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Bénin: le pouvoir maintient les municipales de dimanche, en dépit du virus

Les autorités béninoises ont décidé de maintenir les élections municipales, prévues dimanche dans ce pays d'Afrique de l'Ouest, dans un contexte de crise politique, malgré les risques sanitaires provoqués par la pandémie de coronavirus.

Beaucoup de voix, notamment au sein de l'opposition, ont déjà appelé au report de ce scrutin, et en avril, la Cour africaine des droits de l'Homme avait tranché en faveur de l'opposant Sébastien Ajavon, actuellement en exil, imposant au Bénin de suspendre ces élections, qu'elle jugeait non inclusives.

L'année dernière, entre avril et juin, le pays avait plongé dans une grave crise politique au lendemain des élections législatives, lors desquelles aucun parti d'opposition n'avait pu présenter de liste.

Les partisans de l'ancien président Boni Yayi étaient descendus en masse dans les rues pour protester contre le scrutin, et avaient été dispersé par des tirs à balles réelles.

L'ancien chef de l'Etat, principal opposant du président Patrice Talon, a d'ailleurs récemment quitté son parti, accusant la nouvelle Charte politique imposée dans le pays de "conduire inexorablement à un parti unique à la solde du président".

Dimanche, les listes des 77 communes du Bénin proposent des candidats de cinq partis, plus ou moins importants ou plus ou moins proches du pouvoir, mais la population s'inquiète surtout de la propagation du coronavirus. 

Le pays comptait jeudi seulement 339 cas confirmés officiellement, mais leur nombre a fortement augmenté ces derniers jours, en raison des tests massifs organisés par le gouvernement vers des groupes cibles comme les enseignants et les agents de santé.

- "A marche forcée" -

La Commission électorale nationale (Cena) se veut toutefois rassurante et assure que "le gouvernement et la Cena ont pris les mesures pour protéger les citoyens".

"Il y aura dans le cadre des mesures de protection sanitaire contre le Covid-19, du gel hydroalcoolique pour se désinfecter les mains et des masques pour nous protéger contre la pandémie", a assuré Emmanuel Tiando, président de la Cena.

Ce qui n'empêche pas l'opposition de dénoncer une élection "à marche forcée".

Pour limiter la propagation du virus, le gouvernement a interdit les meetings politiques et les rassemblements de plus de 50 personnes.

La campagne électorale s'est donc limitée aux affichages et aux messages diffusés via les médias.

"On aurait pu reporter le scrutin pour mieux faire les choses", a déclaré à l'AFP sous couvert de l'anonymat un des candidats du parti de l'opposition à Cotonou, qui craint que cela permette au pouvoir de "faire passer des listes en force dans la plupart des communes".

Pour le Collectif pour la sauvegarde de la démocratie béninoise, un collectif de Béninois de la diaspora, cette élection "est une vaste escroquerie politique" et présente un "caractère exclusif en raison du contexte sanitaire imposé par le Covid-19".

La Fédération internationale internationale pour les droits humains (FIDH) prévient que le coronavirus "représente un défi supplémentaire pour les processus électoraux en Afrique subsaharienne", dans un rapport publié jeudi.

"Des élections démocratiques nécessitent un environnement respectueux des droits fondamentaux, et notamment la liberté d'association, la liberté d'opinion et d'expression ainsi que d'assurer la sécurité des électeurs", rappelle l'ONG.

"Il existe un vrai risque que la pandémie puisse être utilisée à des fins politiques, en maintenant ou en suspendant les scrutins, selon les intérêts personnels et politiques de chacun",  écrit la FIDH.

L'opposant en exil Léonce Houngbadji, membre du Collectif pour la sauvegarde de la démocratie béninoise, a lancé un appel à l'abstention: "La maladie à coronavirus tue. Le 17 mai, n'allons pas nous faire contaminer et tuer. Restons chez nous".

L'abstention, qui avait dépassé les 70% lors des législatives de 2019, un taux historiquement haut, pourrait atteindre de nouveaux records dimanche.

Beaucoup d'électeurs ont déjà fait savoir qu'ils n'iraient pas voter.

"On sait que les partis du pouvoir feront encore carton plein comme aux dernières législatives", confie à l'AFP Firmin Armand Cakpo, étudiant d'Abomey-Calavi. "Il ne sert à rien d'aller risquer sa santé pour une élection sans grand enjeu".

AFP

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