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En Tunisie, l'audiovisuel peine

Une télévision chantant les louanges d'un candidat qui n'est autre que son fondateur et une Haute autorité de l'audiovisuel dépourvue d'autorité: les élections présidentielle et législatives en Tunisie mettent en évidence les difficultés des médias à devenir indépendants.

Le soulèvement populaire de 2011, qui a mis fin à la dictature de Zine El Abidine Ben Ali, a libéré des médias jusque-là largement muselés. Depuis, le secteur audiovisuel s'est doté de 13 chaînes de télévision dont deux publiques et 11 privées, ainsi que de 39 radios, dont 18 privées et 10 publiques, devenues les arènes du débat politique.

Depuis samedi et jusqu'à lundi, trois soirées de débats télévisés ont lieu entre les 26 candidats à l'élection présidentielle, dont le premier tour aura lieu le 15 septembre. Diffusés sur 11 chaînes de télévision, parmi lesquelles la chaîne publique Wataniya dont la couverture des municipales en 2018 avait été saluée pour son indépendance, ces débats constituent une première en Tunisie et un fait rare dans le monde arabe.

Reste que les institutions chargées d'assurer l'indépendance des médias sont restées privées de pouvoir par manque de volonté politique, estiment des observateurs.

La Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (Haica), créée en 2012 pour réformer le paysage audiovisuel, ne parvient pas à imposer ses décisions sur des médias disposant d'un appui politique.

A l'approche du scrutin, des mesures ont cependant été prises contre Nessma TV, l'une des principales chaînes privées du pays qui émettait sans licence depuis des années. Son fondateur Nabil Karoui, qui a été proche du président défunt Béji Caïd Essebsi, est désormais un adversaire de poids du Premier ministre Youssef Chahed pour la présidentielle.

La Haica reproche à Nessma TV de faire de la "publicité politique" pour M. Karoui, et de ne pas avoir divulgué l'identité de ses actionnaires, dont ferait partie l'Italien Silvio Berlusconi.

Nessma TV, condamnée à de nombreuses amendes, fait l'objet depuis octobre 2018 d'une interdiction de diffusion, mais continue à émettre ses programmes via satellite. Elle consacre de nombreuses émissions à défendre M. Karoui, arrêté fin août pour blanchiment d'argent.

- Opacité -

La Haica a aussi interdit le passage des candidats sur une autre chaîne et une radio qui émettent sans licence: Zitouna TV, proche du parti d'inspiration islamiste Ennahdha, et la radio Quran, dont le propriétaire dirige un parti islamiste, Errahma, en course dans les législatives.

La Haica leur reproche l'opacité de leur financement, d'autant qu'elles n'ont pas de recettes publicitaires, souligne Hichem Snoussi, un des responsables de l'instance.

Ces médias payent des frais d'émission satellitaire "sans qu'ils aient des ressources publicitaires, ce qui nous a poussés à demander à la Banque centrale de nous communiquer les mouvements de ces médias", explique-t-il à l'AFP. "Notre demande n'a abouti qu'à des rejets, d'où notre recours à l'instance nationale d'accès à l'information", a-t-il ajouté.

- "Lobbies" -

"La configuration des médias audiovisuels, en l'absence de véritables réformes, de garde-fous, est devenue aujourd'hui l'apanage de propriétaires (des médias) qui ont des accointances politiques, économiques et même religieuses", estime le spécialiste des médias et professeur de journalisme Larbi Chouikha.

Une bonne partie des dirigeants de médias exerçaient déjà sous le régime de Zine el Abidine Ben Ali, et nombre de rédactions sont peu structurées, laissant le champ libre aux interventions de la direction dans le traitement de l'information. Il n'y a souvent pas de séparation entre information et commentaire.

Le Syndicat des journalistes a condamné "les pratiques de certains journalistes (...) qui participent à des campagnes de désinformation et de diffamation", appelant ceux qui ont rejoint des équipes de campagnes à suspendre leurs activités journalistiques jusqu'aux élections.

M. Chouikha interroge en outre "le rôle et la neutralité des chroniqueurs, des animateurs et de ce qu'on appelle des experts", qui pèsent lourd dans l'opinion publique mais s'affranchissent de toute déontologie journalistique.

"Dans un contexte économique morose, ce secteur (journalistique) est dans une précarité financière qui le met à la merci des lobbies politiques, financiers ou religieux", déplore-t-il.

Toutefois, par rapport aux précédentes élections en 2011, 2014 et 2018, "il y a une amélioration de la couverture", souligne le président de la Haica, Nouri Lajmi. "Les journalistes ont accumulé un capital d'expérience, la majorité fait du bon travail", dit-il à l'AFP, en insistant: "c'est un test pour la démocratie".

AFP

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