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La ville du Cap, en Afrique du Sud. © Mike Hutchings / Reuters
La ville du Cap, en Afrique du Sud. © Mike Hutchings / Reuters

Petits conseils pour éviter de se faire agresser en Afrique du Sud

L’Afrique du Sud va abriter la Coupe d’Afrique des nations de football (CAN), en janvier 2013. Comment survivre, quand on est touriste, dans de grandes villes réputées dangereuses?

Au sortir de l’apartheid, en 1995, alors que l’Afrique du Sud était encore terra incognita pour les touristes comme les rédacteurs de guides touristiques, certains livres publiés en France conseillaient de prendre… l’avion (!) pour aller de Johannesburg à Pretoria. Et ce, pour des raisons de sécurité.

Aujourd’hui, le train rapide Gautrain relie les deux capitales, l’une économique, l’autre administrative, en moins d’une heure.

Un train où personne ne s’est fait agresser depuis sa mise en service, en 2010, juste avant la Coupe du monde de football. Une société de sécurité privée officie dans les rames…

Seul un touriste américain s’est fait dévaliser et tirer une balle dans le bras, en juillet 2010, par quatre tsotsis (bandits), quelques heures après son arrivée dans le pays, en débarquant du Gautrain, à la gare de Marlboro, à Johannesburg.

Son erreur: avoir tenté de faire le chemin à pied, avec ses bagages, pour rejoindre une auberge de jeunesse, située dans le quartier chic de Sandton, adossé au township noir d’Alexandra. 

Ne pas se laisser trahir par son body language

Pour éviter toute mauvaise expérience dans les grandes villes du pays, il faut en apprendre les codes rapidement: éviter de marcher seul en ville et se laisser trahir par son body language, quand on est un étranger un peu perdu.

Pour commencer, il faut faire le tri entre les conseils des Sud-Africains les plus paniqués, qui ont toujours des anecdotes horribles à raconter, et ceux qui préfèrent relativiser. Beaucoup le répètent à l’envi: il y a de la criminalité «partout dans le monde, même à Washington». 

De fait, on peut très bien vivre «normalement» en Afrique du Sud, et même y faire une visite agréable, avec le minimum de précautions. Car le pays bat de tristes records en matière de criminalité, et la loi des statistiques fait que tout le monde peut être touché, un jour ou l’autre. Avec 16.000 meurtres en 2011, soit 43 homicides par jour, l’Afrique du Sud reste l’un des pays les plus violents du monde, plus que le Brésil et la Russie…

La sécurité s’est certes améliorée à Johannesburg, une ville moins dangereuse que Le Cap, contrairement à ce que les apparences peuvent laisser croire.

Le taux de meurtres à Johannesburg et de 29,1 pour 100.000 habitants en 2011, contre 44,2 au Cap (et une moyenne nationale de 31,8). Des assassinats qui se produisent en majorité dans les townships noirs et métis, au Cap, entre des personnes qui se connaissent, à des kilomètres des zones touristiques.

Sortir sans bijoux et accessoires clinquants

Il est possible de sortir la nuit, mais de préférence sans ses bijoux et accessoires les plus clinquants, en s’assurant d’être accompagné et motorisé.

La société Rose Taxis, à Johannesburg, propose les services de chauffeurs noirs et blancs qui n’ont pas froid aux yeux, les blancs recrutant notamment parmi des ex-Yougoslaves qui en ont vu d’autres.

Si l’on loue une voiture, il ne faut pas seulement se rappeler, les matins de babalaas («gueule de bois»), que la circulation se fait dans le même sens que sur les routes de Grande-Bretagne et d’Australie. A gauche, donc...

Au moment de choisir son modèle, ne pas se laisser tenter par les grosses berlines, en pensant pouvoir circuler tranquille dans une BMW décapotable. Mieux vaut se rabattre sur les modèles les plus ordinaires, type City Golf, pour ne pas risquer le carjacking.

Pas moins de 10.000 braquages de voitures à main armée ont été recensés par la police en 2011. Les voitures les plus chères sont volées pour être démontées et revendues sous forme de pièces détachées.

Prendre la full insurance (assurance globale) pour une voiture de location évite les notes trop salées en cas de vol. Il peut, en effet, arriver que votre voiture disparaisse, alors que vous l’aviez laissée garée dans la rue, à deux pas d’un banal restaurant de Melville ou d’Orange Grove, à Johannesburg.

Un autocollant bien placé sur la voiture, à l’effigie des clubs de foot de Johannesburg, les Kaizer Chiefs ou Orlando Pirates, peut dissuader les voleurs.

