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Tunisie: la justice ordonne la libération d'un patron de télé


Le patron de la chaîne Ettounsiya TV, Sami Fehri, à Tunis, le 24 mars 2011 AFP/Archives Khalil

La Justice tunisienne a mis fin mercredi à la détention d'un patron de télé critique du pouvoir et ancien associé de la famille du président déchu Ben Ali, un nouveau rebondissement dans cette rocambolesque affaire mêlant accusations de censure et de corruption.

La Cour de cassation a cassé l'arrêt d'une juridiction inférieure remontant au mois d'août et qui avait ordonné la détention provisoire du patron d'Ettounsiya TV, Sami Fehri dans une affaire de corruption.

"Il sera libéré dans les heures qui viennent, le jugement vient seulement d'être rendu et on attend que le télégramme ordonnant sa libération soit transmis à la prison civile de la Mornaguia" près de Tunis, a indiqué maître Sonia Dahmani, avocate du prévenu.

"Nous n'avons pas encore les détails du jugement, mais on imagine pourquoi la cour a (prononcé la libération), il y avait de telles atteintes au droit", a-t-elle ajouté.

M. Fehri est poursuivi pour des préjudices financiers causés à la télévision nationale tunisienne à l'époque du président Zine El Abidine Ben Ali et risque 10 ans de prison.

Ses avocats ont demandé l'annulation de son placement en détention provisoire en raison de graves vices de procédure. La défense dénonçait en particulier le fait de ne pas avoir été convié à l'audience à l'issue de laquelle le mandat d'arrêt contre M. Fehri a été émis.

Ils estiment aussi que les autorités ont fait pression sur la magistrature pour l'emprisonner, sa chaîne diffusant des émissions critiquant le gouvernement.

"Les magistrats ont décidé qu'ils n'obeïssaient plus aux interférences (du gouvernement) et nous avons donc maintenant une décision conforme au droit", a encore estimé mercredi Me Dahmani.

L'affaire avait fait scandale car, quelques jours plus tôt, M. Fehri avait annoncé cesser la diffusion d'une mission de satire politique de Guignols à la suite de pressions des islamistes d'Ennahda qui dirigent le gouvernement.

Autre péripétie, la Cour de cassation était censée remettre sa décision le 20 novembre, mais la juge chargée du dossier avait été dessaisie de l'affaire, selon Me Dahmani, après qu'une lettre anonyme a accusé cette magistrate d'avoir été payée par Sami Fehri pour prononcer sa libération.

Ettounsiya TV, qui diffuse des émissions où des critiques virulentes à l'égard du pouvoir fusent régulièrement, a aussi été au coeur de plusieurs imbroglios.

Ainsi, l'Etat tunisien a tenté de faire interdire la semaine dernière la diffusion d'un entretien avec Slim Chiboub, un gendre de M. Ben Ali.

La justice avait tranché dans un premier temps en faveur des autorités avant de revenir sur sa décision, permettant à Ettounsiya TV de diffuser l'interview lundi soir. Nombre d'acteurs politiques et de la société civile avaient dénoncé une tentative de censure.

Sami Fehri a fondé la chaîne en mars 2011, quelques mois après la révolution tunisienne. Avant ces événements, il était associé au sein d'une boîte de production, Cactus Prod, à Belhassen Trabelsi, un beau-frère de Ben Ali.