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Bénin - L'irréparable bêtise du ministre de la Culture fait des dégâts
L’artiste sud-africain Bruce Clarke est de tous les combats. Il s’était attaqué à l’apartheid dans sa jeunesse. Plus récemment, il avait produit une sorte de mémorial de l’esclavage au Bénin: une peinture murale représentant une femme africaine debout et placée sur la plage de Ouidah, au plus près de la Porte du non-retour.
Mais cette peinture monumentale très symbolique, dont la réalisation avait été autorisée par la Mairie de Ouidah, a été anéantie le 15 janvier 2013 par ordre du ministre béninois de la Culture Jean-Michel Abimbola, nous apprend Jeune Afrique.
Le ministre s'est justifié en expliquant qu'il avait pris l'oeuvre pour un simple mur.
«Je suis atterré, explique l'artiste Bruce Clarke à Jeune Afrique. C'est un acte barbare. Quelle est la différence entre la destruction des oeuvres d'art islamique au Nord-Mali et celle de L'Homme debout? Certains diraient l'intention: au Mali, on connaît la valeur de ce qu'on détruit, et on le fait pour imposer sa vision totalitaire de l'Histoire. Au Bénin, le ministre de la Culture, Jean-Michel Abimbola, plaide l'ignorance: il pensait détruire un banal mur. Dans d'autres pays, il serait poussé à la démission s'il avouait ainsi son ignorance. Et si celle-ci est feinte, à quel jeu joue-t-il?»
Clarke se consacre pour l'heure à un projet qui lie le Bénin et le Rwanda. «Les hommes debouts» est en effet un hommage aux victimes de l’esclavage et du génocide rwandais.
Lu sur Jeune Afrique
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