Ne jamais klaxonner

Sur les routes, un minimum de civisme s’impose, pour éviter les explosions de road rage. On ne klaxonne jamais —strictement jamais, même quand on vient de Paris— derrière un combi… Ces taxis collectifs en forme de minibus ont la manie de déboîter à tout moment pour se garer ou reprendre la route. Attention: les chauffeurs de combi peuvent être de mauvaise humeur, et même armés.

Il faut garder son sang-froid et se rappeler que le reckless driving, aussi appelé Soweto driving, est un moyen, pour ceux qui transportent quotidiennement les masses qui n’ont pas de voiture, de rappeler que la loi du plus fort n’est pas forcément celle du plus riche...

Quand on perd son chemin au volant, il n’est pas non plus conseillé de s’arrêter pour demander la route au premier passant venu. L’usage consiste plutôt à trouver la première station service, pour prendre le temps de se repérer.

Dans les provinces où les paysages sont très beaux, se méfier des aires de stationnement qui donnent sur des vues panoramiques: c’est dans l’un de ces endroits tranquilles qu’un couple de jeunes Blancs, une Britannique de 29 ans et un Sud-Africain de 26 ans, a été enlevé dans la province du Mpumalanga, en 2002, sévèrement agressé pendant 14 heures aux mains de quatre soiffards violents et éméchés.

Se laisser dévaliser peut rallonger votre espérance de vie

Le crime ne discrimine pas. Les noirs ne sont pas plus à l’abri que les blancs: un Mozambicain qui avait tenté d’aider ce couple a été tué par les agresseurs. Et l’on ne compte pas les attaques perpétrées contre des «makwekwere» (surnom péjoratif donné aux Congolais et autres immigrants africains), dans un pays où la xénophobie se porte bien. 

Si un hold-up survient dans un restaurant ou un supermarché où vous êtes présent, pas de panique: il faut obéir aux instructions des bandits, se laisser dévaliser sans offrir la moindre résistance, en évitant à tout prix de regarder son agresseur dans les yeux.

Un coup d’oeil peut coûter très cher, les bandits n’ayant aucune envie de se faire identifier par la police. L’un de ces incidents a inspiré à l’écrivain André Brink une tribune rageuse sur «Le rêve trahi de l’Afrique du Sud» dans Le Monde, en 2006…

Ne pas hésiter au moindre bruit suspect, la nuit, à appuyer sur le panic button (bouton de panique) qui se trouve dans chaque chambre, si l’on se trouve chez des amis ou dans l’un des très confortables Bed & Breakfast du Cap ou de Johannesburg.

Un interrupteur à ne pas confondre avec la lumière, relié à une société de sécurité privée, et qui permet de voir débouler, dans la minute qui suit, des vigiles armés, employés de sociétés de sécurité privée.

Dans les hôtels, vérifier que les portes et fenêtres sont bien fermées avant de quitter sa chambre et se méfier de tout contact avec des inconnus dans les couloirs, pour éviter drames et mauvaises surprises. Mémoriser le numéro de la police: 10111.

Et surtout se méfier de son conjoint

A pied dans le centre-ville de Johannesburg ou à Soweto, c’est toujours mieux d’être accompagné par un, voire deux résidents “locaux”, de préférence masculins et noirs. Dans certaines boîtes de nuit, ne pas s’étonner de voir les filles aller aux toilettes en groupe. Et ne pas hésiter à faire comme elles, si le besoin s’en fait ressentir.

Enfin, quand on retire de l’argent à un guichet automatique, dans la rue, il faut s’assurer qu’aucune voiture n’est garée à proximité, avec plusieurs hommes dedans, en train d’attendre que vous ayez sortis vos billets...

Last but not least, Mesdames, si vous êtes en lune de miel au Cap, surveillez d’assez près votre compagnon: un certain Shrien Dewani homme d’affaires britannique d’origine indienne, est soupçonné d’avoir fait liquider sa jeune et jolie femme en novembre 2010. Il aurait demandé au premier taxi venu, à l’aéroport, de lui organiser le meurtre pour la très modique somme de 1700 euros.

Malheureusement, ce fait divers a fait des émules. Un Australien a été condamné à 9 ans de prison ferme, en juin dernier, pour avoir tenté le même type de coup. Se faisant passer pour un reporter, il a demandé un contact de gangster à un journal local. Pour ensuite être dénoncé par le tsotsi qu’il voulait recruter.

Comme disait l’ancien chef de la police, Bheki Cele, avant d’être suspendu pour corruption:

«Ne pensez pas que nous, les Sud-Africains, soyons stupides! Ne venez pas tuer de gens ici!»

Sabine Cessou

 

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Sabine Cessou

Sabine Cessou est une journaliste indépendante, grand reporter pour L'Autre Afrique (1997-98), correspondante de Libération à Johannesburg (1998-2003) puis reporter Afrique au service étranger de Libération (2010-11).

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