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"Peur que l'espoir disparaisse": au Zimbabwe, militants et opposants face

"Pommes pourries", "terroristes" ou encore "forces obscures": ce sont quelques-uns des termes employés par le président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa pour désigner ses opposants politiques qu'il a promis de pourchasser, dans une logique de répression de plus en plus dure.

Officiellement interdites pour cause de Covid-19, les dernières manifestations vendredi pour dénoncer la corruption et la crise économique qui rongent le pays, ont été empêchées par des forces de sécurité sur le pied de guerre dans la capitale Harare.

Une vingtaine de manifestants ont été arrêtés. Accusés d'incitation publique à la violence, ils ont finalement été libérés sous caution.

L'opposition avait appelé à se mobiliser le 31 juillet, deux ans jour pour jour après l'élection d'Emmerson Mnangagwa à la tête d'un pays dirigé pendant 40 ans en maître absolu par Robert Mugabe.

Depuis son arrivée au pouvoir, une centaine de militants et figures de l'opposition ont été enlevés et brutalisés, vraisemblablement par des agents de l'État, selon les organisations de défense des droits.

Le gouvernement zimbabwéen a récemment réfuté ces "fausses" accusations de man½uvres de répression. "Il n'y a pas de crise ni d'implosion au Zimbabwe. Il n'y a pas non plus eu d'enlèvements ou de +guerre+ menée contre des citoyens", a déclaré le porte-parole du gouvernement Nick Mangwana dans un communiqué.

Mais la promesse mardi du président Mnangagwa de "débusquer" ses opposants politiques a semé la peur chez certains militants, comme elle a renforcé leur détermination.

"Nous sommes retournés à l'ère Mugabe", explique à l'AFP la militante Nyasha Musandu, arrêtée vendredi. "J'ai choisi de ne pas vivre dans la peur", assène cette Zimbabwéenne de 32 ans.

- "Chair de poule" -

Pour elle, les mots du président Mnangagwa ne veulent dire qu'une chose: "l'Etat est "en guerre contre ses citoyens". "Quand on commence à qualifier ses propres citoyens d'ennemis de l'État et de terroristes, on entre dans un terrain très dangereux (...). Ma plus grande peur est que l'espoir disparaisse", met-elle en garde.

Militante pour les droits humains, Jestina Mukoko, 53 ans, a été enlevée par des agents de l'État en 2008. Reconnue coupable de complot contre le régime, elle est restée 68 jours dans une prison à haute sécurité.

"Quand j'entends parler de personnes enlevées et torturées, j'ai des flashbacks", raconte-t-elle.

Taxée de marionnette de l'Occident, accusée d'être une ennemie de l'État ou encore de soutenir l'opposition, elle a aujourd'hui un cercle d'amis très restreint et à chaque rencontre ne peut s'empêcher de se demander si son interlocuteur n'a pas été envoyé pour la surveiller.

Elle peut aussi quitter subitement un supermarché avec la chair de poule, parce qu'elle aura croisé plusieurs fois la même personne dans une allée.

Le gouvernement veut "que je garde le silence sur ce qui se passe. Pas tant que je serai vivante", assure-t-elle.

"Tout comme George Floyd, les Zimbabwéens disent: on ne peut pas respirer. Est-ce que quelqu'un nous entend ? Nous avons ces grosses bottes sur nos cous, nous voulons respirer, vivre dans la dignité et faire respecter nos droits".

- "Sidéré" -

Le 25 mai à Minneapolis aux États-Unis, George Floyd, un homme noir de 46 ans, est décédé en répétant ces mots: "I can't breathe" ("Je ne peux pas respirer"). Gisant au sol, menotté, le genou d'un policier blanc sur son cou, il est mort sous les yeux d'autres policiers restés passifs, provoquant une vague d'indignation dans le monde.

A 42 ans, Peter Mutasa était recherché encore la semaine dernière par la police. Responsable syndical, il a déjà été arrêté en janvier 2019 pour avoir appelé les Zimbabwéens à rester chez eux pour protester contre la hausse des prix du carburant.

Les accusations ont été abandonnées, mais lui et sa famille subissent depuis des tactiques d'intimidation.

"Nous n'avons pas peur de la police parce qu'ils n'ont rien contre nous. Nous sommes inquiets au sujet des assassins qui ont pour ordre de blesser ou tuer. Ceux qui vous traquent, viennent au c½ur de la nuit et cherchent clairement à vous faire du mal", explique-t-il.

"Ce pays est dangereux pour les syndicalistes et les autres militants", ajoute-t-il. Et "nous comprenons parfaitement ce que signifie +débusquer+: cela signifie tuer ceux qui sont en désaccord".

Décrivant un pays où les hôpitaux sont fermés, les personnels soignants en grève, les salaires en chute libre et dans lequel des familles meurent de faim, Peter Mutasa se dit "sidéré" par les propos d'Emmerson Mnangagwa.

"Nous nous attendions à ce qu'un président confronté à de tels problèmes relève ces défis. Nous étions donc clairement sidérés de recevoir ces avertissements effrayants au lieu de paroles d'espoir".

"Nous tuer n'empêchera pas les travailleurs d'exiger des salaires équitables".

AFP

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