mis à jour le

Affiche de Ben Ali, aux première heures de la révolution tunisienne, janvier 2011 © FETHI BELAID / AFP
Affiche de Ben Ali, aux première heures de la révolution tunisienne, janvier 2011 © FETHI BELAID / AFP

Ben Ali a toujours son mot a dire en Tunisie


Aucune formation politique ne peut gagner les élections en Tunisie, sans prendre en compte, le RCD, le parti de l'ex-dictateur Ben Ali.

Sur le boulevard Mohammed V à Tunis, un imposant édifice à l’enseigne vandalisée, jadis siège du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), l’ancien parti de Ben Ali, attire toujours les regards.

Deux véhicules de l’armée protège le protège en permanence contre d’éventuelles attaques des «révolutionnaires ».

La raison: derrière les quinze étages de son immense façade de verre se trouve un trésor caché, quelque seize mille boîtes d’archives qui, selon le directeur des Archives nationales, apporteront leur lot de révélations sur les faces sombres de la Tunisie, durant les deux dernières décennies.

Les premières analyses de ces documents ont  permis de démontrer l’aspect tentaculaire de l’emprise qu’avait ce parti qui dominait, sans partage, non seulement la vie politique, mais aussi la vie tout court du pays.

Pas moins de 1.736 propriétés et 800 comptes bancaires ont été répertoriés. Et surtout deux millions d’adhérents comptabilisés, soit la moitié des électeurs tunisiens. C’est ce dernier chiffre qui effraie aujourd’hui. Où sont passés ces militants, que sont-ils devenus?

Selon Chokri Belaid, secrétaire général du Parti des nationalistes démocrates, longtemps dans l'illégalité sous le régime de Ben Ali, «la plupart ont intégré les nouvelles formations issue de la révolution comme le parti islamiste au pouvoir Ennahda. Ces formations politiques manquent de cadres aguerris et ont été contraints de pomper dans l’héritage du RCD».

Conséquence: la plupart des personnalités promues par Ennahda à la direction des plus grandes institutions de l’Etat sont d’anciens caciques du parti de la dictature, comme le nouveau gouverneur de la Banque centrale, Chedly Ayari.

«La plupart se sont laissé pousser la barbe et se sont fondus dans le nouveau décor», affirme un haut fonctionnaire sous couvert d’anonymat. Al Nahdha est un RCD halal», ironise-t-il. 

Recyclage politique

En janvier 2012, un projet de loi prônant l’exclusion de la vie publique des militants du RCD ayant occupé des postes clés sous la dictature, a été soumis à la toute nouvelle Assemblée constituante. Sans être suivi.  Quelques soixante mille RCDistes pourraient se trouver sous la coupe de cette loi.

La société civile reste surtout divisée sur le sort à réserver aux anciens membres du RCD, afin de les empêcher d’effectuer leur comeback sur la scène politique sous une autre bannière. 

«Seule une justice transitionnelle peut trancher cette question, analyse Sihem Ben Sedrine, figure de proue du militantisme contre l’ancien régime, aujourd’hui à la tête du Centre tunisien de la Justice transitionnelle. Or, celle-ci peine à se mettre en marche, ce qui a permis à beaucoup de têtes d’affiches ayant servi la dictature de réinvestir le champs politique.»

Alors qu’il répond aux aspirations de la rue, ce projet de loi a été également décrié par certaines ONG internationales comme Human Rights Watch, qui dénonce une tentative de spolier les droits civiques de personnes dont le seul crime est d’avoir été membre d’un parti.

Karim Ben Khla, célèbre blogueur indépendant, y voit aussi, sans pour autant cautionner les RCDistes, «le début d’une dictature au nom de... la lutte contre le retour de la dictature».

La peste ou le choléra

Profitant du vide entourant cette question, d’anciens hauts cadres du Rassemblement constitutionnel démocratique ont créé leur propre formation politique. Mais le parti le plus décrié comme le nouveau refuge des militants du RCD reste Nida Tounès (l’appel de la Tunisie), sous la houlette de l’ancien ministre de Bourguiba (président de 1957 à 1987), Beji Caid Sebsi.

A peine créé à l’été 2012, il a déjà rallié une bonne frange des anciens du mouvement de Ben Ali. De nombreux membres de l’Assemblée constituante, élus sous d’autres bannières ou en tant qu’indépendants, l’ont également rejoint, faisant de lui un parti parlementaire… alors qu’il n’a même pas participé aux élections de la Constituante. «La machine RCD s’est remise en marche», redoute Sihem Ben Sedrine.

L’appel de la Tunisie apparaît déjà comme le principal challenger face au parti islamiste Ennahda pour les élections générales prévues au printemps 2013. Mais pour la plupart des Tunisiens, avoir à choisir entre ces deux partis, revient à choisir entre «la peste et le choléra».

Fethi Djebali (InfoSud)

 

A lire aussi

Tunisie: c'est pas la merde, mais ça viendra

Constituante tunisienne, comment ça marche?

Ben Ali, le dictateur «bac moins 3»

La Tunisie attend sa Constitution

InfoSud

InfoSud est une agence de presse suisse créée en 1988, spécialisée sur les sociétés d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine, et sur leurs rapports avec l'occident.

Ses derniers articles: Ben Ali a toujours son mot à dire  La justice ivoirienne ne réconcilie pas 

Ben Ali

Constituante

L'islam ne sera pas la religion du peuple

L'islam ne sera pas la religion du peuple

Nostalgie

Ben Ali est de retour en Tunisie… mais sur Facebook

Ben Ali est de retour en Tunisie… mais sur Facebook

Tawa fi Tunis

Un homme fort, c'est ce qu'il manque en Tunisie

Un homme fort, c'est ce qu'il manque en Tunisie

Chokri Belaid

Dialogue national

La Tunisie retient son souffle

La Tunisie retient son souffle

Tunisie

L'opposition veut la chute d'Ennahda

L'opposition veut la chute d'Ennahda

Mobilisation

Vendredi de colère en Tunisie

Vendredi de colère en Tunisie

Constitution

AFP

Burkina: les militaires rétablissent la Constitution

Burkina: les militaires rétablissent la Constitution

AFP

Burkina: des centaines de femmes manifestent contre une révision de la Constitution

Burkina: des centaines de femmes manifestent contre une révision de la Constitution

AFP

RDC: manifestation contre la modification de la Constitution

RDC: manifestation contre la modification de la Constitution