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L'intervention en Libye divise la presse africaine

L’intervention des forces alliées en Libye divise l’Afrique. Si l’Union africaine a appelé dimanche à la «cessation immédiate de toutes les hostilités», trois Etats du continent siégeant actuellement au Conseil de sécurité de l'ONU (l’Afrique du Sud, le Nigeria et le Gabon) ont voté en faveur du recours à la force. Des divisions que l'on retrouve également dans la presse.

Le quotidien tunisien Le Temps affirme qu'«il faut faire vite et bien», tout en mettant en avant l’importance du respect du cadre de la résolution de L’ONU:

«Il est primordial de ne pas perdre de vue l’intérêt du peuple libyen à réaliser les objectifs de sa révolution avec ses propres moyens pour pouvoir par la suite décider librement de son avenir.»

L’Observateur burkinabè salue quant à lui le rôle de la France, en nuançant toutefois son propos:

«Le pays de Sarkozy tient sans doute à se faire pardonner ses ratés récents dans la révolution du jasmin (…). Mais ici, il faut le reconnaître, en compagnie de ses alliés occidentaux, la France fait une œuvre utile qu’en toute honnêteté, il faut saluer à sa juste valeur.»

Toujours au Burkina, Le Pays parle d'une «ingérence salutaire», tout en se demandant si «l’intervention armée actuelle permettra vraiment de donner au peuple libyen son droit à la liberté et à la parole». Et de poursuivre:

«Certes, les interventions ciblées vont refroidir pour un temps l’ardeur des troupes de Kadhafi, et ragaillardir celles de ses opposants. Mais, étant donné la nature et la solidité du régime au pouvoir à Tripoli, les hostilités ne vont-elles pas finir par s’installer dans la durée?»

La presse africaine se fait également l’écho des réticences de nombreux pays du continent. Pour le journal tunisien privé Achourouk, l'intervention de la coalition représente «une menace pour la région», qui risque d’en faire une «zone de tension et une base avancée pour les forces impérialistes». Le quotidien juge même que l’arrivée des Occidentaux «va souiller la bataille du peuple libyen contre la junte corrompue» de Kadhafi.

On reproche notamment aux Occidentaux leur intérêt pour le pétrole libyen. Une thèse qu’expose le quotidien algérien El Khabar dans un éditorial intitulé Quand le pétrole se mélange au sang libyen:

«La vraie guerre est celle du pétrole. Le peuple libyen n’a rien à y faire.»

Mais les critiques dépassent le cadre de la Libye. En Afrique, la crise en Côte d’Ivoire est dans tous les esprits, et les médias du continent ne peuvent s’empêcher de faire le lien entre les deux situations.

«Il apparaîtra maintenant très clairement aux yeux du monde que ce n’est pas la seule morale qui fait voler les avions de chasse des grandes puissances. [...] En Côte d’Ivoire aussi, le peuple se meurt et la très sélective communauté internationale n’y propose pour l’instant que les rapports de l’Onuci transformée en observateur du désastre qu’à grand frais», estime Le Républicain malien.

Et pour le quotidien burkinabé Le Pays, «le cacao et le port d’Abidjan ne font pas le poids devant l’énormité des gisements de pétrole et de gaz libyens.»

Lu sur RFI, Afrik.com