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Le Mali en guerre cherche sa réponse politique et nationale

Rassembler la société civile et une classe politique divisée autour d'une table pour relever un Mali en guerre: tel est le credo affiché par les autorités pour le dialogue politique qui s'ouvre à Bamako samedi.

Ce "dialogue national inclusif", qui durera du 14 au 22 décembre, doit permettre au président Ibrahim Boubacar Keïta de reprendre la main, lui qui paraît isolé après un automne sanglant où plus de 140 soldats maliens ont perdu la vie dans des attaques jihadistes, sans que les autorités n'arrivent à endiguer la violence.

L'idée est de dégager la démarche politique qui, d'un avis largement partagé, doit aller de pair avec la réponse militaire face à une crise qui n'est pas seulement sécuritaire, mais multiforme: humanitaire, étatique, économique, voire climatique.

Ce dialogue aura lieu dans un climat de pessimisme face à l'évolution de la situation au Mali et au Sahel. Il s'ouvrira deux jours avant que le président Emmanuel Macron n'accueille en France ses homologues du Sahel pour, selon ses mots, "reclarifier le cadre et les conditions politiques" de l'intervention militaire française au Sahel.

Il se tiendra sans les principaux opposants du président malien. Soumaïlé Cissé, arrivé second à la présidentielle de 2018, a décliné l'invitation. Les anciens Premiers ministres Modibo Sidibe et Cheick Modibo Diarra, anciens candidats à la présidentielle eux aussi, tournent également le dos.

"Le dialogue est une manoeuvre d'IBK (le surnom de M. Keïta) pour garder les rênes du pays alors qu'il n'y arrive plus", tranche un proche de M. Cissé sous couvert d'anonymat.

"Ce grand moment (...) n'appartient pas à Ibrahim Boubacar Keïta, lequel passera, mais au peuple du Mali et à son avenir", a tonné le président dans une adresse à la nation. Le rendez-vous sera "fécond et refondateur", a-t-il promis.

Cela n'a pas convaincu.

"Même si toute la classe politique avait participé, il y a cette idée que ce dialogue inclusif est une conférence nationale d'entente bis", estime Brema Ely Dicko, professeur de sociologie à Bamako. Cette conférence nationale d'entente avait rassemblé l'opposition et la majorité en 2017, en amont des élections de 2018.

Les principales recommandations en avaient été de dialoguer avec les chefs jihadistes Amadou Koufa et Iyad Ag Ghali. Cette option étant rejetée par Bamako et son allié français, la préconisation n'avait pas été suivie d'effet.

- "Sans tabou" -

Alors "personne n'a la certitude que les résolutions de ce dialogue seront mises en oeuvre", continue M. Dicko.

Durant plusieurs mois, des consultations populaires ont eu lieu dans plus de 600 villes. Mais, estime la plate-forme Anw Ko Mali Dron (AKMD) de l'ancienne ministre Sy Kadiatou Sow, "ce qui aurait dû être un moment de mobilisation et de communion des Maliennes et des Maliens autour de la grave crise que connaît le pays, pour reprendre en mains leur destin commun, se déroule dans l'indifférence, sans engouement, sans esprit de sursaut national".

L'AKMD elle non plus ne prendra pas part au dialogue.

Quant aux groupes armés signataires de l'accord de paix d'Alger en 2015, ils laissent planer le doute.

Dans un communiqué conjoint début décembre, les deux principaux rassemblements de groupes armés, la Plateforme et la Coordination des Mouvements de l'Azawad (CMA), ont indiqué "ne pas émettre d'objections" à participer au dialogue, à condition que l'accord ne soit pas rediscuté.

C'est pourtant ce que réclame une partie de l'opposition. Le président Keïta avait dit en novembre ne pas être fermé à l'idée, ce qui avait braqué les groupes armés.

Un projet de révision constitutionnelle, qui doit introduire plus de décentralisation comme prévu dans l'accord de paix, est également sur la table depuis 2017, mais l'opposition l'a toujours refusé.

Alors, qu'attendre du dialogue ? "Toutes les préoccupations peuvent et doivent y être exprimées sans tabou, toutes les forces, toutes nos forces, sont convoquées et invitées", a dit M. Keïta.

Le dialogue pourrait être un moyen de rompre avec "l'immobilisme de la classe politique (qui) ne fait que creuser le fossé avec les Maliens", espère un diplomate occidental, sous le couvert de l'anonymat.

AFP

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