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People of the Omo Valley, by Gary Edenfield via Flickr CC
People of the Omo Valley, by Gary Edenfield via Flickr CC

Le peuple Omo sacrifié pour un barrage éthiopien

Huit tribus d'Ethiopie et du Kenya sont menacées par la construction d’un énorme barrage sur la rivière Omo. Des ONG ont lancé une pétition à l’occasion de la journée mondiale de l’eau.

Le 22 mars, la Journée mondiale de l’eau, instituée par l’ONU après le sommet de la terre de Rio en 1992, a été marquée par la remise d’une pétition aux ambassades éthiopiennes en France, Allemagne, Belgique, Royaume-Uni, Italie et Etats-Unis, signée par plus de 400 organisations internationales de défense de l’environnement. Lancé il y a un an, en mars 2010, ce collectif d’ONG entend protester contre la construction du barrage hydro-électrique Gibe 3 sur la rivière Omo, qui prend sa source en Ethiopie et arrose le nord du Kenya.

Une fois terminé, ce barrage devrait atteindre 240 mètres de haut. Il sera le plus élevé du continent africain et risque d’assécher en amont le lac Turkana, situé en territoire kenyan dans lequel l’Omo se jette. Pour les pétitionnaires, il y a urgence: selon le gouvernement éthiopien, 40% des travaux du barrage, commencés en 2006, sont déjà réalisés. Son coût, évalué à 1,4 milliard d’euros, ne comprend pas l’indemnisation des populations concernées par sa construction.

Huit tribus menacées

Pourtant, 500.000 personnes appartenant à au moins huit tribus de pêcheurs, agriculteurs et éleveurs semi nomades Omo, qui vivent depuis toujours le long du fleuve, risquent de devoir quitter leur terre. «Si on n’arrête pas les travaux, le barrage va entraîner une pénurie alimentaire et même une famine», craignent les signataires de la pétition. Pour l’association Les Amis de la Terre, le projet viole les conventions internationales sur les droits des populations indigènes. Il aura des conséquences dramatiques sur l’économie locale en entraînant la destruction des pêcheries, en inondant les terres particulièrement fertiles des bords du fleuve et dont les crues sont essentielles à la survie. «Nous dépendons du poisson, il est notre bétail, si les crues de l’Omo disparaissent, nous mourrons», explique un chasseur-cueilleur de la tribu kwengu.

Outre les dégâts sur les populations locales, le barrage menace également un site préhistorique de renommée mondiale ainsi que l’écosystème du lac Turkana qui risque l’assèchement. Or, les deux sites sont inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco.

Les ONG signataires dénoncent également le fait que la construction du barrage Gibe 3 ait été confiée, sans appel d’offres, à la société italienne Salini Construttori, violant ainsi de façon flagrante la Constitution éthiopienne qui prévoit qu’avant d’engager des travaux les personnes concernées soient consultées.

Manifestations au Kenya

Construit surtout pour fournir de l’électricité au Kenya, le barrage ne fait pas que des heureux dans ce pays. Au début du mois de mars, des milliers de Kenyans sont descendus dans la rue pour protester contre la construction du barrage, qui, selon eux, «menace à terme d’anéantir des milliers de vies». Les associations internationales ont donc appelé le gouvernement éthiopien à suspendre le projet «tant que les peuples affectés n’auront pas donné leur consentement libre, préalable et informé».

Sollicitées, la Banque européenne d’investissement et la Banque africaine de développement ont décidé de ne pas financer le projet mais elles ont été relayées par des banques chinoises qui se sont empressées de répondre à la demande éthiopienne. Italiens et Britanniques sont également sur les rangs.

Les associations, parmi lesquelles Survival International, dénoncent un autre risque couru par les populations de la vallée de l’Omo. L’Ethiopie est en effet en passe de devenir un paradis pour les investisseurs étrangers. Le gouvernement d’Addis Abeba a récemment mis en location pour cinquante ans des millions d’hectares de terres agricoles vierges, dont 180.000 hectares situés le long de la rivière Omo. En faisant payer 150 livres sterling (172 euros) par semaine 2.500 km2 de terrain, le gouvernement espère ne plus dépendre de l’aide humanitaire pour faire vivre la population. Il en est à ce jour totalement tributaire.

En attendant, pour le responsable éthiopien du dossier, Wondirad Manfredo, cité par le Guardian de Londres, il ne fait aucun doute que les tribus Omo seront amenées à terme à abandonner leur mode de vie ancestral.

Awa Ba

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