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Adama Ndiaye alias Adama Paris, photo d'Alexis Peskine
Adama Ndiaye alias Adama Paris, photo d'Alexis Peskine

Adama Paris et la mode des non-alignés

La Franco-Sénégalaise Adama Paris veut balayer toutes les conventions. De Paris à Montréal, en passant par Bahia au Brésil, elle dévoile au monde sa vision de la mode made in Africa.

Elle s'appelle Adama Ndiaye mais est plus connue sous le pseudonyme d'Adama Paris. Cette figure emblématique de la mode africaine vit entre le Sénégal, la France et les Etats-Unis. Mais son îlot de stabilité se trouve à Dakar. 

Elle a récemment réussi à mettre Paris à ses pieds. En octobre dernier, elle avait lancé en grandes pompes la Black Fashion Week dans le pavillon Cambon. 

«Après Prague, Paris, nous allons organiser une Black Fashion Week à Montréal (Canada), en novembre, et une autre à Bahia (Brésil), en décembre, pour montrer le savoir- faire africain. »

L’objectif de la Black Fashion Week est d’amener ces créateurs à exister sur le marché international de la mode, loin de tout cloisonnement ethnique ou communautaire. 

Cette trentenaire, dynamique et mince, est depuis 10 ans à la tête de la Dakar Fashion Week. Plus d'une trentaine de designers étaient présent en juin dernier pour souffler les dix bougies de l'événement.

Parmi eux, le Libano-Ivoirien Elie Kuame, le Marocain Karim Tassi, le Camerounais Marcial Tapolo ou encore la Malienne Mariam Bocoum, soeur de la chanteuse Inna Modja...

Tous les ans, des créateurs prometteurs, heureux de profiter d'une plate-forme africaine, se donnent donc rendez-vous à Dakar, capitale du Sénégal. 

Des créateurs asiatiques, américains ou encore européens peuvent également se greffer au projet.

Mais un petit flashback est nécessaire pour comprendre cette virtuose des ciseaux et passionnée de la mode. Et surtout des chaussures Louboutin, son pêché mignon. 

De l'économie à la mode

Tout a commencé à Kinshasa où cette Franco-Sénégalaise est née.

«J’ai fait des études de sciences économiques à Nantes  puis à l'université Dauphine à Paris. J’ai toujours voulu travailler dans la mode mais mes parents n’étaient pas trop emballée par cette perspective », explique-t-elle de sa voix rauque.

Mon père me disait: «Tu es noire, tu dois travailler deux fois plus qu’une blanche.» Je ne suis pas d’une famille conservatrice mais mes parents voulaient que j’aie un minimum de bagage scolaire.

Normal pour un père ambassadeur et une mère institutrice. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai beaucoup voyagé.

Pourtant l’envie d’évoluer dans la mode est toujours vivace.

«Je faisais déjà de la mode à la fac. Je me suis dépêché de finir mes études pour me lancer. Je suis issue d’une famille où tout le monde doit être diplômé», confie-t-elle.

Débute un parcours de combattante.

«J’ai galéré pendant des années à faire des choses dans mon petit appartement», souffle-t-elle. Ni la promiscuité, ni les moments difficiles ont eu raison de sa soif de réussite. Car la mode elle a dans les veines.

A 23 ans, elle crée Adama Paris. Pourquoi ce nom?

«On m’appelait tout le temps Adama Paris quand j’étais plus jeune pour me différencier de ma sœur jumelle (Awa), qui habite dans le sud de la France. Je voulais au départ donner mon prénom, mais apparemment il avait déjà été utilisé. Ce choix s’est donc imposée à moi, ce n’était pas du tout marketing », sourit-t-elle, révélant ses deux fossettes.

Sa couleur de peau a-t-elle été un frein à sa carrière? Adama Paris balaye d’un revers de main cette interrogation.

«Je fais partie de ces femmes qui pensent que ce n’est ni la couleur de peau et encore moins la nationalité qui doit être un frein. J’ai des capacités comme tout un chacun. Les choses sont dures pour tout le monde. Il faut s’accrocher

     Collection d'Adama Paris, photo Nicolas Romain

Le mouvement des non-alignés

Quand la mode mainstream veut rester verrouillée et ne souhaite pas intégrer des créations différentes, au lieu de se résigner et jeter aux orties toutes ses créations, Adama Paris lance son propre mouvement : «la mode noire».

