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En Tunisie, le président Kais Saied fait cavalier seul

En désignant un indépendant comme Premier ministre, le président tunisien Kais Saied a marginalisé le Parlement et les partis, discrédités par les incessantes querelles politiciennes, un pari dans un pays qui doit encore consolider sa démocratisation dix ans après la chute de la dictature.

Samedi soir, M. Saied, lui-même un indépendant, a chargé le ministre de l'Intérieur, Hichem Mechichi, de former un gouvernement, balayant les noms proposés par les principaux partis.

Face au spectacle des arrangements partisans opaques et des luttes de pouvoir qui ont paralysé l'Assemblée récemment, sa décision a été saluée sur les réseaux sociaux par de nombreux internautes se félicitant de ce "bon choix" d'avoir ignoré les propositions des partis.

Ennahdha, principale force parlementaire qui avait poussé le gouvernement actuel à la démission pour former une nouvelle coalition plus à son goût, "a perdu la main", affirme Selim Kharrat, responsable d'Al-Bawsala, un observatoire indépendant du Parlement.

Un député du parti d'inspiration islamiste critique néanmoins une tentative de "diaboliser le Parlement", avertissant que cela revenait à "diriger le pays vers une nouvelle dictature", une accusation lourde de sens dans un pays qui garde le souvenir du règne de Zine el Abidine Ben Ali (1987-2011).

Pour le quotidien La Presse, le président Saied tire "le tapis sous les pieds d'un Parlement livré au chaos".

Juriste de formation, M. Mechichi a été chef de cabinet dans plusieurs ministères et le premier conseiller du président Saied, chargé des affaires juridiques, avant d'être nommé ministre de l'Intérieur fin février 2020 dans le gouvernement sortant d'Elyes Fakhfakh.

En outre, si le nouveau cabinet n'obtient pas la confiance des députés d'ici fin août, M. Saied pourra dissoudre l'Assemblée élue en octobre 2019, et sa composition serait largement modifiée par un nouveau scrutin, à en croire les sondages.

Après la révolution qui a mis fin en 2011 à la dictature, la Tunisie a adopté en 2014 un système mixte, plutôt de tendance parlementaire, régulièrement contesté.

- "Homme de confiance" -

Le président "fait passer la Tunisie d'un régime parlementaire modéré à un régime présidentiel, sans effectuer les changements nécessaires (dans la Constitution) ni chercher à convaincre la majorité", dénonce ainsi le politologue Salaheddine Jourchi. 

M. Saied "veut changer la politique du pays et souhaite un chef de gouvernement qui ne le contrarie pas", souligne M. Jourchi. 

Pour M. Jourchi, la décision du président, comme le risque d'une dissolution de l'Assemblée, "aura de graves répercussions sur la stabilité de la vie politique, ce qui affectera la vie socio-économique" dans un pays déjà frappé par les sévères retombées de la pandémie de Covid-19.

Ennahdha (54 députés sur 217) et le parti libéral Qalb Tounes (27 sièges) de l'homme d'affaires Nabil Karoui, poursuivi pour blanchiment d'argent, s'étaient entendus sur deux noms d'indépendants, qui n'ont pas été retenus.

"C'est une bonne chose de remettre les partis à leur place", juge M. Kharrat.

Selon lui, la démarche du président, dans la droite ligne de ses critiques envers la politique partisane, empêche "les arrangements au profit des dirigeants" de partis "qui ont une gouvernance peu démocratique" et sont "peu représentatifs".

Reste à savoir si M. Mechichi, qui n'a pas de programme à défendre et une expérience politique limitée, parviendra à rassembler une majorité dans un Parlement fragmenté.

Ennahdha comme Qalb Tounes ont indiqué lundi ne pas avoir d'opposition de principe envers M. Mechichi, mais les négociations sur la composition du gouvernement s'annoncent ardues.

Ces partis ont peu de cartes à jouer: des élections anticipées fin 2020, un an après le dernier scrutin, pourraient voir un recul d'Ennahdha et une avancée de son plus farouche adversaire, le Parti destourien libre (PDL). 

Elles risqueraient aussi d'accentuer l'hostilité croissante de l'opinion publique, exaspérée par les querelles politiciennes entravant les réformes attendues pour faire baisser le chômage et améliorer des services publics en déshérence.

AFP

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