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Au Maroc, le coronavirus sans effet sur les projets des migrants

L'oeil vif, Abdelouahed guette les camions en route pour l'Europe pour se glisser en douce sous un châssis: la crise du nouveau coronavirus et le bouclage des frontières ne changent rien à ses plans pour franchir le détroit de Gibraltar dans l'espoir d'une vie meilleure.

Comme ce jeune Marocain, ils sont des dizaines à errer aux abords du gigantesque port de Tanger Med, dans le nord du Maroc, dans l'espoir de traverser la Méditerranée en passagers clandestins. Les "harraga", littéralement "brûleurs" comme on les appelle ici, ne connaissent pas le répit. 

"La fermeture des frontières ne change rien, on n'a pas de frontière", lâche Ayoub, 25 ans, emmailloté dans un chandail vert olive, prêt à tout pour quitter son pays.

Située à moins de vingt kilomètres à vol d'oiseau, l'Espagne, un des pays européens les plus touchés par la pandémie du Covid-19, s'est calfeutrée en déclarant une quarantaine quasi-totale et l'état d'alerte pour quinze jours.

Relativement épargné avec 28 cas déclarés et un décès, le Maroc a suspendu cette semaine ses liaisons aériennes avec 29 pays et stoppé le trafic maritime des passagers. 

Mais le transit des camions et des conteneurs continue normalement.

"Coronavirus ou pas, on ira là-bas pour notre avenir!", s'exclame Abdelouahed, même si le Marocain de 22 ans concède que la conjoncture n'est pas forcément favorable car "ils ont renforcé les contrôles à cause du virus."

"Chacun sa méthode. Moi je préfère les caravanes et les autocars", confie-t-il. Avachis sur un trottoir, ses compagnons, venus des quatre coins du royaume dans l'espoir d'embarquer, approuvent en hochent la tête.

Leur situation précaire, misérable, tranche avec le dynamisme économique et la prospérité de la région de Tanger, en plein boom grâce à son parc industriel, son immense port de marchandise, son train à grande vitesse et ses aménagements urbains pour investisseurs fortunés.

- "Blasé" -

Dans le port, des milliers de conteneurs s'amoncellent sur de gros navires. Le temps est au beau fixe. Ayoub fixe l'horizon, la ligne bleue des côtes espagnoles, juste en face. Il raconte sa vie, l'orphelinat, l'errance, son arrivée ici il y a cinq ans pour "tenter sa chance".

Sa dernière tentative pour passer en Espagne a échoué, comme les précédentes. "Je me suis glissé sous un camion, je me suis caché au port, mais un chien policier m'a débusqué", murmure le jeune Marocain.

Abdelkrim, 33 ans et lui aussi marocain, dit avoir déjà réussi à traverser en 2007 et vécu à Tolède, en Espagne, avant d'être refoulé en 2017, faute de papiers. "Je suis blasé", dit-il en tirant sur une cigarette qu'il vient de quémander sur la route.

Pendant ce temps, deux jeunes s'agrippent à l'arrière d'un camion. Le chauffeur s'empresse de les chasser.

- "Asile" -

Les "harraga" dorment dans des abris en carton ou des squats, les mieux lotis louent des chambres à proximité. Tous se retrouvent dans un miteux café du coin, noyé dans un nuage de nicotine.

Un vieux billard trône dans l'espace exigu, mais personne ne joue. Le poste de télévision antique, qui diffuse des infos sur les effets mondiaux de la maladie Covid-19, focalise l'attention.

"Il n'y pas de travail", soupire un des candidats au départ qui refuse de donner son nom pour "ne pas se faire griller". Mais avant, il faut gagner l'autre rive, "par n'importe quel moyen, sous un camion, par la mer".

En l'absence de données officielles, difficile de savoir combien de "harraga" marocains tentent cette aventure périlleuse, dans un pays où les jeunes sont les plus touchés par l'exclusion sociale et l'absence de perspectives.

Selon les autorités espagnoles, près de 32.500 migrants originaires de plusieurs pays africains dont le Maroc sont entrés en 2019 clandestinement en Espagne par voie terrestre ou maritime, moitié moins qu'en 2018. 

AFP

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