Sports, décrit par la CPI comme "le plus haut dirigeant" des antibalaka, selon la CPI. Et Alfred Yekatom, un député, qui "aurait commandé un groupe d'environ 3.000" combattants antibalaka, d'après la Cour.

La salle frémit quand la procureur égrène les chefs d'accusation: meurtres, viols, déplacements forcés...  Et dissimule à peine son agacement quand les deux accusés se déclarent "non coupables". 

Loin des tribunaux aseptisés des Pays-Bas, c'est à Bossangoa, petite ville au coeur des savanes septentrionales d'un pays parmi les plus pauvres au monde, qu'Alain (le prénom a été modifié) a croisé la route des antibalaka.

- "J'ai tout perdu" -

Le 5 décembre 2013, les milices antibalaka ont attaqué la ville et son quartier musulman, faisant au moins 38 morts, parmi lesquels 11 civils tués à coups de machette devant la maison de l'imam, selon l'ONG Human Rights Watch.

"Ma femme a perdu sa jambe, ils lui ont tiré dessus. J'ai été déplacé, j'ai tout perdu. Mes voitures, mes b½ufs, mon frigidaire", raconte Alain, souriant malgré tout sous sa moustache blanche. "Il fallait bien qu'il y ait ce procès pour les victimes. Dans quelles conditions nous avons fui, c'est horrible quand on pense à tout ça."

Mais les victimes attendent davantage qu'un procès. En Centrafrique, l'acquittement par la CPI de Jean-Pierre Bemba, ex-vice président de République démocratique du Congo (RDC), et ex-chef de milice dont les troupes ont commis de graves crimes en Centrafrique au début des années 2000, est encore vif dans les mémoires.

"Les deux accusés sont bien portants dans leurs belles vestes, par rapport aux victimes qui souffrent", s'agace Aicha Baba, présidente de l'Association des femmes musulmanes actives pour le Développement, dont le fils aîné, alors âgé de 17 ans, a été assassiné par des miliciens antibalaka.

"Si la justice les déclare coupable, il y aura vraiment un soulagement", estime-t-elle. 

Face aux proches des victimes, le représentant de la CPI en Centrafrique, Mike Cole admet qu'"il est possible qu'il y ait acquittement, mais en tout cas, les voix des victimes auront été entendues". "Le temps de l'impunité est révolu".

Mais pour Marius Olivier Poussinga, représentant de l'Association des Victimes solidaires, "tant qu'il n'y a pas de condamnation, on ne peut pas dire que les temps ont changé".

- Les violences continuent -

Huit ans après le début de la guerre civile, nombre de Centrafricains vivent toujours sous la coupe des groupes armés qui occupent les deux tiers du territoire.

Depuis décembre, le pays a replongé dans un énième cycle de violence: une coalition de groupes armés, notamment composée de miliciens antibalaka, cherche à renverser le régime du président Faustin Archange Touadéra et s'est aventurée jusqu'aux portes de la capitale avant d'être repoussée.

Aujourd'hui, les miliciens antibalaka qui ont attaqué la famille d'Alain sont encore à Bossangoa, fief de leur dirigeant présumé, l'ancien président François Bozizé, accusé par le gouvernement d'être l'instigateur de la rébellion déclenchée mi-décembre, avant l'élection présidentielle.

"Nous avons bel espoir que ça va réussir et qu'il y aura réparation. Et que ceux qui sont présumés assassins réfléchissent, parce qu'il y en a encore d'autres qui continuent à commettre des crimes", espère Alain, inquiet pour le peu de biens qu'il lui reste dans sa ville natale.

Pour Alain ou Aicha Baba, il s'agit autant de réparer le passé que de préparer l'avenir. "Sans la justice, on n'aura pas de paix", estime-t-elle. "Si la justice fait son travail, nous aurons le développement. La justice est la base de toutes choses".

AFP

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