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Côte d'Ivoire: nouveau gouvernement pour mieux tourner la page de la crise


Le président ivoirien Alassane Ouattara entouré de son nouveau gouvernement, le 22 novembre 2012 à Abidjan AFP Sia Kambou

 Un cabinet un peu resserré, toujours très politique mais avec quelques personnalités au profil plus technique: le nouveau gouvernement du président ivoirien Alassane Ouattara, formé jeudi, devra faire plus pour relever le pays meurtri par la crise de 2010-2011.

L'équipe du Premier ministre Daniel Kablan Duncan a déjà un dossier brûlant à traiter: transférer ou non à La Haye l'épouse de l'ex-président Laurent Gbagbo, Simone.

La Cour pénale internationale, qui détient depuis un an son mari, a annoncé jeudi avoir émis un mandat d'arrêt contre elle pour crimes contre l'humanité commis durant la crise post-électorale de décembre 2010-avril 2011, qui a fait environ 3.000 morts.

Avec 28 ministres, contre 35 dans le cabinet formé en mars et dissous le 14 novembre pour cause de dissensions dans la coalition au pouvoir, le nouveau gouvernement est à la fois un peu resserré et rationalisé.

Une dizaine de ministres ont été sortis, quatre font leur entrée. Des ministères jusque-là distincts et redondants ont été regroupés.

Le Rassemblement des républicains (RDR) de M. Ouattara, et dans une moindre mesure son principal allié, le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI) de l'ex-chef de l'Etat Henri Konan Bédié, se partagent toujours l'essentiel des postes, et les fidèles de M. Gbagbo restent dehors.

Si la logique politique prévaut, certains nouveaux venus ont un profil plus technique ou plus spécialisé.

"rumeurs de corruption"

C'est le cas de Jean-Louis Billon, patron de Sifca, le plus grand groupe agro-industriel du pays, nommé ministre du Commerce et de la promotion des PME. Comme président de la Chambre de commerce et d'industrie, c'est une personnalité très médiatique, connue pour ses prises de position en faveur des entreprises et contre la mauvaise gouvernance.

"On a essayé de mettre des technocrates un peu partout", a assuré à l'AFP un membre de l'entourage de M. Ouattara, même si on reste loin du gouvernement de "technocrates" parfois rêvé par la presse.

Membre du PDCI et jusque-là chef de la diplomatie, l'économiste Daniel Kablan Duncan, 69 ans, qui fut Premier ministre dans les années 1990 sous la présidence Bédié, cumule le poste de chef du gouvernement avec celui de ministre de l'Economie.

Croissance économique, lutte contre la pauvreté et le chômage des jeunes comptent parmi les "immenses" défis qu'il a évoqués lors du premier Conseil des ministres.

Il faut "accélérer la mise en oeuvre de notre programme" afin que le pays "avance beaucoup plus rapidement" et que le quotidien des Ivoiriens s'améliore, a insisté de son côté M. Ouattara.

Fait notable: il a appelé ses ministres à la "probité", pour mettre fin à des "rumeurs de corruption" insistantes.

Le dossier sensible de la sécurité reste piloté par le président Ouattara, qui conserve le portefeuille de la Défense et garde auprès de lui un ministre délégué, Paul Koffi Koffi.

La cruciale réforme de l'armée n'en est qu'à ses balbutiements. Réorganisation des forces, démobilisation et réinsertion des ex-combattants: si quelques pas ont été accomplis récemment, l'essentiel reste à faire.

Or, la situation demeure fragile. Entre août et octobre, le régime a été confronté à une vague d'attaques, souvent meurtrières, contre les forces de sécurité. Il a accusé le camp Gbagbo, qui dément. Ces troubles ont encore davantage plombé un processus de réconciliation au point mort.

Le chef de l'Etat avait dissous le 14 novembre le gouvernement, officiellement en raison de désaccords sur un projet de loi au sein de la majorité. Cette dissolution surprise apparaissait en réalité comme un "prétexte", selon un conseiller ministériel, après de forts tiraillements entre le PDCI et le RDR, accusé parfois par son allié de visées hégémoniques.