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Alexis Peskine ou l'art de l'identité plurielle

Cosmopolite et inspiré par l'Afrique en général et le Sénégal en particulier, Alexis Peskine est un artiste plasticien touche-à-tout qui aborde des sujets sensibles avec finesse et fraîcheur. Rencontre avec le créateur de l'acupeinture.

Avec un physique de basketteur, Alexis Peskine culmine à 1,95m. A l’âge du Christ, sa gueule d’ange dégage un «éclat de la félicité» que ni sa barbichette subtilement négligée encore moins ses lunettes couvrant la moitié de son visage ne parviennent à voiler.

Le 59 rue de Rivoli, à Paris, a des airs de messe. Un attroupement de férus d’art, en majorité des touristes, s’y recueille.  

«C’est un squat urbain dédié à l’art, introduit Alexis Peskine en plein travail. Il y a 30 artistes disséminés sur 6 étages. Le lieu est tenu par les artistes qui à tour de rôle doivent jouer au concierge 1h30 par semaine».

Le public, entre source et influence

Au cœur de l’été, Alexis Peskine fait parti des 10 résidents du «59» auxquels s’ajoutent 20 permanents.

«Dans ce lieu, le public a un accès direct aux artistes. J’ai pris l’habitude d’exécuter mon art dans cet atelier: idées, création, contact avec le public».

L’immeuble, transformé en gigantesque atelier, se trouve à côté des grands magasins de Paris. Ce qui en fait un refuge idéal pour touristes et parisiens.  

«C’est important de ne pas être déconnecté du public qui vient voir et parfois juger les œuvres en face de nous, artistes», explique t-il.

Pour le jeune artiste, la relation avec le public est plus basée sur l’échange que l’influence.

«Quand je crée une œuvre, elle n’est pas fermée. Elle subit différentes interprétations qui peuvent varier d’un continent à un autre. Je tiens compte de ce que les gens me disent et de la manière dont ils me le disent. Mais ma façon de faire n’est pas forcément influencée par le public. En revanche, la manière dont j’exprime mes idées peut être influencée par ce même public».

L’acupeinture, le côté transcendantal des clous

L’expression de ses idées, Alexis Peskine la fait à travers sa création personnelle: Acupeinture.

«J’exprime des idées de part les images. C’est du néo pop. Les images sont très graphiques. J’utilise des techniques et produits "archaïques" avec le bois, le marteau, les clous mais aussi de la haute technologie avec Photoshop comme c’est le cas avec cette photo de Sasha Dieng (nous l’avons trouvé en train de travailler sur des images du mannequin sénégalais, ndlr). Le côté pop se trouve dans l’esthétique en utilisant les techniques de Warhol ou de Listenstein. J’utilise un esthétique populaire pour parler de choses sérieuses comme la discrimination, le racisme, la violence, la drogue ou la pluri identité».

Un éclectisme dont les origines remontent à l’enfance où Alexis Peskine baignait dans un univers artistique. 

«Ma maman est artiste, elle faisait de la musique à la maison. Tout petit, je dessinais avec des crayons. Mais le choix des clous est venu plus tard, à l’université. J’ai toujours voulu avoir ma propre langue culturelle. Tout est parti du décès d’un oncle. Quand j’ai voulu agrandir sa photo et je me suis rendu compte qu’il y avait plein de petits points. J’ai réfléchi au moyen de remplacer ces points. C’est petit à petit que j’en suis venu aux clous. Le clou peut être transcendant parce qu’on l’utilise pour faire mal mais également pour bâtir des choses. On voit les clous dans la crucifixion, dans le vaudou haïtien, dans les cultures Nkissi au Congo pour discuter avec les anciens avec les figurines nommés Nkondi, au Bénin»

Sénégal, pays d’adoption

Ce fut une ouverture supplémentaire à l’Afrique, continent avec lequel le rapprochement allait être plus effectif grâce à une rencontre. Juste après le bac, Alexis Peskine part aux Etats-Unis pour jouer au basket dans une université mais il est rattrapé par l’art et ses origines.

«J’y ai fait la connaissance du journaliste sénégalais Idrissa Fall (présentateur à la Voix de l’Amérique, ndlr), aujourd’hui je le considère comme mon oncle. Il m’a pris sous son aile pendant mes études.»

Un tutorat qui finit par prendre la forme d’une initiation à la culture sénégalaise.

«Ce n’était pas difficile puisque je suis le fruit de la rencontre de différentes cultures. Ma mère vient du Brésil et mon père de Russie mais ayant vécu en France.»

Ce métissage lui donne une ouverture d’esprit mais qui ne l’empêche pas de revendiquer une identité noire.

«Une partie de ma famille a un lien vivace avec l’esclavage et j’ai toujours eu un lien avec l’Afrique. J’avais le désir d’avoir un deuxième pays et c’est tombé sur le Sénégal. J’y suis allé pour la première fois en 2010. Depuis j’y retourne fréquemment.»

"Bordel organisationnel" du Fesman

Proche du milieu de la mode depuis 2010, il réalise les affiches et photos des Dakar Fashion Week. C’est donc presque tout «naturellement» qu’il a été choisi lors de la première édition du Black Fashion Week de Paris (4 au 6 octobre). Alexis Peskine remarque «une forme de coquetterie vestimentaire sénégalaise».

Reste que les péripéties du Fesman 2010, le Festival des arts nègres organisé à Dakar, n’ont pas terni son attachement à son pays d’adoption. S’il regrette un «bordel organisationnel» et le retard pris pour récupérer ses œuvres (comme beaucoup d’artistes, ses tableaux ont été retenues durant près de 4 mois par le transporteur par défaut de paiement des organisateurs, ndlr), il retient la richesse artistique: «le Fesman était top à ce niveau».

Autre point positif, l’ouverture d’esprit, la façon dont la cohabitation se fait entre les différentes religions, les différentes langues et ethnies au Sénégal. «Ce sont des choses importantes qui orientent et sont à la base de mon travail.»

A titre comparatif, le jeune artiste pense que «le modèle assimilationniste français a des leçons de tolérance à recevoir du Sénégal. Les gens n’ont pas besoin d’être intégrés, ils le sont naturellement. Personne n’a le monopole de la définition de ce qu’est être Français». Non plus pour être Sénégalais?

«Je prends des cours de Wolof à l’Institut des Cultures de l’Islam dans le 18e arrondissement de Paris. J’ai envie également d’apprendre le Peul qui est très beau dans la résonnance». Histoire de mieux se fondre dans l’univers de son pays d’adoption.

Moussa Diop

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Moussa Diop

Journaliste sénégalais diplômé de l'Institut Français de Presse. Il est correspondant permanent du quotidien sénégalais Le Soleil à Paris.

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