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Nigeria: malgré des actes d'intimidation et des violences, les manifestations se poursuivent

Les manifestations contre les violences policières se sont poursuivies au Nigeria mercredi, notamment à Lagos et à Abuja, la capitale fédérale, où une trentaine d'hommes armés de bâtons et de couteaux ont tenté de déloger les manifestants, selon des témoins.

Le gouvernement avait réitéré mardi ses promesses de réformer la police, mais cela n'a pas suffi à apaiser la colère des manifestants.

Plusieurs centaines d'entre eux se sont réunis mercredi dans le centre d'Abuja, où ils ont déjà été délogés à de nombreuses reprises cette semaine par l'armée.

"Je suis encore à Berger (rond point dans le centre d'Abuja)", raconte Esther Jonathan, manifestante de 28 ans. "Il y a deux heures environ, un groupe d'adolescents clairement drogués, sont arrivés sur nous et ont détruit nos voitures à coups de bâtons".

Ils sont restés une vingtaine de minutes, sans que la police ou des forces de sécurité n'interviennent, selon cette jeune manifestante qui accuse le pouvoir d'être derrière ces actes d'intimidation.

"Ils ont déjà fait ça pendant les manifestations de Bring Back our Girls en 2014 (pour demander la libération des filles de Chibok enlevées par les jihadistes de Boko Haram), et voilà qu'ils font la même chose en 2020", dénonce Aisha Yusufu, activiste et l'une des figures du mouvement, dans un entretien avec l'AFP.

A Lagos, dans le quartier d'Ikeja, plusieurs témoins ont également rapporté à l'AFP des actes d'intimidation par une dizaines de jeunes brandissant des machettes et des couteaux, mais ils ont été appréhendés par les manifestants et deux d'entre eux ont été livrés à la police.

Les manifestations contre les violences policières qui rassemblent des centaines, parfois des milliers de jeunes dans les rues de plusieurs villes du sud du pays et à Abuja, ont fait 10 morts, dont deux policiers, selon un décompte mercredi d'Amnesty International.

- Pression de la rue -

Depuis plus d'une semaine, des milliers de citoyens s'organisent sur les réseaux sociaux derrière le hashtag #EndSARS et battent le pavé dans plusieurs grandes villes du pays pour demander la suppression de la SARS, une unité de police accusée d'extorquer la population, d'arrestations illégales, de torture et même de meurtre.

Deux grands axes de Lagos, capitale économique du Nigeria, étaient bloqués depuis trois jours, aggravant encore les énormes problèmes de circulation dans la mégalopole de 20 millions d'habitants.

Face à la pression de la rue, le gouvernement a d'abord annoncé dimanche le démantèlement immédiat de cette unité spéciale et mardi soir, le porte-parole de la police Franck Mba a annoncé une série de mesures en réponse aux demandes des manifestants pour plus de transparence au sein de la police, et a promis de faire passer des "tests psychologiques" aux officiers de la SARS "avant leur redéploiement dans d'autres services de police".

Mais le mouvement, qui se targue de n'avoir aucun leader, s'étend désormais à des revendications sociales et de réformes plus générales de l'Etat.

"Je suis ici pour apporter mon soutien à mes employés, la moitié d'entre eux ont été agressés par la police ces deux dernières années", expliquait à l'AFP Aderonke Bamgbade, manifestante à Lagos. "Ca suffit de nous plaindre dans le confort de nos maisons, nous devons demander une meilleure police et un meilleur Nigeria".

Le coordinateur des Nations unies au Nigeria, Edward Kallon, a appelé la "jeunesse à rester pacifique", rappelant que le "processus de réformes peut prendre du temps".

Le Nigeria est le premier producteur de pétrole d'Afrique, mais ce géant de 200 millions d'habitants souffre d'un ralentissement de son économie et d'un chômage massif, notamment chez les jeunes, aggravé par la crise du coronavirus.

AFP

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