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Affiche électorale du NPP (opposition), à Accra le 2 décembre 2012. REUTERS/Luc Gnago
Affiche électorale du NPP (opposition), à Accra le 2 décembre 2012. REUTERS/Luc Gnago

Le Ghana cherche un successeur à feu Atta Mills

La bataille est serrée entre les deux favoris à la présidentielle ghanéenne. Retour sur une campagne haute en couleur.

Mise à jour du 9 décembre: Le principal parti d'opposition au Ghana a dénoncé aujourd'hui un "système de fraudes" lors de l'élection présidentielle de vendredi dernier et dit avoir la preuve que son candidat Nana Akufo-Addo a remporté le scrutin.

Le NPP réclame un audit sur le décompte des voix et sur les informations recueillies par machines biométriques d'identification des électeurs - dont certaines sont tombées en panne - avant que les résultats de la présidentielle ne soient annoncés officiellement.

La chaîne de télévision privée Joy a déclaré plus tôt dans la journée que le président Dramani Mahama menait avec 50,6% des voix contre 47,82% au leader de l'opposition, en se basant sur les résultats de 267 districts sur 275.

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Les Ghanéens choisissent, le 7 décembre, le nouveau président de leur pays. Parmi les candidats ayant de grandes chances de remporter le scrutin, John Mahama Dramani du NDC (Congrès national démocratique), qui assure l’intérim de la présidence de la République, depuis le décès de l’ancien chef de l'Etat John Atta Mills, et Nana Akufo Addo du NPP (Nouveau parti patriotique).

Entre les deux candidats, les intentions de vote sont plutôt serrées, ce qui accroît la tension dans les rues d'Accra, la capitale du pays.

Du coup, les responsables religieux, suivis par des chefs traditionnels et plusieurs artistes mènent une campagne en parallèle avec la campagne présidentielle, pour sensibiliser la population contre toute forme de violence pouvant entâcher le déroulement du scrutin.

Mahama Dramani, l'héritier légitime? 

Originaire du nord, John Mahama Dramani a été député, ministre de la Communication sous l'ancien président Jerry Rawlings, puis vice-président de John Atta Mills. Depuis la disparition de ce dernier, le 24 juillet 2012, il est le président de la République par interim.

Ce chrétien âgé de 54 ans, fidèle de l’Eglise révélée de l'Assemblée de Dieu, est aussi un féru de highlife, un des genres musicaux en vogue dans le pays. John Mahama Dramani bénéficie d'une bonne cote de popularité auprès des Ghanéens, qui ne lui reprochent pas sa nombreuse progéniture hors-mariage.

«C’est un vrai Africain, c’est la culture de nos ancêtres. Il a fait ses preuves et il peut être un bon président, si le peuple lui fait confiance. Ici, c’est le travail du président qui est important. Il peut avoir autant de femmes qu’il le souhaite, c’est son problème, mais s’il est incapable de résoudre nos problèmes, il en fera les frais», confie un enseignant au cours d’un meeting.

Au Ghana, les femmes le trouvent élégant et un brin charmeur. Ce qui a le don de flatter son épouse, Lordina. Et pourtant:

«Elle sort ses griffes si une femme s’approche un peu trop de moi. Je trouve cela tout à fait normal et croyez-moi, j’en suis très flatté», confie celui qui brigue la présidence ghanéenne.

Pendant ses meetings de campagne, il a joué la séduction au point de trouver la moindre occasion pour esquisser quelques pas d'Azonto, une danse qui fait fureur actuellement au Ghana et dans toute cette région de l'Afrique.

John Mahama Dramani a axé son programme sous le leitmotiv d'un «meilleur Ghana», avec un accent mis sur la santé, l'emploi pour tous et l'éducation. Il promet, par exemple, l'école gratuite, dès le primaire.

Akufo Addo, un challenger pragmatique

Nana Akufo Addo est un peu moins connu des Ghanéens. Originaire du sud du pays, il a longtemps vécu aux Etats-Unis. Fils de l’ancien président Edward Addo, l'une des personnalités ayant lutté pour l’indépendance du pays, en 1958. 

Nana Akufo Addo est nommé ministre des Affaires étrangères, puis de la Justice, sous le régime de John Kufuor (2001-2009). Comme son adversaire John Mahama Dramani, le candidat du NPP a sillonné le pays et a multiplié les meetings pendant la campagne électorale.

En revanche, il a eu beaucoup plus de mal à danser pour haranguer les foules: 

«C’est un homme âgé. C’est son programme qui compte. Nous voulons qu’il nous apporte son expertise pour résoudre nos problèmes. Nous avons tout le temps des coupures intempestives d’eau et d’électricité, il a promis l’école gratuite au lycée, c’est très bien, mais il faut qu’il tienne cette promesse. Ce serait vraiment génial», souligne James, un père de famille de 50 ans et l'un des soutiens du candidat.

A 66 ans, Nana Akufo Addo qui a qualifié de «fantaisiste» le programme de John Mahama, appelle à un vote «sanction» des Ghanéens contre son adversaire. Il cherche à rassurer les électeurs encore hésitants:

«Il n’y aura pas de chasse aux sorcières si vous m’accordez votre confiance. Je viens pour une meilleure gestion des affaires de mon pays. Je viens donner du travail aux Ghanéens et booster l’économie pour une autosuffisance alimentaire totale. C’est possible, c’est faisable.»

Selon le journal Al Hajj, Nana Akufo Addo aurait le soutien de Jerry Rawlings, membre fondateur du NDC, le parti de John Mahama Dramani, son rival politique. Un atout de poids pour l’emporter peut-être? 

Une campagne intense et sans merci

Au cours d’un débat télévisé de près de quatre heures, les deux candidats se sont âprement affrontés sur les deux points clés de la campagne, à savoir, la santé et l’éducation.

Chacun présentant sa recette miracle pour le pays. Mais, les questions liées à l'agriculture, le commerce et la fiscalité ont également été abordées.

Des sujets fortement sensibles au Ghana, perçu comme un exemple de prospérité économique et de bonne gouvernance dans cette région. Pourtant les craintes d'éventuelles irrégularités ne manquent pas.

Ainsi, une délégation ghanéenne vient de séjourner en Côte d'Ivoire, afin de solliciter une aide en matière d’électricité. Objectif, s'assurer du bon déroulement du dépouillement, en cas de coupures de courant, comme cela arrive souvent dans le pays.

Nicole Suzis, à Accra

 

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Nicole Suzis

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