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Guinée: le président Condé confirme briguer un 3e mandat, au risque des tensions

Le président guinéen Alpha Condé a mis mercredi un terme définitif à des mois d'ambiguïté en confirmant pour la première fois être candidat à 82 ans à un troisième mandat, malgré une contestation qui a coûté la vie à des dizaines de civils.

"A partir de maintenant, je m'engage parce que vous, vous avez décidé que je m'engage", a lancé M. Condé, 82 ans, par visioconférence à l'adresse de femmes de son parti qui avaient organisé une manifestation en faveur de sa candidature à la présidentielle programmée le 18 octobre.

Son parti, le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), avait quasiment officialisé sa candidature lundi en annonçant dans un communiqué lu à la télévision nationale que M. Condé avait accepté d'être son champion.

Pendant des mois, M. Condé s'était gardé de confirmer ou d'infirmer qu'il briguerait sa propre succession à la fin de son deuxième mandat, malgré la mobilisation constante d'un collectif qui a fait descendre depuis octobre 2019 des milliers de Guinéens dans la rue pour faire barrage à une telle entreprise.

La contestation a donné lieu à des heurts et été durement réprimée à plusieurs reprises. Des dizaines de civils ont été tués.

Tout en entretenant le flou sur ses projets, M. Condé, élu en 2010 et réélu en 2015 à la tête de cette ancienne colonie française d'Afrique de l'Ouest dont plus de la moitié des 12 millions d'habitants vit dans la pauvreté malgré la richesse du sous-sol, a fait voter une nouvelle Constitution laissant peu de doute sur ses desseins.

Elle limite le nombre des mandats présidentiels à deux. Mais les partisans de M. Condé arguent que son adoption en mars à l'issue d'un référendum controversé et émaillé de violences remet les compteurs à zéro.

L'officialisation de sa candidature fait craindre des tensions renouvelées dans un pays coutumier des protestations et des répressions brutales.

Quelques heures auparavant, la France a exprimé son inquiétude face au "caractère non consensuel du fichier électoral", appelant "l'ensemble des acteurs guinéens, quels qu'ils soient, à la responsabilité, au dialogue et à la plus grande retenue".

Le Front national de défense de la Constitution (FNDC), collectif de partis, de syndicats et de membres de la société civile qui a mené la campagne contre ce qu'il dénonce comme un coup d'Etat institutionnel, a déjà annoncé de nouvelles manifestations.

La contestation va entrer dans une "phase décisive", a-t-il dit. Pendant des mois, les experts ont mis en garde contre les risques grandissants d'une escalade à l'approche du scrutin, avec la concrétisation des intentions de M. Condé.

- "Candidat des femmes " -

L'intéressé a levé les dernières incertitudes, s'il en restait mercredi, en se réclamant du soutien des femmes. "Les partis ont parlé mais ma décision est prise à partir de votre union et votre engagement. Car sans les femmes on ne peut rien faire", a-t-il dit.

"Si la Constitution exige que ce soient les partis politiques qui présentent les candidats, moi, je suis le candidat des femmes et des jeunes", a-t-il dit.

Ancien opposant historique ayant connu l'exil et la prison, Alpha Condé est devenu en 2010 le premier président démocratiquement élu après des décennies de régimes autoritaires.

Ses supporteurs invoquent son action pour moderniser le pays et attirer les investisseurs intéressés par des réserves minières inexploitées au potentiel considérable.

Ses opposants l'accusent de dérive autoritaire. Les défenseurs des droits humains dénoncent la dégradation observée au fil des années et les violences des forces de l'ordre lors des manifestations, qui ont fait quelque 200 morts en toute impunité depuis son arrivée au pouvoir, selon l'opposition.

Devant les critiques des Américains ou des Européens, M. Condé s'est employé à soigner les relations avec les Chinois ou les Russes.

Chez le voisin ivoirien aussi, les partisans du président Alassane Ouattara invoquent le changement de Constitution en 2016 pour défendre sa candidature à un troisième mandat le 31 octobre. L'annonce de cette candidature, que ses adversaires jugent inconstitutionnelle, a  provoqué des violences qui ont fait une quinzaine de morts en août.

AFP

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