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Une des photos de l'exposition "Les déracinés du Nord-Kivu" ©Constance Decorde
Une des photos de l'exposition "Les déracinés du Nord-Kivu" ©Constance Decorde

Exposition: les déracinés du Nord-Kivu dans l'objectif

En raison du conflit dans le Nord-Kivu à l'est de la République démocratique du Congo, près de 100.000 personnes vivent dans des camps de déplacés dans la région de Goma. C'est leur histoire que la photographe française Constance Decorde raconte dans une exposition.

La prise de Goma le 20 novembre dernier, et les nouvelles avancées des rebelles du M23 dans l’est de la République démocratique du Congo ont poussé de nombreux habitants à fuir. Le camp de Kanyaruchinya, par exemple, dans lequel vivaient au moins 60.000 personnes, a été complètement vidé.

Ce camp, la photographe Constance Decorde l’a visité le mois dernier. Elle a suivi des membres de l’ONG Solidarités International pendant deux semaines. Elle a rencontré des habitants de cette région du Nord-Kivu, ravagée par près de 20 ans de conflits.

Tout abandonner

Pour beaucoup d’entre eux, ce départ n’est pas le premier. Jean a 92 ans. Son arrivée à Kanyaruchinya est son quatrième déplacement. Des fuites préventives. Généralement, les habitants du camp n’ont pas subi de violences directes, ils ont tout abandonné lorsqu’ils ont entendu les coups de feu et les combats qui se rapprochaient.

Ziripa, 30 ans, a marché pendant deux jours, enceinte de huit mois, pour rejoindre le camp. «Un mécanisme de survie», explique Catherine Hiltzer, responsable des opérations en RDC pour Solidarités International. Depuis des années, l’ONG apporte une aide d’urgence aux deux millions de personnes déplacées au Nord et Sud-Kivu. Mais depuis quelques jours, les équipes ont dû arrêter de travailler à Goma et dans ses environs. Les employés étrangers (une dizaine de personnes) sont au Rwanda. Les 200 Congolais qui travaillent pour Solidarités International dans la région, eux, sont toujours sur place, mais la direction leur recommande de ne pas se rendre dans les bureaux de l’ONG.

«Nous ne sommes pas directement visés par le M23», précise Catherine Hiltzer. «Mais on est face à une circulation accrue d’hommes en armes, qui ont des besoins en termes de nourriture, d’accès à l’eau et d’argent. Ils vont essayer de les satisfaire. Cela augmente le risque d’attaques».

Le difficile travail des ONG

Une fois les combats terminés, il faut environ 72 heures à l’ONG pour intervenir. C'est alors que commencent les distributions d’eau, de nourriture, de gobelets, de bidons… Car l’immense majorité des déplacés manquent de tout.

«Au début, je voulais les faire poser avec l’objet qu’ils avaient pu emmener avec eux», raconte la photographe Constance Decorde. «Je pensais faire des diptyques avec le portrait d’un côté, l’objet de l’autre. En fait, ce n’était pas possible parce que la plupart du temps, ils n’avaient rien».

Marie, 55 ans, qui est arrivée en septembre dans l’un des hangars de Kanyaruchinya (une grande bâche en plastique installée sur des pans de bois), ne possède que son pagne.

Les fréquents déplacements de populations rendent plus difficile encore le travail des associations humanitaires.

«Si on superpose la carte de la RDC à la carte de l’Europe, le nord du Congo c’est la Suède, le sud c’est la Grèce. Et concrètement, il n’y a plus de routes. Donc il est difficile de répondre à tous les besoins, il faut faire des choix», explique Solidarités International.

Les ONG ne distribuent pas de la nourriture chaque jour, alors pour gagner un peu d’argent, les femmes vont chercher du bois de chauffage et le vendent dans le camp. Grâce à cela, certains ménages arrivent à ouvrir des petits commerces, dans lesquels ils vendent du savon, par exemple. Ceux qui ont un petit métier de couture réparent les vêtements.

C’est aussi cela qu’a voulu montrer Constance Decorde dans ses photos. La mise en place d’une vie quotidienne, que tous ont de nouveau abandonnée au début de la semaine.

En quittant le camp, environ 60% des déplacés se sont réfugiés à Goma dans des églises, dans des hôtels ou n’importe quel lieu qui permette d’accueillir un grand nombre de personnes.

Les autres ont été pris en charge dans quatre lieux de rassemblement situés à l’ouest de la ville. On imagine que la plupart d’entre eux ont de nouveau dû quitter ces abris de fortune avec l’arrivée des rebelles à Goma.

«En fait, les événements de ces derniers jours illustrent exactement ce qu’on voulait montrer avec cette exposition», explique Catherine Hiltzer.

«Dès que les gens arrivent quelque part, ils sont sujets à d’autres déplacements. C’est absolument épuisant et surtout, ils ne peuvent pas recapitaliser et reconstruire».

Anne Depleux

Les portraits sont exposés à la Rotonde, au métro Stalingrad à Paris, jusqu’au 30 novembre.

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Anne Depleux

Anne Depleux. Journaliste française, studieuse apprentie en arabe, ayant vécu au Maghreb.

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