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Didier Drogba, novembre 2012. Dominic Ebenbichler / Reuters
Didier Drogba, novembre 2012. Dominic Ebenbichler / Reuters

Le portrait-robot du parfait footballeur africain

Si on rassemblait les qualités des meilleurs joueurs d’Afrique, à quoi ressemblerait l’ultime footballeur du continent?

Nous avons dressé en novembre 2012, un classement des meilleurs footballeurs africains, lequel n’a pas manqué de susciter les réactions des lecteurs de SlateAfrique.

C’était attendu, bien sûr: départager les plus grands joueurs est toujours délicat, car tous disposent d’arguments solides.

Face à tant de grands noms du ballon rond labellisés Afrique, le rêve de tout fan serait de pouvoir réunir tous ces joueurs pour n’en faire qu’un, fort de toutes les qualités possibles et imaginables.

Le souhait de tout entraîneur, le cauchemar de tout adversaire. Si l’on tirait la quintessence des esthètes du football continental, à quoi ressemblerait cette merveille ?

La stature de Roger Milla

Incontournable. Roger Milla, l’icône détonnante du Cameroun, au début des années 1990.

Le Lion indomptable a fait valser la planète avec la sélection nationale durant la Coupe du monde 1990: 4 buts, une victoire d’entrée contre l’Argentine championne du monde de Maradona, et ses petits pas de danse de makossa après chaque réalisation.

En 1994, Milla assoit un peu plus sa célébrité planétaire lors du Mondial américain, durant lequel il devient le plus vieux buteur en Coupe du monde (42 ans et 38 jours). Sans oublier son palmarès conséquent et le titre de meilleur joueur africain de l’Histoire décerné par la Confédération africaine de football en 2007. Voilà qui en dit long sur le statut de Roger Milla.

La science du jeu de Mahmoud El-Gohary

Son compatriote Mahmoud Al-Khatib a reçu le titre de sportif arabe du XXe siècle. Néanmoins, Mahmoud El-Gohary a amplement gagné sa place dans le cœur des Egyptiens. C’est sous sa direction que la sélection nationale s’est qualifiée pour le Mondial 1990, 56 ans après son unique participation.

Mais surtout, El-Gohary est le seul homme à avoir remporté la CAN en tant que joueur (en 1959: l’Egypte et la Syrie formaient la République arabe unie cette année-là) et en tant qu’entraîneur (1998). Sa disparition, en septembre 2012 à 74 ans, laisse les Pharaons orphelins d’un grand maître tacticien, dont les multiples titres parlent d’eux-mêmes.

Le coup de patte de Rabah Madjer

Un match, un joueur, un geste. En plus d’avoir été un redoutable buteur, Rabah Madjer a su choisir son moment pour entrer dans l’histoire.

Alors que Porto est mené par le Bayern Munich en finale de la Coupe des clubs champions 1987, l’Algérien égalise à 13 minutes de la fin d’une talonnade magnifique, non sans une étonnante décontraction.

Un geste remarquable qui porte son nom désormais. Dans la foulée, Madjer délivre le but de la victoire historique des Portugais à Juary.

Le cœur de Nwankwo Kanu

Champion olympique avec le Nigeria en 1996 et Ballon d’or africain la même année, Nwankwo Kanu n’a que 20 ans quand la maladie le frappe.

Alors qu’il a rejoint l’Inter Milan, des examens médicaux révèlent chez lui une grave défaillance cardiaque; le longiligne attaquant doit subir une chirurgie délicate pour remplacer une valve aortique.

Après une longue convalescence, Kanu se rétablit et retrouve le haut niveau avec Arsenal en Angleterre, alors qu’il croyait sa carrière terminée. Très croyant, le Super Eagle est à l’origine de nombreuses actions pour les enfants d’Afrique souffrant de troubles cardiaques. Nwankwo Kan : un homme de cœur, en quelque sorte.

