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Tunisie: levée de l'interdiction d'une interview d'un gendre de Ben Ali


Slim Chiboub, le 3 janvier 2004 à Tunis AFP/Archives Fethi Belaid

La justice tunisienne a levé vendredi l'interdiction faite à la chaîne télévisée Ettounsiya de diffuser une interview de Slim Chiboub, gendre du président déchu Zine El Abidine Ben Ali, revenant sur une première décision qui avait déclenché des accusations de censure.

"Nous avons gagné (...). Nous diffuserons l'interview quand nous le voudrons", a déclaré à Radio Express-FM Moez Ben Gharbia, le présentateur de l'émission concernée, sans préciser de date.

Selon les radios Mosaïque et Shems, le contentieux de l'Etat avait déposé une requête en urgence demandant d'interdire la diffusion de l'interview jeudi soir, ce qui avait été accepté. Vendredi, une seconde requête a demandé que l'interdiction soit étendue à toutes les chaînes du pays et sur internet. Cette plainte a été rejetée, et la décision a aussi libéré Ettounsiya de l'interdit.

Des personnalités politiques et des médias avaient dénoncé la décision comme un retour à la censure en vigueur sous M. Ben Ali, chassé par une révolte populaire en janvier 2011.

Le Premier ministre Hamadi Jebali, un des dirigeants d'Ennahda, le parti islamiste au pouvoir, avait pour sa part dénoncé l'interview comme "un prélude à une +normalisation+ planifiée des symboles de l'ancien régime" et promis que "ce plan machiavélique" ne serait pas toléré.

Ancien champion de volley-ball et homme d'affaires surnommé "Monsieur Gendre", Slim Chiboub a présidé de 1989 à 2004 le club omnisports de l'Espérance sportive de Tunis (EST), dont l'équipe de football est l'une des plus populaires du pays.

Réfugié aux Emirats arabes unis, il a été condamné par contumace en mars à cinq ans de prison pour détention d'arme à feu sans autorisation.

Ettounsiya TV entretient des relations difficiles avec les autorités tunisiennes. Son patron, Sami Fehri, ex-associé d'un beau-frère de Ben Ali, est en détention depuis août dans le cadre d'une affaire de détournements de fonds.

Peu avant son arrestation, il avait annoncé cesser la diffusion d'une émission politique satyrique à la suite de pressions d'Ennahda, qui a été accusé à plusieurs reprises de chercher à contrôler des médias en leur reprochant d'être au service des tenants du régime déchu.