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Elections en Centrafrique: que sait-on de l'offensive rebelle ?

Le 17 décembre, six des principaux groupes armés qui contrôlaient déjà deux tiers de la Centrafrique s'unissaient dans une coalition rebelle contre-nature pour une "grande marche inexorable" sur Bangui, dix jours avant les élections présidentielle et législatives.

Leur but était aussi d'empêcher la réélection du président Faustin Archange Touadéra.

Les élections ont bien eu lieu le 27 décembre, mais seul un électeur inscrit sur deux a pu avoir l'opportunité d'aller voter dans ce pays ravagé depuis 8 ans par une guerre civile ravivée par cette nouvelle offensive. Et M. Touadéra a été déclaré réélu.

La situation militaire est confuse mais, 20 jours après le début de leur "offensive", les insurgés ont certes largement contribué à décrédibiliser le scrutin mais ont peu progressé vers la capitale.  

Voici ce que l'on sait de cette offensive que M. Touadéra qualifie de "tentative de coup d'Etat" par son plus grand rival, l'ex-président François Bozizé. 

- Les rebelles: une alliance de circonstance

La Coalition des Patriotes pour le changement (CPC) est une alliance rebelle hétéroclite des six plus puissants parmi 14 groupes armés pourtant signataires d'un accord de paix en 2019, entre eux-mêmes et avec le gouvernement.

Mais ils sont surtout d'anciens ennemis jurés qui se retrouvent sur un agenda commun, renverser Touadéra, sous la bannière de  Bozizé. Ce dernier l'a longtemps nié avant d'annoncer son "soutien" à la CPC le jour du vote.

Le noyau de la rébellion est formé par des milices anti-balaka fidèles à Bozizé, alliées à des groupes à dominante peule et musulmane qui avaient pourtant, au sein de la coalition Séléka, renversé le président Bozizé en 2013, événement déclencheur de la guerre civile.

Au début du conflit, Séléka et anti-balakas, principalement animistes et chrétiens, avaient plongé le pays dans un chaos sanglant. En 2015, l'ONU avait accusé les deux camps de crimes de guerre et contre l'Humanité.

Personne ne peut estimer les effectifs de la CPC mais ils ne disposent guère que d'armes légères, assurent experts et sources sécuritaires.

- L'autre camp: des combattants étrangers aguerris

Face à eux, Bangui compte sur près de 12.000 Casques bleus de la Mission des Nations unies en Centrafrique (Minusca) depuis 2014, dont 300 soldats des forces spéciales portugaises.

Mais ceux qui mènent le gros des combats, selon les experts et plusieurs témoignages, sont des renforts dépêchés peu après l'offensive par le Rwanda et la Russie, soutien de poids de M. Touadéra.

Kigali et Moscou ont chacun envoyé "plusieurs centaines" de combattants, selon Bangui. "300 instructeurs militaires", a corrigé Moscou. En réalité des paramilitaires de la compagnie russe privée Wagner, lourdement armés, selon des sources sécuritaires.

Pas encore complètement formées et privées d'armements lourds par un embargo de l'ONU, les Forces armées centrafricaines (FACA) font, quant à elles, encore peu le poids face aux rebelles.

- Rumeurs et confusion sur le terrain

Les informations fiables sont rares et polluées par d'innombrables rumeurs.

Une offensive sur Bangui n'est pas complètement exclue mais les rebelles semblent bloqués dans leur progression par des combattants étrangers aguerris et bien mieux armés qu'eux. Ils ont seulement lancé ici et là des attaques contre des villes dans lesquelles le pouvoir avait réinstallé des autorités locales sous la protection de la Minusca. 

Ainsi de Bambari, à 380 km au nord-est de la capitale, prise le 22 décembre et reprise par les Casques bleus le lendemain. Ou de Bangassou, à 750 km à l'est de Bangui, dont un groupe armé s'est emparé le 3 janvier. 

"On n'a pas noté d'attaque depuis au moins dix jours", assure aujourd'hui le colonel Abdoulaziz Fall, porte-parole militaire de la Minusca, ajoutant: "Des éléments armés sont toujours dans la brousse çà et là mais nous n'avons pas noté de mouvement significatif, hormis à Bangassou".

En dehors de trois Casques bleus burundais tués, il n'y a pas de bilan officiel, mais la CPC admet dès le 19 décembre "de nombreuses pertes en vies humaines" dans ses rangs.

- Une longue guérilla à venir ?

Les rebelles ont adopté une "stratégie de guérilla", attaquant des villes et se repliant, explique à l'AFP Roland Marchal, chercheur au Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po Paris. 

Car si FACA et Minusca exercent un contrôle tout relatif sur des grandes villes, les insurgés se déplacent librement dans la brousse et entretiennent l'insécurité sur les axes de ravitaillement et dans les bourgades. Aujourd'hui, les camions ne circulent plus sur l'axe routier crucial pour l'approvisionnement de Bangui depuis le Cameroun.

"C'est une guerre qui risque de durer, les rebelles ont un objectif de long terme", analyse Nathalia Dukhan, de l'ONG américaine The Sentry. "Ils mettent la main sur les ressources naturelles, pour étouffer économiquement les autorités de Bangui, mais aussi pour pouvoir acheter des armes", ajoute-t-elle.

AFP

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