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Ces milices incontrôlables qui veulent reconquérir le nord du Mali

Les villes de Mopti et Sévaré, au centre du Mali, sont devenues depuis le mois d’avril des lieux stratégiques dans la lutte contre les groupes armés qui contrôlent le nord du pays.

C’est ce que confirme un reportage du quotidien régional Ouest France, qui s’est intéressé le 3 décembre aux milices d’autodéfense nées avec la partition du pays, qui prolifèrent aujourd’hui dans les villes de Mopti et Sévaré.

Composés de civils, «ces groupes, parfois armés, agissent en électrons libres, et rejettent l'idée d'une solution pacifique à la crise et tout dialogue avec les rebelles» précise le quotidien. Leur but avoué: participer à la reconquête des territoires du Nord-Mali.

«Hors de question de négocier avec les bandits narcotrafiquants qui occupent notre pays» lance Harouna Touré, désigné par Ouest France comme le «chef politique des milices».

Les miliciens, estimés être entre 3.000 et 5.000 par le quotidien français, ont d’abord été bien perçus par les populations qui voyaient dans leur mobilisation un geste patriotique. Pourtant, après huit mois de stagnation, des critiques s’élèvent contre ces derniers.

«Les vols, les viols sont en recrudescence depuis avril. Les miliciens qui ont pris leurs quartiers ici côtoient une foule de déplacés de plus en plus vulnérables» explique un policier.

«Ici il y a l'armée, la gendarmerie et la police. Vous ne ferez pas la loi ici. Alors, soit vous rentrez chez vous, soit vous restez au camp!» exhorte un commissaire à l’adresse de jeunes miliciens.

Les responsables humanitaires aussi émettent de vives critiques à l’encontre des groupes d’autodéfense, qui représentent selon eux un véritable danger pour les populations du nord.

Ibrahim Issa Diallo, gendarme et chef d’Etat-Major des Ganda Izo (les fils de la terre en songhaï), l’une des principales milices, indique ainsi vouloir «libérer le Nord, puis occuper un secteur pour assurer la sécurité des populations sédentaires». Un discours virulent qui laisse craindre un prolongement du conflit, même après une intervention militaire.

«On n'intègrera jamais un Touareg dans nos rangs» expliquent ainsi les combattants des milices, qui désignent comme leur principal ennemi le Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA), la rébellion laïque sécessionniste principalement touareg.

Un responsable humanitaire basé à Bamako donne une image redoutable de ces miliciens: «Chez certains d'entre eux le discours est quasi-génocidaire». Et d'ajouter: «Ils possèdent une liste de noms».

Allant dans le même sens, Adama Diakité, acteur important de la société civile, va jusqu’à redouter des «règlements de compte au sein des populations» après les «libérations» des villes du Nord-Mali. Une option quelque peu inquiétante, y compris pour les instructeurs européens censés encadrer les opérations militaires.

Lu sur Ouest France

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