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Présidentielle en Côte d'Ivoire: l'opposition en ordre dispersé face

Se rassembler, manifester, boycotter? A l'approche d'une élection présidentielle à haut risque en Côte d'Ivoire, l'opposition, seulement unie dans son rejet de la "candidature illégale" du président sortant Alassane Ouattara, hésite sur sa stratégie, dans un contexte de tensions.

Après la décision lundi du Conseil constitutionnel ivoirien, qui a validé la candidature controversée à un troisième mandat du président sortant, ses principaux rivaux, Laurent Gbagbo et Guillaume Soro dont les candidatures ont été rejetées, jouent des partitions ambiguës.

La coalition pro-Gbagbo a appelé à des "manifestations" et à la mobilisation pour "faire barrage à la dictature de Ouattara", qui avait promis de ne pas briguer un troisième mandat avant de changer d'avis en août après le décès de son dauphin.

Le Conseil a estimé lundi qu'avec la nouvelle Constitution de 2016, le compteur de ses mandats avait été remis à zéro, ce que conteste farouchement l'opposition.

Les manifestations ayant suivi en août l'annonce de la candidature de M. Ouattara ont fait une quinzaine de morts. Et des échauffourées ont eu lieu mardi dans plusieurs localités après l'annonce du Conseil constitutionnel recalant 40 des 44 candidatures.

Muet sur ses intentions, l'ancien président Gbagbo (2000-2010), qui vit à Bruxelles, laisse pour le moment ses partisans parler pour lui.

Son ancien ennemi Guillaume Soro, ex chef rebelle ayant contribué à la chute de Gbagbo, a lui appelé depuis Paris l'opposition à s'unir "pour stopper M. Ouattara dans sa folle aventure, par tous les moyens légaux et légitimes".

Evoquant une saisie de la Communauté des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), de l'Union africaine et de l'ONU pour obtenir des "élections transparentes et inclusives", M. Soro n'a cependant pas exclu de mobiliser la rue. "Si nous sommes tous d'accord pour descendre et manifester, je ne serai pas en reste", a déclaré l'ancien allié de Ouattara, condamné à 20 ans de prison dans son pays pour détournement de fonds.

- "Au bord du gouffre" -

"Je rentrerai en Côte d'Ivoire", a assuré sans donner de date M. Soro, qui a affirmé que sa candidature à la présidentielle était "irrévocable", mais pas au scrutin du 31 octobre, dont il affirme qu'il ne se tiendra pas. "Ouattara est inéligible, le Conseil constitutionnel est tombé dans la forfaiture, et il ne peut pas dans ces circonstances y avoir d'élection en Côte d'Ivoire", a affirmé M. Soro, répétant à plusieurs reprises: "il n'y aura pas d'élection".

"La Côte d'Ivoire est au bord du gouffre", a-t-il lancé.

"Ca fait un peu peur. Dire qu'il n'y aura pas d'élection le 31, ca suggère la violence", juge l'analyste ivoirien Sylvain N'Guessan, qui dirige l'Institut de stratégie d'Abidjan, en soulignant la stratégie en ordre dispersé de l'opposition: "les pro-Gbagbo appellent à des manifs, le PDCI (principal parti d'opposition de l'ex président Henri Konan Bédié) va aux élections, et Soro se dit candidat...". Pour l'analyste, "la seule possibilité de l'opposition serait de faire un ticket derrière Bédié", dont la candidature a été retenue par le Conseil.

Interrogé jeudi pour savoir s'il était prêt à rallier M. Bédié, Guillaume Soro a d'ailleurs éludé.

- "Election mal partie" -

Ces stratégies encore opaques se mettent en place sur fond de violences meurtrières à l'approche du scrutin, dix ans après la crise née de la présidentielle de 2010, qui avait fait 3.000 morts après le refus du président Gbagbo de reconnaître sa défaite face à M. Ouattara.

Bédié, Gbagbo, Ouattara, respectivement 86, 75 et 78 ans, "ces trois personnages animent la scène politique ivoirienne depuis 25 ans, dans un pays où 40% de la population a moins de 15 ans", rappelle le chercheur d'ICG (International Crisis Group) Rinaldo Depagne, qui juge l'élection "mal partie".

"Le rapport de force actuel est très violent, très inquiétant. Il y a un passage en force du pouvoir, et une scène politique chauffée à blanc", s'inquiète-t-il, citant "la violence verbale sur les réseaux sociaux, où fusent les insultes de toutes part". "C'est d'autant plus inquiétant que l'une des caractéristiques de la politique ivoirienne est que dès qu'il y a un problème politique, il mue automatiquement en problème communautaire", ajoute-t-il.

AFP

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