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Cameroun: trois semaines agitées pour amorcer une sortie de crise

La politique camerounaise s'est brutalement accélérée en moins d'un mois: le président Paul Biya, tenant d'une ligne particulièrement dure face aux crises multiples qui ébranlent le Cameroun, semble avoir amorcé une détente. Retour sur trois semaines agitées.

Tout commence le soir du 10 septembre, où le chef de l'Etat, 86 ans dont 37 au pouvoir, annonce la tenue d'un "Grand dialogue national". Ambition affichée: dénouer le conflit meurtrier qui sévit dans l'Ouest du pays où depuis deux ans des séparatistes anglophones et l'armée se livrent une guerre sans merci, prenant en tenaille la population et faisant plus de 3.000 morts, selon des ONG.

Yaoundé avait jusqu'ici toujours refusé d'organiser des discussions, en dépit des appels insistants de la société civile, des autorités religieuses, ou de pays occidentaux.

L'annonce d'un dialogue étonne d'autant plus que, trois semaines plus tôt, un tribunal militaire à Yaoundé a condamné à la prison à vie le plus influent des chefs séparatistes, Julius Ayuk Tabe, provoquant un durcissement des combats dans l'Ouest.

Les discussions se tiennent deux semaines après l'annonce du président, à partir du 30 octobre. Cinq jours seulement, et sous la houlette du Premier ministre Joseph Gion Ngute. 

La plupart des chefs séparatistes refusent d'y participer et exigent des négociations à l'étranger, laissant peu de chance à un retour à la paix. 

"Une mascarade" pour Ebenezer Akwanga, qui préside le Mouvement de libération du peuple africain et dirige son aile armée, l'un des groupes les plus importants combattant sur le terrain.

Certains anglophones modérés y prennent part, et espèrent ainsi négocier avec Yaoundé un retour au fédéralisme. Des discussions houleuses commencent. 

Des participants claquent la porte, d'autres reviennent. Quatre jours plus tard, le Grand dialogue aboutit à l'élaboration de recommandations communes. 

- Statut spécial -

La plus importante est la mise en place d'un statut spécial pour les deux régions anglophones, leur concédant un peu plus d'autonomie politique et financière, mais dont les contours restent flous. 

"Un premier pas" pour certains fédéralistes, et une concession pour la majorité présidentielle qui avait toujours refusé de reconnaître une spécificité anglophone. L'annonce, pour être effective, doit être entérinée par le pouvoir, "mais la résolution engage moralement Yaoundé", confie à l'AFP un des participants ayant souhaité garder l'anonymat.

En pleine lecture des résolutions jeudi devant l'Assemblée du Grand dialogue, coup de théâtre, le Premier ministre débarque en grande pompe et annonce que le Président Biya a décidé de la libération de 333 détenus liés à la crise anglophones. La nouvelle provoque une onde de joie dans l'assistance.

Les fédéralistes saluent la décision mais réclament l'amnistie générale pour les autres détenus, car la clémence présidentielle annoncée ne concerne que ceux poursuivis pour de simples "troubles". 

Le Grand dialogue se clôture vendredi dans un Palais des Congrès majoritairement enthousiaste, les participants satisfaits de s'être accordés.

Mais dans le reste du Cameroun, les indépendantistes, absents comme les groupes armés sur le terrain, rejettent catégoriquement ses conclusions et parlent d'"enfumage".

- Kamto libéré -

La nuit tombe sur Yaoundé, les participants regagnent leurs hôtels, les restaurants commencent à se remplir, les cabarets et autres snacks accueillent leurs premiers clients. Quand tout à coup, un tweet publié par le président Biya arrête toutes les discussions. 

Le chef de l'Etat vient d'ordonner la remise en liberté des principaux responsables de l'opposition emprisonnés à la suite de la crise politique qui a suivi sa réélection contestée en octobre 2018. 

Maurice Kamto, son rival politique à la présidentielle, derrière les barreaux depuis près de neuf mois après avoir été arrêté lors d'une manifestation pacifique, sera-t-il du nombre? 

Depuis des mois, les pressions internationales exercées sur Yaoundé pour demander sa libération se sont intensifiées. Les Etats-Unis, l'Union Européenne et la France, ont plusieurs fois élevé la voix. 

La nouvelle tombe samedi. Oui, l'opposant et une centaine de ses partisans sont concernés. Maurice Kamto sort de prison, accueilli par des centaines de sympathisants qui l'escortent jusqu'à chez lui, où il est acclamé "en libérateur libéré".

Les réactions n'ont pas tardé, Washington saluant "une étape constructive vers la réduction des tensions politiques". 

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres a, lui, "encouragé" le Cameroun "à continuer à adopter davantage de mesures de confiance et de réconciliation".

AFP

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