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© Damien Glez, tous droits réservés.
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Une p'tite pièce pour sa Majesté, s'il vous plaît

Et si l’on organisait un Téléthon pour les Altesses en voie de paupérisation? Texte et dessins inédits de Damien Glez.

Alors que nous enveloppe la rudesse de l’hiver, le temps est à la générosité: mois de la solidarité dans quelques pays africains, ouverture de la campagne des Restos du Cœur en France ou encore collecte de radiateurs sud-africains pour enfants norvégiens.

Ne pourrait-on considérer que les pauvres bénéficient d’une dose déjà conséquente de charité? Ne devrait-on pas se tourner enfin vers les oubliés de l’altruisme? Vers les délaissés de l’empathie? Vers les parents pauvres de la bonté désintéressée? Ayons ne serait-ce qu’une pensée pour ceux qui sont peut-être moins nantis qu’on le croit: les têtes couronnées. La pauvreté avance, même dans les palais. Et ne perdons jamais de vue qu’un riche, c’est un indigent en puissance.

Les dépenses de Mohammed VI

Si l’on n’y prend garde, par exemple, le roi Mohammed VI du Maroc pourrait rapidement se retrouver sur la paille. Le 18 novembre dernier, à Rabat, en pleine célébration du 57e anniversaire de l’Indépendance, des manifestants tentaient de critiquer le niveau croissant des dépenses de la monarchie et réclamaient plus de transparence dans la gestion de l'argent public. Ces gagne-petit jaloux furent rapidement dispersés par la police

Dans le royaume chérifien, le budget dédié à la royauté s’élève annuellement à 2,5 milliards de dirhams, soit 234 millions d’euros. Postes à huiler? Le salaire du monarque, celui de ses conseillers et des membres de sa famille, les frais d'entretien des palais et toute autre acquisition de matériel indispensable à un train de vie pharaonique. Et les citoyens en colère d’arguer que cet État pauvre (130e sur 180 pays au classement du développement humain du Programme des Nations unies pour le développement) fait structurellement face à d’abyssaux déficits budgétaires.

Et de dénoncer tout particulièrement le fait que le budget royal n’est pas établi par les instances représentatives de la nation. Le parlement n’a jamais mis son doigt entre l’arbre de la monarchie et l’écorce de son budget. Bien imprudent celui qui remettra en cause la logique supra-institutionnelle de ce circuit budgétaire. N’est-il pas logique qu’un souverain «sacralisé» ait droit à une procédure d’exception? Abdelaziz Aftati, député du parti au pouvoir - le Parti de la justice et du développement - vient tout de même de jeter un pavé islamiste dans la mare parlementaire en évoquant un possible amendement du budget royal. La rue et les réseaux sociaux sont là pour prendre le relais...

Les comptes des têtes couronnées européennes

Le roi du Maroc n’est pas la seule tête couronnée dont le portefeuille est cerné de toute part. En 2011, sous pression, la Casa Real (maison royale) espagnol, pour la première fois en 32 ans de démocratie, publiait ses comptes sur son site Internet, révélant notamment le salaire annuel du roi Juan Carlos, de son fils le prince Felipe et la liste des 507 employés du palais de la Zarzuela, parmi lesquels pas moins de 70 chauffeurs.

La couronne d’Angleterre, elle, se révèle encore plus précise dans ses déclarations, indiquant jusqu’aux frais de coiffeurs de la reine (à bien y regarder, il y a, c’est vrai, un immense travail capillaire qui relève de la maçonnerie). Car, au Royaume-Uni aussi, les voix s’élèvent pour dénoncer une monarchie qui «coûte un rein» au contribuable. La rente de la reine est pourtant en baisse régulière. Finira-t-elle nécessiteuse, tendant de céder à vil prix quelque tableau de maître ou quelque domaine? Elle reste tout de même la 214e fortune mondiale dans le classement de Forbes

Solidarité de galère annoncée des souverains aux finances chahutées?

Mohammed VI semble tout de même particulièrement gourmand. Bien sûr, les 8,4 millions d'euros annuels versés par l'État espagnol à la famille royale ne représentent pas tout le poids financier de la monarchie. Le roi ne paie, par exemple, ni l'eau ni l'électricité, dans aucune de ses demeures, dépenses à la charge du Patrimoine national. Bien sûr, Elizabeth II déborderait régulièrement de son budget de fonctionnement de 30 millions d’euros, auquel s’ajoute une enveloppe de neuf millions pour les faux frais, enveloppe exclusivement réservée à la reine et à son mari.

Mais force est de reconnaître que les 234 millions d'euros du budget royal marocain crèvent le plafond communément admis par les frères en règne de Mohammed VI. Quoi qu’il en soit, les monarques dépriment. Et l’Afrique n’arrange rien à leurs affaires. Juan Carlos s’est senti menacé à l’issue de ses traques de pachydermes botswanais. Gêné aux entournures, le roi des Belges, Albert II, reste muet quand il se rend dans le cher Congo de Leopold II.

Elizabeth II n’a pas su profiter à temps des anciens royaumes africains du Commonwealth. Il ne lui reste qu’à jouir des paradis artificiels de la Jamaïque dont elle demeure la reine… Le froid seul conserverait-il les têtes couronnées dans un état de dignité acceptable? Peut-être la reine danoise Margrethe ou la néerlandaise Beatrix ont-elles su rentrer dans le rang plus tôt.

En Afrique comme ailleurs, et même si on ne décapite plus guère les crânes à sang bleu, les monarchies perdent de leur éclat d’antan. Bien loin le sacre clinquant de Bokassa Ier. Qui accorde encore le respect qui s’impose à Letsie III du Lesotho ou Mswati III du Swaziland? Combien de temps encore les gueux toléreront-ils ce faste kitsch qui cohabite mal avec des budgets africains efflanqués? Avant que nos suzerains n’en soient réduits à faire la manche à l’abord des feux tricolores, ne serait-il pas temps d’organiser un téléthon pour têtes couronnées?

Fouillez vos greniers et donnez, pour le Noël de vos majestés, vos vieux manteaux d'hermine rongés par les mites, vos sceptres de bals costumés et vos couronnes d’Épiphanie. Et à ceux qui pensent que seuls ont le droit de trôner les dirigeants démocratiquement élus émancipés de toute culture monarchique, rappelons que François “normal” Hollande est coprince de la Principauté d'Andorre

Damien Glez

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Damien Glez

Dessinateur burkinabé, il dirige le Journal du Jeudi, le plus connu des hebdomadaires satiriques d'Afrique de l'Ouest.

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