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Le New York Times dénonce le racisme anti-noir au Maroc

Le royaume chérifien n’en finit plus de subir l’onde de choc de la une de Maroc Hebdo, intitulé Le Péril noir au Maroc, rapporte le site marocain Yabiladi.

Le prestigieux quotidien américain le New York Times s’est penché, le 28 novembre, sur la question du racisme au Maroc.

«L’intérêt du New York Times sur ce qu’endurent les migrants subsahariens clandestins intervient une dizaine de jours après la une de Maroc Hebdo publiée début novembre mais également des autres articles écrits par la suite dans la presse française dénonçant également le caractère raciste du titre, un titre accusant les Subsahariens de mener des activités criminelles au Maroc», souligne Yabiladi

Et c'est donc dans un reportage intitulé Les migrants africains dénoncent des abus au Maroc, que le New York Times va à la rencontre d'une douzaine d’entre eux vivant dans un bâtiment insalubre à Rabat:

««Les Marocains pensent qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent de nous», confie l’un des migrants originaire du Niger, sous couvert d’anonymat.

«La police nous arrache nos cartes d’identités et nous arrête et les gens bouchent leur nez quand ils nous voient»», rapporte le New York Times.

Même son de cloche pour Eric Tabo, un Camerounais de 20 ans. Il tentait de rejoindre l'Europe mais ses chances se sont envolés lorsque des policiers lui ont brisé les jambes alors qu'il essayait vainement  de traverser la frontière via Melilla. A présent il vit de la mendicité et de la charité, souligne The New York Times.

«Quand je suis arrivé au Maroc, ma vie a changé -c'est devenu un cauchemar», a-t-il confié au New York Times. «Je n'ai jamais imaginé un seul instant que ma vie serait ainsi». 

Son handicap l'empêche de quitter le Maroc. Il s'est donc installé à Rabat, où récemment Eric Tabo s'est fait violemment agressé par un gang, qui l'a laissé gisant presque mort. Ses mains, ses bras et sa poitrine étaient recouverts de coups de couteau. Ses assaillants lui ont même dérobé les 76 euros qu'il avait économisé, ajoute le New York Times. 

«Nous rêvons tous de rentrer dans nos pays, déclare une femme originaire du Niger, qui a été violée par des policiers marocains.»

«Lorsqu’un pays peine à résoudre ses problèmes économiques, la faute est très vite transférée aux migrants», explique Hein de Haas, co-directeur de l’Institut international des migrations de l’Université d’Oxford, dans le quotidien américain. 

De son côté, Camille Denis, coordinatrice au Gadem, le Groupe antiraciste de défense et d'accompagnement des étrangers et migrants pointe du doigt la manière dont la police marocaine arrête les migrants, les réfugiés ou les demandeurs d’asile.

«Ces arrestations sont basées sur du profilage racial », lance-t-elle.

«Le temps légal qu’ils sont censés passer en détention préventive n’est jamais respecté. Les expulsions collectives interdites par les lois nationales et internationales sont monnaies courantes au Maroc», ajoute-t-elle précisant qu’au Maroc, il y aurait pas plus de 15.000 Subsahariens clandestins. D’après ses estimations, le Maroc en expulse environ 14.000 par an, rapporte Yabiladi. 

Lu sur New York Times et Yabiladi

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