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Nigeria: le marché de Shasha, symbole d'unité, dévasté par des violences entre ethnies

Les ruines du marché de Shasha sont encore fumantes trois jours après les affrontements meurtriers qui ont éclaté entre des habitants des ethnies yoruba et haoussa d'Ibadan, une ville du sud-ouest du Nigeria où les communautés "vivent en paix depuis des décennies". 

"C'est ici que se trouvaient ma maison et mes boutiques", se désole Ibrahim Adelabu, un commerçant de 51 ans, en montrant les décombres. Lui et sa famille ont réussi à s'enfuir et sortir indemne de ces affrontements, mais ils ont tout perdu.

Vendredi, un conflit a éclaté entre un ouvrier de l'ethnie haoussa et un commerçant de l'ethnie yoruba provoquant un déchaînement de violences sur ce marché, situé dans l'Etat de Oyo, où plusieurs personnes ont été tuées, selon les autorités.

Trois jours plus tard, c'est un paysage de désolation et de gravats que visitent des journalistes de l'AFP. 

Des voitures calcinées, des dizaines de maisons et boutiques réduites en cendre, des paniers de tomates et d'oignons renversés sur des centaines de mètres, témoignent de l'intensité des violences. 

A l'entrée du marché, un véhicule blindé de la police monte la garde, tandis qu'Ibrahim et plusieurs commerçants ramassent les débris.  

"Par où commencer ? J'ai perdu 25 millions de nairas (50.000 euros). Mon seul réconfort, c'est que ma famille a échappé au lynchage", dit-il, dépité. 

Les tensions entre différentes communautés ne sont pas rares dans le pays le plus peuplé d'Afrique, où plus de 250 groupes ethniques et linguistiques vivent côte à côte. 

Mais l'explosion de violence à Ibadan a choqué ses habitants alors que dans cette ville, les yoruba, ethnie majoritaire dans le sud-ouest, et les haoussa, venus du nord, y vivent en harmonie.

Ces derniers mois, les Etats du sud-ouest ont connu une recrudescence de tensions entre des éleveurs peuls venus du nord et des agriculteurs yoruba, autour des droits de pâturage.

Ces tensions ont alimenté la montée de discours haineux, ciblant les personnes originaires du nord, en particulier les peuls, accusés d'être responsables d'une augmentation des enlèvements et d'attaques meurtrières. 

Début février, plusieurs campements peuls ont été attaqués dans la région, provoquant la fuite de milliers d'éleveurs vers le nord. 

- Bilan contradictoire -

Les violences qui ont éclaté vendredi à Ibadan ont été suffisamment graves pour faire réagir le président Muhammadu Buhari.

Dimanche soir, il a appelé à l'unité et exhorté les chefs traditionnels et religieux de cette ville à travailler main dans la main. 

Lundi, un calme précaire était revenu dans la ville. Mais de nombreuses zones d'ombre persistaient autour de l'incident. Notamment sur le nombre de victimes. 

Selon le gouvernement, plusieurs personnes ont perdu la vie, mais il n'a pas précisé combien. 

Un porte-parole de la police de l'Etat d'Oyo a décliné tout commentaire auprès de l'AFP. 

Différentes sources locales donnent des bilans contradictoires: des résidents ont affirmé que deux jeunes yoruba étaient morts, tandis que des représentants des haoussa ont affirmé que 23 d'entre eux avaient été tués. 

Il est malheureux qu'"un malentendu mineur" ait dégénéré en carnage, dit à l'AFP Haruna Yaro, l'un des responsables de cette communauté sur le marché.

Après l'incident entre l'ouvrier haoussa et le commerçant yoruba, "des délinquants venus de la ville ont semé le chaos", raconte-t-il. "Ils ont commencé à tuer, à piller et mettre le feu".  

Plusieurs milliers de commerçants haoussa se sont alors réfugiés dans le palais du chef local, puis ont fui la région, affirme-t-il. 

- Lieu d'unité -

Les chefs haoussa sont en discussion avec ceux de la communauté yoruba pour restaurer la paix entre les membres de ces deux ethnies. 

Le vice-président du Nigeria a condamné dimanche les violences et rappelé que le marché de Shasha était un lieu "d'unité". 

"Depuis des décennies, les commerçants venus du nord font des affaires avec leurs frères du sud-ouest, où ils vivent en paix et se marient même entre eux", a-t-il écrit sur Twitter.

Lundi, le gouverneur de l'État d'Oyo, Seyi Makinde, a appelé au calme et au lancement d'une enquête approfondie.

"Les individus qui ont pris l'habitude d'attiser les flammes ethniques à Oyo soit par leurs déclarations, leurs actions ou leurs publications sur les réseaux sociaux sont des ennemis de notre État", a-t-il affirmé, face à la montée des discours haineux. 

"Les haoussa sont des membres de la communauté d'Ibadan. Nous vivons ici depuis des années", affirme Ibrahim Adelabu.

"Nous ne comprenons pas pourquoi ils s'en sont pris à nous, pourquoi ils ont pillé et détruit nos biens".

Même incompréhension du côté de M. Yaro: "Je suis né et j'ai grandi ici. Je parle yoruba couramment", dit-il. "Je n'ai aucun autre endroit où aller". 

AFP

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