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Malgré les violences, Alvan l'émigré nigérian a choisi de rester en Afrique du Sud

Depuis dix ans qu'il a émigré en Afrique du Sud, Alvan Akujinwa ne s'était jamais posé la question d'un retour au Nigeria, mais le pillage de son magasin lors de la vague de violences xénophobes du mois dernier a changé la donne.

"Ils sont entrés et ont détruit tout ce qu'on avait", explique-t-il en regardant nerveusement à travers la grille en métal qui sert de devanture à sa petite boutique de réparation de téléphones portables du centre de Johannesburg.

"Maintenant", poursuit Alvan, "on a très, très peur d'acheter de nouveaux produits et de les mettre en vitrine".

A 38 ans, ce Nigérian fait partie des milliers de victimes des émeutes dirigées contre les étrangers qui ont embrasé l'Afrique du Sud il y a un mois. Leur bilan est lourd: au mois 12 morts,  dont dix Sud-Africains.

Nombre de ces attaques ont visé des commerces et des biens appartenant à des ressortissants nigérians.

Elles ont causé de vives tensions entre les deux géants africains, qui doivent tenter de les dissiper à l'occasion de la visite du président nigérian Muhammadu Buhari jeudi en Afrique du Sud. En raison de cette poussée de violences, plus de 500 Nigérians ont été rapatriés dans leur pays.

Après mûre réflexion, Alvan Akujinwa a décidé de rester. Originaire de l'Etat d'Imo, dans le sud-est du Nigeria, il ne voit aucun avenir pour son bébé de trois mois dans un pays où lui-même n'a jamais été employé.

"Je ne suis pas prêt pour rentrer", explique-t-il. "Laissez-moi voir si le calme va revenir ici".

L'Afrique du Sud, première puissance industrielle du continent, attire de nombreux migrants économiques en quête d'emploi et de vie meilleure. Mais le pays se débat avec une économie molle depuis plusieurs années et un très fort taux de chômage (29%), terreau fertile pour des poussées xénophobes.

- Sans qualification -

Sur les conseils d'amis, Alvan Akujinwa a quitté sa ville d'Owerri en 2009 pour l'Afrique du Sud. Cette même année déjà, un autre épisode de violences xénophobes y avait fait 62 morts.

Le Nigérian se rappelle en avoir entendu parler mais n'y avoir pas accordé trop d'importance. "Ils disaient que les Sud-Africains se battaient. On ne connaissait même pas le mot +xénophobie+".

Sans qualification, il a d'abord vendu des fruits dans le centre de Johannesburg, la capitale économique du pays, avant de se lancer dans la réparation de téléphones.

"Quand vous prenez la décision de partir, que ce soit un emploi ou pas, vous trouvez toujours quelque chose à faire", lâche Alvan Akujinwa, sweat-shirt gris à capuche et jeans.

Après avoir vécu en colocation, il a finalement pu louer un appartement à Hillbrow, un des quartiers les plus dangereux de Johannesburg, où il dit maintenir de bonnes relations avec ses voisins sud-africains.

"Nous sommes comme des frères et s½urs. Il n'y a pas de ségrégation, pas de discrimination", assure-t-il.

Son épouse Gift l'a rejoint l'an dernier et donné naissance il y a trois mois à leur petite fille. Mais depuis les attaques, la jeune femme n'est pas sortie de leur logement.

"J'ai peur pour eux parce que je suis le chef de famille et je dois sortir et rapporter de quoi manger", ajoute le commerçant.

Il compte sur la visite du président Buhari pour se sentir en sécurité et bienvenu en Afrique du Sud, où vivent quelque 100.000 Nigérians. "Si les négociations se déroulent bien", espère-t-il, "les Nigérians qui veulent rester pourront le faire".

AFP

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