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Centrafrique: les rebelles annoncent une trêve avant les élections

La coalition de groupes rebelles à l'offensive depuis une semaine contre le gouvernement centrafricain a décrété un "cessez-le-feu unilatéral" de trois jours arrivant à échéance avant les élections de dimanche, dont le président Faustin Archange Touadéra est le grand favori.

Cette coalition a également demandé à M. Touadéra, qui affiche pourtant sa détermination à tenir ces scrutins présidentiel et législatif comme prévu, fort du soutien de la communauté internationale, de "suspendre les élections dont les conditions de bon déroulement n'ont jamais été réunies".

La Coalition des patriotes pour le changement (CPC), qui rassemble six des principaux groupes en rébellion, a décrété mercredi un "cessez-le-feu unilatéral" de trois jours arrivant donc à échéance avant les élections dans ce pays plongé dans la guerre civile depuis près de huit ans, contrôlé aux deux tiers par des groupes armés.

"Le document n'est pas signé. C'est un cessez-le-feu unilatéral, un non-événement, et nous n'avons pas vu ces gens-là s'arrêter dans leurs actions" a réagi jeudi auprès de l'AFP le porte-parole du gouvernement Ange-Maxime Kazagui.

Jeudi matin, les combats ont pourtant connu une accalmie dans plusieurs localités, selon des responsables d'ONG et de l'ONU.

La progression des rebelles a été enrayée depuis mercredi, avec notamment la reprise de la quatrième ville du pays, Bambari, selon la Mission de l'ONU en Centrafrique (Minusca), par les Casques bleus, l'armée, et des centaines de renforts dépêchés par le Rwanda et la Russie.

La semaine dernière, les principaux groupes armés se sont coalisés et ont lancé une offensive, immédiatement accusés par le camp Touadéra de tenter un "coup d'Etat" à l'instigation de l'ancien président François Bozizé, renversé en 2013, qui dément.

La menace persistante des groupes armés rend illusoire une participation conséquente, du moins libre et sereine, faisant dire à l'opposition et aux experts que la légitimité des futurs élus (le président et les 140 députés) pourrait être déjà grandement entamée.

A quelques jours du vote, le gouvernement exhortait d'ailleurs encore par SMS les inscrits à aller retirer leurs cartes d'électeur.

- Opposition divisée -

M. Touadéra, élu en 2016, apparaît comme le grand favori, selon les politologues. Son mandat a été marqué par un début de reconstruction de l'armée et le rétablissement de l'autorité de l'Etat dans plusieurs préfectures, mais également par de multiples scandales de corruption. 

Anicet Georges Dologuélé, économiste et ancien Premier ministre, est désormais son principal concurrent, depuis l'invalidation de la candidature de François Bozizé, sous le coup de sanctions de l'ONU, qui a apporté son soutien à M. Dologuélé. 

Toutefois, l'extrême division de l'opposition, qui présente 15 candidats contre M. Touadéra, devrait faciliter la tâche du sortant. L'opposition dénonce par avance des fraudes massives pour faire réélire M. Touadéra dès le premier tour et réclame un report.

La Centrafrique est ravagée par une guerre civile qui a fait des milliers de morts entre 2013 et 2014 avant de baisser d'intensité depuis 2018. Plus du quart des 4,9 millions de Centrafricains ont dû fuir, dont 675.000 demeurent réfugiés dans les pays voisins, sans pouvoir voter.

Dans les rues de Bangui, le pessimisme règne. Mercredi, de fausses rumeurs sur l'entrée des rebelles avaient déclenché des mouvements de panique. "Il y a des risques sur la sécurité du scrutin mais j'irai voter", insiste Lionel Fotot, 29 ans, venu chercher sa carte d'électeur jeudi dans une école du centre.

"C'est un hold-up électoral, l'élection ne peut avoir lieu sur l'ensemble du territoire contrôlé par des groupes armés qui veulent perturber le scrutin", estime Roland Marchal, spécialiste de la Centrafrique au Centre de Recherches Internationales (CERI) à Paris.

Dimanche, le G5+, qui compte notamment la France, la Russie, l'ONU, l'Union européenne et la Banque mondiale, a martelé que les élections, dans l'organisation desquelles la communauté internationale a investi plus de 30 millions d'euros, devaient "se tenir dans le respect du délai constitutionnel". 

Mais mercredi, l'ONU s'est déclarée "profondément alarmée" par les violences qui "présentent de sérieux risques pour la sécurité des civils et l'exercice du droit de vote".

La plupart des quelque 1.500 candidats à l'Assemblée nationale n'ont pu faire campagne pour des raisons de sécurité. Le second tour est prévu le 14 février.

AFP

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