Le compte en banque de Samuel Eto’o

Un palmarès interminable, des buts enfilés comme des perles… et un compte bancaire bien fourni. Samuel Eto’o a rejoint le championnat russe et le club d’Anzhi Makachkala en 2011, loin du gotha européen qu’il a connu à l’Inter Milan et au Barça.

Mais en Russie, le Camerounais émarge à 20,5 millions d’euros par an, ce qui en fait le footballeur le mieux payé de l’Histoire.

Certes, son ego peut agacer, tout comme son influence sur la sélection nationale ou son salaire. Mais n’oublions pas sa grande générosité et ses innombrables engagements dans l’humanitaire, l’éducation, la santé… Une philanthropie conséquente, à l’image de sa rémunération et de son talent.

La clairvoyance de Lakhdar Belloumi

Meneur de l’Algérie pendant onze ans, Lakhdar Belloumi est l’un des plus grands joueurs qu’ait connu le pays.

Sur le pré vert, il rayonnait par son aisance technique. Le Fennec est notamment reconnu comme l’un des premiers à maîtriser pleinement la «passe aveugle», qui consiste à passer le ballon en regardant ailleurs, afin de déstabiliser l’adversaire. Un geste remis en lumière dans les années 2000 par le Brésilien Ronaldinho.

La gentillesse de Jimmy Adjovi-Boco

Avec son look de reggaeman, Jean-Marc «Jimmy» Adjovi-Boco a laissé de bons souvenirs au RC Lens.

A 28 ans, il découvre les Sang et Or et l’élite française, en 1991. S’en suivront sept années réussies dans le Nord-Pas-de-Calais (nord de la France). Le public de cette région garde toujours dans son cœur le défenseur béninois, connu pour sa sympathie et son amour du RC Lens.

Depuis la fin de sa carrière, Adjovi-Boco s’occupe de l’association Diambars à Dakar (Sénégal), en compagnie de Saer Seck, Patrick Vieira et Bernard Lama notamment.

L’aura de Didier Drogba

Il fait partie de ces joueurs dont l’importance dépasse le cadre sportif. Didier Drogba, c’est, bien sûr, ce fantastique attaquant, adulé partout où il a évolué, du Mans à Chelsea en passant par Guingamp et Marseille. Combattant acharné sur le terrain, ses aptitudes et son abnégation l’ont mené à garnir copieusement son armoire à trophées.

Mais le buteur Ivoirien est aussi une figure respectée et écoutée par ses compatriotes. Ambassadeur de l’UNICEF et militant pour de nombreuses causes comme Eto’o, Drogba n’avait pas hésité à lancer un vibrant message de paix à l’intention des Ivoiriens, embourbés dans un conflit meurtrier entre Nord et Sud en 2006.

Les gants de Badou Zaki

Avec Badou Zaki dans les cages, le Maroc est devenu la première équipe africaine à passer le premier tour d’une Coupe du monde.

C’était en 1986, au Mexique. Peu attendus, les Lions de l’Atlas finissent premiers et seuls invaincus de leur poule. Sur sa ligne de but, Zaki enchaîne les grosses prestations, se permettant même de museler l’Anglais Gary Lineker.

Et, en huitième de finale, le dernier rempart marocain écœure la grande Allemagne pendant de longues minutes, avant de déposer les armes dans les derniers instants sur un éclair de Lothar Matthäus.

Les casquettes de Pape Diouf

Natif du Tchad, mais d’origine sénégalaise, Pape Diouf a porté bien des casquettes: journaliste, agent de joueurs (notamment de Didier Drogba) et dirigeant de club à Marseille (2004-2009).

S’il n’a rien gagné avec l’OM, c’est sous sa présidence que le club phocéen a posé les bases de ses titres, depuis 2010.

Personnage influent, Pape Diouf est aussi connu pour son sens de la formule. Il qualifia par exemple Jérôme Rothen de «petit télégraphiste», et n’hésitait pas à faire remarquer qu’il était le seul président noir de club en Europe.

