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Les proches du "père de l'indépendance" cultivent la mémoire d'un autre Mali

"C'est une fierté!": à l'occasion de l'anniversaire de l'indépendance du Mali, Hatouma Keïta étend devant la maison familiale un large drapeau sorti du placard et un panneau rendant hommage à son père, le premier président Modibo Keïta.

Les badauds s'arrêtent, lisent quelques lignes ou jettent un regard. "C'est un honneur pour moi", un moyen de dire à Bamako qui habite ici, dit sobrement Hatouma Keïta, 56 ans.

Modibo Keïta est le "père de la nation", comme le qualifient les livres d'histoire. C'est lui qui, le 22 septembre 1960, proclame l'indépendance de l'ancien Soudan français, qui devient République du Mali. Il prend la présidence de ce pays neuf et engage une politique socialiste.

Il sera renversé huit ans plus tard par le lieutenant Moussa Traoré et placé en détention, où il mourra en 1977.

Moussa Traoré, mort la semaine dernière, a exercé 22 ans de pouvoir autoritaire avant de tomber à son tour à la suite d'un putsch. "Sous Moussa, on ne parlait pas de Modibo Keïta", dit Maimouna Diakité, fille adoptive du président Keïta. "Même quand Modibo est décédé, Moussa Traoré a parlé de lui comme d'un +instituteur à la retraite+".

La plupart des membres de la famille quittent le Mali, d'autres font profil bas. Ce n'est qu'après le coup d'Etat déposant Moussa Traoré en 1991, considéré comme l'avènement de la démocratie, qu'est ravivée la mémoire de M. Keïta.

Un mémorial a été construit, on a donné son nom à l'aéroport et au principal stade de Bamako. "Quand Moussa Traoré est parti, chaque président a fait son possible pour que les Maliens n'oublient pas Modibo", dit sa fille adoptive.

- "Plus de mari comme lui" -

Le patriarche national est partout présent dans la maison de famille. Un immense portrait est placé à côté de la télévision dans le salon, sa vieille radio Zenith est posée à côté du canapé, et chaque photo accrochée dans la maison renvoie à lui.

"C'est le père de l'indépendance, c'est le père national, c'est le père de tous les Maliens", dit sa fille Hatouma. Toute la famille vit aujourd'hui dans une vieille bâtisse coloniale du vieux-Bamako, que les autorités ont allouée à la famille Keïta il y a trois ans.

S'y trouve aussi Fatoumata Keïta Diallo, dernière des trois femmes du président Keïta encore en vie. Ils se sont mariés en 1962. Elle a eu avec M. Keïta les deux seuls enfants du président, dont Hatouma.

La vieille femme veut parler encore et encore de feu son mari, bien que sa gorge la fasse souffrir depuis un AVC. "Il était gentil, très gentil", dit-elle d'une petite voix chevrotante, enveloppée dans un large boubou recouvert d'une écharpe rose. "Je ne trouverai plus de mari comme lui", ajoute-t-elle avec un petit sourire.

En politique aussi, il était "au-dessus des autres". "Il faudrait un nouveau Modibo Keïta aujourd'hui, mais vous n'en trouverez pas !", tranche-t-elle en allusion à la nouvelle période d'incertitude où le pays, plongé depuis des années dans une profonde crise sécuritaire, économique et politique, est décrit comme à la croisée des chemins après le dernier putsch en date, le 18 août.

- "Le Mali continue" -

Dans ce contexte morose, le souvenir de Modibo Keïta est associé aux grands travaux qu'il a lancés, à l'espoir du développement, à la jeunesse du pays.

"Les tomates, les chaussures des militaires, le lait, les allumettes, le textile, tout était fabriqué ici!", dit Maimouna Diakité. Et puis, "tout a été bradé, tout a été vendu". 

Aujourd'hui le Mali est à genoux. Une guerre contre des jihadistes à l'influence grandissante meurtrit le nord et le centre du pays, la corruption est endémique et les perspectives pour les jeunes quasiment nulles.

"La République du Mali est née. Le Mali continue", déclamait Modibo Keïta le 22 septembre 1960. "Toutes les Maliennes et tous les Maliens doivent se considérer comme mobilisés pour la construction de la République du Mali, patrie de tous ceux qui sont fermement attachés à la réalisation de l'indépendance et de l'unité africaine", disait-il.

"Est-on seulement indépendant aujourd'hui", demande Mme Diakité.

AFP

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