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Amadou Gon Coulibaly, le dauphin foudroyé avant la présidentielle

Dauphin désigné du pouvoir, le Premier ministre ivoirien Amadou Gon Coulibaly, décédé mercredi des suites de problèmes cardiaques à 61 ans, n'aura pas eu le temps de réaliser son ambition de succéder à son mentor à la tête de la Côte d'Ivoire.

Le "jeune frère", le "fils" le "plus proche collaborateur depuis 30 ans" du président Alassane Ouattara, ainsi que celui-ci lui l'a décrit dans son hommage, avait été désigné en mars candidat du parti au pouvoir pour la présidentielle prévue en octobre. 

Mais, victime d'un malaise à Abidjan le 2 mai, il avait dû être évacué en France, dans un hôpital parisien, malgré la fermeture des frontières en raison du coronavirus.

Sa longue absence de plus de deux mois avait suscité des interrogations sur son état de santé parmi la population et la classe politique, sachant qu'il avait subi une opération du coeur en 2012. 

Le gouvernement, qui avait d'abord parlé de simples "examens médicaux", avait ensuite révélé que le Premier ministre s'était fait poser un stent et devait se reposer. A son retour à Abidjan jeudi dernier, "AGC" s'était dit "en forme" et prêt à travailler. 

Premier ministre depuis 2017, Amadou Gon Coulibaly a accompli toute sa carrière dans l'ombre du président Ouattara, dont il était l'un des très proches et dont il avait l'entière confiance.

"Cela fait 30 ans que j'apprends aux côtés du président", expliquait-il volontiers, pour justifier de sa légitimité, mais sans mesurer peut-être que la formule pouvait aussi le désigner comme un éternel lieutenant et le desservir.

Après des études en France (diplôme de l'Ecole des Travaux publics), il avait débuté sa carrière politique comme conseiller technique de M. Ouattara, alors Premier ministre, de 1990 à 1993. 

Il a participé aux côtés d'Alassane Ouattara à la création du Rassemblement des Républicains (RDR), dissidence de l'ex-parti unique du président Félix Houphouët-Boigny, en 1994.

Il était devenu ensuite haut-fonctionnaire, puis député (1995-1999), avant d'entrer au gouvernement de réconciliation nationale, lors de la crise ivoirienne des années 2000, comme ministre de l'Agriculture (2003-05, puis 2006-10).  

Son ascension au premier plan politique a coïncidé avec la prise de pouvoir d'Alassane Ouattara en 2011 : Gon Coulibaly devient secrétaire général de la présidence, un poste stratégique.

En 2017 enfin, il est nommé chef du gouvernement et s'impose comme le dauphin du président. Réputé gros travailleur, il maîtrise bien les circuits financiers internationaux, comme son mentor. Il a d'ailleurs la charge du ministère du Budget, en plus de la primature, et met l'accent sur la bonne gestion macroéconomique, au détriment de l'action sociale, selon l'opposition.

- Le lion de Korhogo -

Lorsqu'Alassane Ouattara transforme en 2018 le RDR en "parti unifié", le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), "AGC" en devient le président du directoire, encore un signe de son importance politique.

Surnommé "le lion", pour son tempérament fougueux et réputé pour ne pas reculer devant l'adversité, ce Senoufo (ethnie majoritaire du Nord ivoirien) était issu d'une grande famille de la ville de Korhogo, et était à ce titre très influent chez les chefs traditionnels. 

Il a été maire de Korhogo, la quatrième ville du pays, de 2001 à 2018 et député de la circonscription (2011-2018).

Malgré ce brillant CV, Amadou Gon Coulibaly souffrait d'un manque de charisme auprès de la population ivoirienne, de l'avis des observateurs. Sa désignation comme candidat à la présidentielle avait fait grincer des dents plusieurs hiérarques du RHDP.

Malgré son image de technocrate, il savait cependant jouer les bêtes de scène lors des meetings avec des formules comme "2020 c'est bouclé et géré !" ou "Tchoko-tchoko on va gagner!".

"AGC est un modèle pour notre génération", avait témoigné le jeune ministre de la Promotion des PME, Félix Anoblé, maire de San Pedro, deuxième ville portuaire de Côte d'Ivoire, après sa désignation comme candidat pour la présidentielle.

Né le 10 février 1959, il était marié et père de cinq enfants.

AFP

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