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Zambie: le projet de réforme de la Constitution du président ne passe pas

Un coup porté à la démocratie ? Depuis des semaines, la Zambie se déchire autour d'une réforme très controversée de sa Constitution qui renforce les pouvoirs du président Edgar Lungu à moins de deux ans des élections générales.

Cible des critiques de l'opposition et de la société civile, ce texte doit être prochainement discuté à l'Assemblée nationale, où le Front patriotique (PF) de M. Lungu dispose de la majorité absolue des députés.

S'il est voté en l'état, le projet de loi numéro 10 étend les pouvoirs du président en matière de nomination des juges et des ministres, lui permet de changer seul la carte électorale et transfère de la Banque centrale au gouvernement la charge de contrôler sa politique monétaire.

Des changements inquiétants, jugent nombre de commentateurs.

"Ce texte va creuser la tombe de la démocratie en Zambie", a tranché Sishuwa Sishuwa, un très respecté professeur de sciences politiques de l'université de Zambie. "Il est conçu d'abord pour consolider l'emprise du PF sur le pays et rendre impossible toute tentative d'écarter le président Edgar Lungu."

Jusque-là plutôt calme, le climat politique s'est profondément détérioré en Zambie depuis la réélection contestée en 2016 de M. Lungu, accusé de dérive autoritaire.

Arrivé de peu en deuxième position, son principal opposant, le chef du Parti uni pour le développement national (UPND), Hakainde Hichilema, a toujours refusé de reconnaître la victoire du sortant, arguant de fraudes massives.

- "Détention politique" -

Il a payé son insolence de quatre mois de détention en 2017 pour avoir gêné le convoi présidentiel, un "crime" qualifié par la justice de "trahison" et passible de la peine de mort.

Les charges qui pesaient contre lui ont été abandonnées mais M. Hichilema avait alors dénoncé une incarcération "politique".

Les soupçons d'autoritarisme qui pèsent sur Edgar Lungu ont été relancés lorsque la Cour constitutionnelle l'a autorisé l'an dernier à se représenter en 2021.

La loi fondamentale de Zambie stipule que le chef de l'Etat peut briguer deux mandats de cinq ans. Une première fois élu en 2015 pour succéder à Michel Sata, mort dans l'exercice de ses fonctions, M. Lungu a été réélu en 2016.

L'opposition estimait dès lors qu'il ne pouvait plus être candidat en 2021, mais la plus haute instance judiciaire du pays a jugé que si. Pour la convaincre, M. Lungu avait prié publiquement les juges de ne pas "plonger le pays dans le chaos".

Dans ce climat, l'annonce de la réforme constitutionnelle a provoqué une nouvelle levée de boucliers et convaincu la société civile de rejoindre l'opposition contre le président.

Avec le musicien Chama Fumba, poursuivi pour une chanson que les autorités ont jugé hostile au président, la militante Laura Miti a lancé en juillet une campagne, baptisée Carton jaune, contre la corruption du régime et la réforme.

Son argumentaire est simple. "Est-ce que vous accepteriez qu'un président que vous n'aimez pas ait de tels pouvoirs ?", a-t-elle récemment écrit dans une tribune, "qu'il soit un saint, le diable ou quelque chose entre les deux ?"

- Obstruction -

L'association des juristes de Zambie (LAZ) lui a emboîté le pas en assignant Edgar Lungu, le procureur général Likando Kalaluka et l'Assemblée toute entière devant la justice.

"Ce projet de loi renforce les pouvoirs de l'exécutif au détriment du Parlement, il est donc inconstitutionnel", a estimé un professeur de droit membre de la LAZ, Muna Ndulo.

L'entrée en scène des juristes contre le président a fait sourire la porte-parole du gouvernement. "Nous savons bien que le travail de certains avocats consiste à faire leur promotion", a raillé Dora Siliya, "ce sont des gens qui font perdre leur temps aux autres mais le projet de loi suivra son cours".

Le chef de l'opposition Hakainde Hichilema a lui aussi déclaré la guerre au texte avec des arguments très politiques.

"Vous voulez vraiment qu'Edgar Lungu reste encore au pouvoir pendant sept ans ?", a-t-il lancé devant la presse. "Qui sera encore en vie vu le niveau actuel de la pauvreté ?"

Malgré ce tir nourri contre son projet, le chef de l'Etat ne semble pas prêt à céder.

"Nous avons bravé la tempête pour préparer cette Constitution (...). Soutenez la procédure", a lancé Edgar Lungu ce mois-ci devant les députés. Avant d'ajouter, inflexible: "si vous ne voulez pas la changer, nous, nous le ferons".

AFP

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