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Violences xénophobes en Afrique du Sud: le bilan grimpe

L'Afrique du Sud a renforcé la sécurité mercredi après des attaques xénophobes qui ont fait sept morts dans la région de Johannesburg et déclenché des représailles contre des commerces sud-africains dans les villes nigérianes.

La situation s'est progressivement normalisée mercredi à Johannesburg, principale ville sud-africaine, sous haute surveillance policière après trois jours d'émeutes. Des commerces ont timidement rouvert leurs portes. 

Deux corps carbonisés ont été découverts dans les décombres d'un commerce réduit en cendres dans le township d'Alexandra, en proie à des violences dans la nuit de lundi à mardi, selon la police.

Ils ont été trouvés par des personnes à la recherche, dans les débris des échoppes calcinées, de métal à revendre.

Depuis le début des violences dirigées contre les étrangers, au moins sept personnes ont été tuées et près de 300 arrêtées. Des dizaines de magasins ont été détruits et des camions soupçonnés d'être conduits par des étrangers ont également été brûlés.

Cette flambée de violences suscite inquiétude et colère dans plusieurs pays africains qui comptent de nombreux ressortissants en Afrique du Sud.

Au Nigeria, des appels au boycottage et à la violence contre des enseignes sud-africaines se sont multipliés.

Le géant sud-africain MTN, leader des télécommunications en Afrique, a annoncé la fermeture "jusqu'à nouvel ordre" de toutes ses agences au Nigeria, son plus grand marché avec 190 millions d'habitants, après une série d'attaques de ses magasins.

D'importantes échauffourées ont éclaté mercredi matin à Abuja, autour d'une enseigne sud-africaine de supermarché, malgré un renforcement du dispositif sécuritaire à travers le Nigeria. 

"Nous devons venger la mort de nos concitoyens en Afrique du Sud", a expliqué un manifestant, Joseph Tasha.

Pour protester contre les attaques xénophobes en Afrique du Sud, le Nigeria a décidé de son côté de boycotter le Forum économique mondial Afrique qui s'est ouvert mercredi au Cap, la capitale parlementaire sud-africaine.

- 'Tout perdu' -

En Zambie, un millier d'étudiants ont manifesté leur colère devant l'ambassade sud-africaine de Lusaka en brandissant des affiches "Non à la xénophobie" et en mettant le feu au panneau de la mission diplomatique.

Dans des termes très forts, le président zambien Edgar Lungu a appelé Pretoria à "mettre fin au carnage" avant que "cette xénophobie ne dégénère en un génocide à grande échelle".

Son homologue du Zimbabwe, Emmerson Mnangagwa, a "condamné" "toute forme de violence alimentée par la haine", saluant cependant "la réponse rapide des autorités sud-africaines" pour tenter de ramener le calme.

Et le Botswana, aussi frontalier de l'Afrique du Sud, a appelé ses concitoyens sur place à faire preuve de "la plus grande prudence".

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a de nouveau condamné les violences xénophobes, qui ont éclaté dimanche à Johannesburg avant de se propager à la capitale politique Pretoria et dans la province du KwaZulu-Natal (est).

"S'en prendre à des étrangers n'est pas la bonne attitude", a-t-il répété. "Tout le monde est bienvenu en Afrique du Sud", a assuré le président de la "nation arc-en-ciel" rêvée par son mentor, Nelson Mandela.

Dans le township sud-africain d'Alexandra mercredi, des commerçants étrangers faisaient le triste bilan des destructions.

 "J'ai tout perdu", a témoigné Ashi Ashfaq, un Pakistanais dont trois des six magasins ont été brûlés. "Je me sens tellement mal que je ne peux même pas manger", a expliqué cet émigré installé depuis vingt-cinq ans en Afrique du Sud.

"C'est la première fois que cela se produit. Avant, ils ne brûlaient pas les magasins. Ils volaient juste. Quand ils brûlent les magasins, vous perdez tout."

L'Afrique du Sud, première puissance industrielle du continent, est le théâtre régulier de violences xénophobes, nourries par le fort taux de chômage (29%) et la pauvreté.

En 2015, sept personnes avaient été tuées au cours de pillages visant des commerces tenus par des étrangers à Johannesburg et à Durban (est). En 2008, des émeutes xénophobes avaient fait 62 morts dans le pays. 

Selon Amnesty International, cette nouvelle vague de violences est le résultat "d'années d'impunité pour les crimes xénophobes" perpétrés ces dernières années dans le pays.

burs-bed/jh    

AFP

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