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Impatience et émotion en attendant la réouverture de la frontière Bénin-Nigeria

Plongé dans un sommeil forcé depuis août 2019, le poste frontière de Seme entre le Nigeria et le Bénin reprenait vie jeudi après l'annonce de sa réouverture imminente, suscitant l'espoir et l'émotion de centaines de commerçants béninois, asphyxiés depuis 16 mois.

Dès l'aube, cambistes, vendeurs, transporteurs, petits commerçants, chauffeurs de taxi, ont commencé à affluer à pied, à moto ou en voiture des deux côtés du poste frontière de Seme-Krake, sur la côte atlantique. 

La veille au soir, la présidence nigériane a annoncé la réouverture de quatre postes frontières avec le Bénin et le Niger -- fermés depuis août 2019 pour empêcher la contrebande et développer la production locale -- provoquant une immense vague de joie chez des milliers de Béninois qui dépendent de cette frontière pour vivre.

"Je suis émue jusqu'aux larmes, cette réouverture va mettre fin à nos difficultés", s'exclame Jacqueline Watchinou, une vendeuse béninoise qui durant ces 16 mois a dû "travailler comme domestique" pour subvenir aux besoins de sa famille.

"Hier à l'annonce, nous avons fait la fête. Nous sommes si heureux", s'égosille cette femme.  

Dans les bistrots autour, la joie se lit sur les visages des clients, des groupes de travailleurs lèvent leurs verres entre deux éclats de rire. 

Un peu plus loin, des vendeuses enroulées dans des pagnes colorés ont installé de petits tabourets face à la borne, attendant avec impatience la levée de la barrière. 

- Inquiétude -

Mercredi soir, les premières traversées ont eu lieu, mais au matin, la haie s'est toutefois refermée, les douaniers nigérians attendant le décret officiel en provenance d'Abuja pour la rouvrir.

L'inquiétude a alors commencé à gagner les commerçants... 

"Ce matin, nous avons appris que les Nigérians ne laissent plus personne passer", explique désemparé Brice Biokou, un cambiste qui a observé mercredi les allers et venues entre les deux pays. "Ils disent attendre les ordres de leur hiérarchie et cela nous inquiète un peu". 

En août 2019, le président nigérian Muhammadu Buhari avait imposé du jour au lendemain la fermeture des frontières terrestres pour développer l'industrie locale et freiner les importations. 

Ces dernières années, le port béninois de Cotonou était quasiment devenu le port naturel de Lagos, capitale économique du Nigeria de 20 millions d'habitants totalement congestionnée et gangrénée par la corruption. Une centaine de kilomètres séparent les deux grandes villes. 

D'immenses quantités de poulets surgelés, riz, tissus, mais aussi des voitures arrivaient au port de Cotonou, taxés au Bénin, avant d'être acheminés - souvent illégalement - chez le voisin nigérian. 

- Inflation et récession -

Dans l'autre sens, le Bénin, qui n'a qu'un nombre infime de stations essence fonctionnelles, vit grâce à l'importation d'essence du Nigeria, transportée en contrebande à moto dans des jerricanes, et vendue le long de toutes les routes du Bénin.

Ainsi, cette mesure de fermeture avait eu des conséquences économiques dramatiques asphyxiant le Bénin, le sud du Niger mais aussi les communautés frontalières au Nigeria, qui vivent essentiellement du commerce avec ses voisins.

Mais face à la récession économique provoquée par la pandémie de coronavirus, et la flambée des prix des biens alimentaires au Nigeria, notamment du riz, la décision du gouvernement était de plus en plus critiquée. 

Ainsi, Abuja a annoncé que d'ici la fin décembre tous les autres postes-frontières du pays seront rouverts. 

L'interdiction d'importer du riz, de la volaille et tous les produits interdits d'importation reste en vigueur. 

Pas de quoi décourager Midonignon Agbogninoi, un transporteur de marchandise qui a travaillé pendant 22 ans à cette frontière. 

"Je ne vous cache pas mon émotion", confie cette homme, qui a dû trouver "des petits boulots" pour nourrir sa famille durant cette période extrêmement difficile.

"Je suis pressé de convoyer à nouveau des marchandises vers le Nigeria", s'extasie-il, se disant confiant dans l'avenir: "j'ai ouï dire qu'avant la fin de la journée, tout rentrerait dans l'ordre".

AFP

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