Une mode consacrée exclusivement aux Noirs. Bien au contraire, il s’agit de voir la mode différemment.

«Tous ceux qui font partie de ce mouvement «La mode noire» n’ont pas besoin d’être Noirs, ils ont juste une approche différente de la mode européenne.»

Cette «mode noire» est une alternative à la mode qui est servie dans les magazines de mode ou dans les grands défilés.

«De New York à Pékin, les gens s’habillent de la même manière», résume-t-elle.

Et pour cause, à l’issue des défilés, des tendances se dégagent telles que la tendance du gris, du noire ou encore du nude. 

Le nude correspond à un teint zéro défaut, faussement naturel, que l'on peut admirer chez les mannequins lorsqu'un défilé se veut neutre. Cependant, une fois transposée sur les vêtements, cette couleur change de nature et se doit de se marier à un dress code smart et néo chic, afin d'éviter toute fadeur...

La mode mondiale obéit à un calendrier très serré. Les collections doivent être à chaque fois différentes. Un carnet de tendances est monté, plus communément appelé par son nom anglais trend book. Ce dernier permet de repérer et identifier quels seront les styles de demain.

Car les collections sont souvent conçues six à huit mois à l'avance. En outre, de plus en plus d'entreprises réalisent même jusqu'à quatre collections par année : automne/hiver, holiday (collection des fêtes), croisière ou early spring et finalement printemps/été. Cela permet également d'augmenter les ventes.

    Collection d'Adama Paris, photo Alexis Peskine

Pas de saison, pas de pression

«Notre mode est moins codifiée, on n’obéit ni aux saisons, ni aux couleurs de l’année contrairement à la mode mondiale», tranche Adama.

Les influences d'Adama Paris sont à la fois africaine et européenne. Elle aime à utiliser le Basin riche, un tissu qui ressemble à la peau et à du cuir, le wax, un tissu hollandais, tout en ajoutant une once de modernité dans ses créations. 

Et elle n'hésite pas à jouer les apprenties sorcières pour certaine collection, comme celle de l'Afro Bikini.

«J’ai fait un peu la chimiste pour créer un maillot de bain en wax», souffle-t-elle.

C’est à la Fashion Week de New York qu’elle a pu présenter son premier défilé de maillot.

«J’étais très contente que les autres organisateurs d’évènements plébiscitent ce savoir-faire. Je suis la seule à fabriquer des maillots en wax », confiait-t-elle à Afrik.com.

Car elle offre une alternative, une vision différente de la mode. 

La mode doit être vivante et ne pas obéir à un mode de réflexion étriqué. Mais économiquement ce projet est-il viable ?

«Pourquoi la différence ne se vendrait pas?», s’anime Adama. «Il y a toujours un marché pour les idées nouvelles et différentes. Il faut s’intégrer, mais surtout ne pas s’aliéner ou pire être formaté. La mode a besoin de changement.»

En résumé, il ne faut pas courber l’échine devant l’autel de la consommation.

 

Collection Afrobikini, photo Alexis Peskine

Traquée par la presse people

Entre la Dakar Fashion Week et la Black Fashion Week, Adama Paris a peu de temps à consacrer à sa vie privée.

Pourtant la presse people sénégalaise se délecte de ses moindres faits et gestes.

«Il y a sept ou huit journaux qui vous traquent comme Voici le fait ici pour les stars.»

Des rumeurs couraient même sur son mariage.

« Comme je suis mince, pour les Sénégalais je suis une fille qui sort avec des Blancs. Tout le monde pensait que j’étais mariée avec un riche Blanc, j’ai laissé parler les gens », assène Adama.

Du coup, elle sort moins, même si elle n’en est pas arrivée au point de vivre recluse.

« Je reste quelqu’un de très accessible », conclut-elle. 

Maïmouna Barry

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Maïmouna Barry

Journaliste franco-sénégalaise

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