Les jambes d’Abedi Pelé

Un joueur symbole de l’OM version Tapie, vainqueur de la Ligue des champions 1993. Avec sa petite taille, ses dribbles chaloupés et ses jambes de feu, Abedi Pelé (de son vrai nom Abedi Ayew) a fait le bonheur du Ghana et des Marseillais pendant de nombreuses années.

Et l’histoire du triple Ballon d’or africain continue aujourd’hui: ses fils Rashim, André et Jordan suivent ses traces. Quel ADN, quelle famille!

Les tacles de Lucas Radebe

Que ce soit en Afrique du Sud, son pays, ou à Leeds (Angleterre), son club de 1994 à 2005, Lucas Radebe a toujours fait honneur à son surnom: le chef. Un qualificatif naturel pour ce défenseur aux épaules larges et aux tacles autoritaires.

Malgré les sollicitations de grands clubs, le vainqueur de la CAN 1996 n’a jamais pu se résoudre à quitter Leeds, où il fait figure de légende.

Une fidélité qui ne l’a pas empêché de recevoir les louanges en public de Nelson Mandela qui, en visite en Angleterre en 2001, dit de lui:

«C’est mon héros!»

Être le héros de Mandela, en voilà un gage de confiance.

La puissance de Michael Essien

Ce n’est pas pour rien qu’il est comparé à un bison. A Bastia, Lyon, Chelsea, Madrid ou avec le Ghana, Michael Essien donne toujours une impression de puissance brute.

Bardé de muscles, le milieu de terrain semble inépuisable tant il est endurant. Ses qualités en font un joueur d’une grande polyvalence, très fort dans les duels, performant en défense et efficace en attaque. Seules quelques vilaines blessures viennent troubler son rendement.

La phrase de Larbi Ben Barek

Marocain ayant porté le maillot de l’équipe de France (1938-1954), Larbi Ben Barek n’a sans doute jamais eu la popularité des superstars du football.

En revanche, cet attaquant passé par l’OM a su marquer la mémoire d’un petit Brésilien qui, un jour, a déclaré ceci:

«Si je suis le roi du football, alors Ben Barek en était le Dieu.»

Ce Brésilien? Un certain Pelé. Rien que ça…

Le Ballon d’or de George Weah

Il est le premier Africain à avoir remporté le Ballon d’or. Et il restera le seul dans ce cas, pendant encore quelque temps…

Cette distinction, glanée en 1995, récompense pleinement les performances de George Weah dans les années 1990. Buteur élégant et puissant, le Libérien a inspiré de nombreux jeunes footballeurs africains.

Ces quelques mots de Bernard Lama, son ancien coéquipier au PSG, résument assez bien le phénomène Weah:

«Mister George, Mister George c’est… (soupir) bon, j’en parle, j’ai des frissons…»

Les coiffures de Taribo West

Bien sûr, certains goûts sont discutables… Ceux de Taribo West en termes de coiffures, par exemple. Mais au moins, ses frasques capillaires lui valent une certaine renommée que ses seules performances sportives ne sauraient lui attirer.

En fait, il ne semble pas exister vraiment de mots pour qualifier la créativité de la chevelure du Nigérian.

Tantôt à base de tresses dispersées çà et là sur un crâne lisse, tantôt des chignons incertains, un coup de vert fluo, une fois de bleu…Taribo West, client rêvé (ou redouté) des coiffeurs.

Voici donc les traits du parfait footballeur africain: un homme au top à tous les postes du terrain, généreux, adulé par la planète foot, talentueux et acharné.

Un joueur attachant, solide et fin connaisseur, modèle à suivre et même attentif à son look! Et vous, quelles qualités d’autres artistes africains voudriez-vous lui octroyer?

Nicolas Bamba

 

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Nicolas Bamba

Nicolas Bamba est un journaliste français, attaché au thème du sport notamment. Il a collaboré avec L'Equipe et Sports.fr

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