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Nigeria: retour en masse des déplacés de Boko Haram malgré la tuerie du weekend

Les évacuations massives des camps de personnes déplacées par le conflit contre Boko Haram dans le nord-est du Nigeria se poursuivent malgré la tuerie qui a fait des dizaines de morts, les autorités encourageant le retour à la terre face aux risques de crise alimentaire.

Quelque 3.000 personnes qui vivaient dans un camp à Maiduguri, la capitale de l'Etat du Borno, depuis six ans après avoir fui les violences jihadistes, ont été reconduites en bus lundi dans leur région d'origine, Marte, à 130 kilomètres de là, sur ordre des autorités. 

Selon les témoignages recueillis par l'AFP, la plupart des déplacés étaient satisfaits de retrouver "les fermes et les terres abandonnées" dans cette région considérée autrefois comme le grenier à blé du lac Tchad, mais s'inquiétaient de savoir si les autorités s'engageraient à sécuriser la zone, où opère le groupe l'Etat islamique en Afrique de l'Ouest (Iswap), branche dissidente de Boko Haram. 

Boko Haram et l'Iswap continuent de semer la terreur dans la région, où des dizaines de civils ont été "froidement tués" samedi alors qu'ils travaillaient dans une rizière, selon les Nations unies.

L'ONU avait avancé dimanche un bilan de 110 morts, mais est revenue lundi sur ce nombre, confirmant à ce stade "plusieurs dizaines" de morts, dans un nouveau communiqué.

Le gouverneur de l'Etat de Borno, qui a assisté aux obsèques, a fait savoir de son côté que "plus de 70 personnes" avaient péri et que la localité, à une vingtaine de kilomètres de Maiduguri, comptait encore de nombreux disparus.

Les agriculteurs, pêcheurs ou bûcherons sont régulièrement pris pour cible par les jihadistes, qui les accusent de transmettre des informations à l'armée ou de ne pas leur payer les taxes qu'ils leur imposent pour exercer une activité économique et agricole.

- "Sévère crise alimentaire" -

"Il est malheureux que tant d'attaques visent les paysans, les pêcheurs et les familles qui tentent de retrouver des moyens de survivre après 10 ans de conflit", déplore l'ONU dans son communiqué. 

"Aider les communautés rurales à reconstruire leurs moyens de subsistance est notre priorité et le seul moyen d'éviter une terrible crise alimentaire dans l'Etat du Borno", ajoute son responsable. 

Le gouverneur du Borno s'est engagé à reloger les deux millions de déplacés du conflit chez eux malgré les menaces sécuritaires, affirmant qu'il n'est plus possible financièrement de les prendre en charge dans des camps protégés par l'armée et où ils vivent quasiment uniquement de distributions alimentaires.

"Nous pourrions bientôt faire face à une crise alimentaire sévère à cause des activités destructrices des bandits qui détruisent les fermes et tuent aussi les paysans", a déclaré le Dr Abiso Kabir, directeur du groupe agricole nigérian Wal-Wanne Group, qui employait nombre des ouvriers agricoles tués samedi, lors d'une conférence de presse.

Environ 4,3 millions de personnes ont été victimes d'insécurité alimentaire en juin 2020, en raison de à l'augmentation des violences, mais surtout de la crise du coronavirus et des restrictions de déplacement. 

La semaine dernière, le Nigeria est officiellement entré en récession pour la seconde fois en quatre ans, et la crise alimentaire proche de la famine qu'a connu le nord-est du pays en 2016 pourrait être pire l'année prochaine. 

Pour Vincent Foucher, chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) français et spécialiste du conflit, le "coeur de cette crise humanitaire, c'est les déplacements massifs de populations qui n'ont plus accès depuis à leurs espaces agricoles ou leurs zones de pêche".

En plus de l'insécurité, à laquelle le président Muhammadu Buhari n'a jamais réussi à répondre, le chercheur rappelle également "des séries d'incidents entre le dispositif humanitaire et les autorités nigérianes, notamment les militaires, qui ont accusé les ONG de soutenir les jihadistes pour des raisons mystérieuses. Ces incidents n'ont pas aidé à fournir une aide solide".

AFP

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