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Le nouveau gouvernement ivoirien, le 22 novembre 2012. © REUTERS/Thierry Gouegnon
Le nouveau gouvernement ivoirien, le 22 novembre 2012. © REUTERS/Thierry Gouegnon

La Côte d'Ivoire a changé de tête, pas de corps

Pour l'éditorialiste Venance Konan, le remaniement ministériel en Côte d'Ivoire n'est pas le signe d'un échec de la précédente équipe. Le nouveau gouvernement doit répondre aux impatiences des Ivoiriens.

Le psychodrame du mercredi 14 novembre (dissolution surprise du gouvernement ivoirien par le président Alassane Ouattara, Ndlr) a débouché sur une nouvelle dynamique qui se concrétise par un nouveau gouvernement, plus resserré, réduit à 28 membres contre 36 dans le précédent, et avec quatre nouvelles personnalités.

Objectif assigné à cette nouvelle équipe? Des résultats. Cela ne signifie pas que le précédent gouvernement n’en ait pas obtenu, qu’il ne l’ait pas eu comme objectif, ou qu’il ait démérité.

Mais l’action gouvernementale nécessite souvent des piqûres de rappel, des coups de fouet, des électrochocs, et parfois même le sacrifice de fidèles compagnons, afin d’obtenir encore plus de résultats.

Tout ministre qui sort d’un gouvernement n’est pas nécessairement un ministre qui a mal travaillé ou qui s’est mal comporté.

Du sang neuf pour relancer la machine

Il se trouve que dans notre pays, en ce moment, le temps passe et presse. Deux ans déjà! Et plus que trois autres pour tenir toutes les promesses faites.

Un peu de sang neuf suffit parfois à relancer une machine qui commence à se gripper. Beaucoup a été fait durant ces deux années, surtout lorsque l’on prend réellement en compte l’étendue du travail qu’il y avait à faire.

Lorsque l’on passe plus de dix années à se haïr et à détruire ce que l’on avait péniblement construit, les choses n’avancent pas comme sur des roulettes.

Oui, les choses ne vont pas aussi vite que nous le souhaitons. Mais il est bon de savoir que ce n’est pas parce que l’on a changé de tête que le corps a aussitôt changé.

La Côte d’Ivoire a, certes, changé de tête. A-t-elle pour autant changé de corps? Les mauvaises habitudes ont parfois, pour ne pas dire toujours, la peau dure. Lorsque l’on s’est habitué à la facilité, il est douloureux d’y renoncer. Et cela, il est difficile de l’imputer à un seul camp.

La facilité, le peu de goût pour l’effort, la recherche de l’argent en vitesse, pour le dépenser avec la même vitesse, la gabegie, le sentiment d’impunité, les valeurs renversées, l’ignorance de l’intérêt général, cela a été le lot de tous les Ivoiriens durant une bonne dizaine d’années.

Le Chef de l’Etat actuel veut changer tout cela. Et c’est effectivement pour changer cela que nous l’avons élu. Reconnaissons que si cela n’est pas un travail de Titan, ça y ressemble beaucoup; et ce que nous demandons ne peut s’obtenir aussi rapidement que nous le souhaitons si nous ne commençons pas par changer nous-même.

Si tu changes, ton environnement change aussi

«Si tu veux que le monde change, commence par changer toi-même, car le monde, c'est toi.»

Le jour où nous comprendrons cela, les choses iront à un rythme qui nous étonnera.

Cependant, malgré tout ce que nous venons de dire, ce serait faire preuve de mauvaise foi que de ne pas voir tout ce qui a été fait durant ce court temps, qui est en réalité d’une année et demie.

Mais nous sommes tous des impatients. Nous ne regardons jamais ce que l’on nous a donné. Seul ce que l’on ne nous a pas encore donné nous intéresse. Et nous ne cessons de le réclamer à cor et à cri, et souvent à tort et à travers.

La tâche du nouveau gouvernement est de répondre à nos impatiences. Cela exigera de ses membres encore plus de travail, plus d’abnégation et plus de probité.

Les mauvaises mœurs étant ce que l’on prête le plus facilement aux autres, les Ivoiriens en ont prêté à tort ou à raison à certains membres du gouvernement précédent et à leurs collaborateurs.

Comme le Chef de l’Etat l’a dit le 22 novembre, lors du premier Conseil des ministres, chacun des ministres et tous ceux qui font fonctionner notre administration et nos sociétés d’Etat doivent faire en sorte que ces rumeurs de corruption que l’on entend ici et là n’aient plus de raison de circuler.

Venance Konan (Fraternité Matin)

 

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Venance Konan. Ecrivain et journaliste ivoirien. Il a notamment publié le roman Les Prisonniers de la haine.

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