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Face aux jihadistes, la déprime et la colère des forces de sécurité du Burkina

Manquant de moyens, mal encadrées et mal entraînées, les forces de sécurité du Burkina Faso sont dépassées et déprimées face à la flamblée des attaques menées presque chaque jour par des groupes jihadistes.

Depuis 2015, les groupes jihadistes sont montés en puissance. Ils ont commencé par grignoter le Nord, puis l'Est, et désormais toutes les frontières sud et ouest du pays sont jugées dangereuses. L'armée n'a jamais été capable d'enrayer une avancée qui semble inexorable.

"On a perdu le combat. Il ne se passe pas un jour sans qu'il n'arrive quelque chose, même si la presse n'est pas au courant", indique, sous couvert d'anonymat, un policier qui a été plusieurs fois en mission dans le Nord.

Si les groupes jihadistes s'en prennent aussi aux civils, les forces de défense et de sécurité (FDS), qui représentent la grande majorité des quelque 600 morts - l'évaluation la plus basse du nombre des victimes - restent leur cible privilégiée.

Le mal vient de loin: jusqu'à l'insurrection populaire qui l'a chassé du pouvoir en 2014, le président Blaise Compaoré jouait les médiateurs régionaux, négociant régulièrement avec les groupes jihadistes. "Le Burkina était leur sanctuaire", explique une source sécuritaire.

"En parallèle, il avait peur d'un coup d'Etat. Et même s'il était un militaire, il a déshabillé son armée au profit de sa seule garde présidentielle". Résultat: "En 2014, on a une armée sans armes", conclut cette source.

Echaudé par le putsch raté de 2015, le pouvoir civil sous la transition post-Compaoré puis sous l'actuel président Marc Roch Christian Kaboré n'a pas changé grand-chose à cet état de fait.

- Kalach à moitié vide -

"J'ai un PA (pistolet automatique). J'ai cinq cartouches. C'est comme ça qu'on va se battre contre le jihadistes?", explique le policier, soulignant que les militaires sont logés à la même enseigne. "Les chargeurs de +kalach+ sont à moitié vides... En face, ils ont toutes les munitions qu'il désirent".

"Personne ne s'entraîne, on n'a pas les moyens pour ça", ajoute-t-il.

"Les gardiens des transports de fonds ont plus de munitions que les militaires", souligne une source sécuritaire. 

"Quelle honte! Nos forces de défense et de sécurité sont dans le dénuement total. Elles travaillent dans des conditions inacceptables. Leurs souffrances sont les nôtres", affirme le syndicaliste Semi Kouanda.

"Normalement, quand on part en mission on a droit à 500 FCFA (75 centimes d'euros) pour le matin, 500 pour le midi et 500 pour le soir. En réalité, on touche: zéro", explique le policier, avouant avoir souvent été ravitaillé en eau et rations par des soldats français à Djibo (nord).

- La blessure de Koutougou -

Une source sécuritaire renchérit: "Les officiers supérieurs restent à Ouagadougou, les officiers subalternes restent dans les grandes villes. Il y a un problème de commandement, de discipline, d'implication. Le drame de Koutougou résume tout ça".

Le 19 août, l'armée burkinabè a subi l'attaque la plus meurtrière de son histoire avec 24 morts dans cette ville du Nord.

Selon plusieurs sources interrogées par l'AFP, l'homme le plus gradé lors de l'attaque était un adjudant-chef. Les hommes avaient averti leur hiérarchie de l'imminence de l'attaque, les jihadistes s'étant regroupés la veille à un carrefour près du camp. Aucune aide n'est venue.

"On peut comprendre la grogne", souligne un militaire, commentant les coups de feu tirés en l'air dans le camp Guillaume de Ouagadougou après l'assaut. 

"Quand est-ce qu'ils vont se bouger (...) afin de soigner l'armée de cette gangrène et de donner la réplique adéquate à cette vermine terroriste ?", s'est emporté le très sérieux Observateur Paalga, principal quotidien burkinabè, dans un éditorial remarqué. 

"Mais qu'est-ce qu'ils foutent, tous ces officiers bardés de galons (...) qui, au lieu de se rapprocher de la ligne de front aux côtés des +jeunes gens+, préfèrent le confort douillet des bureaux climatisés de Ouaga ?", s'emporte le quotidien.

AFP

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