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La presse sud-africaine ne fait pas de cadeau au président Jacob Zuma

Jacob Zuma a-t-il fait pression sur la justice pour échapper à une condamnation?

Des documents internes à la justice sud-africaine et mis à jour par le Sunday Times, l’un des plus grands titres de la presse d'Afrique du Sud, plaident contre le président Zuma.

A partir de près de 300 pages de courriels, mémos et minutes de réunions judiciaires de l'époque, le Sunday Times révèle que le magistrat instructeur, qui avait contre toute attente levé les charges pesant contre Jacob Zuma, en 2009, aurait subi d'intenses pressions pour prendre cette décision.

«Ces documents posent des questions sur la raison pour laquelle le magistrat en charge du dossier à l'époque, Mokotedi Mpshe, a ignoré l'avis de sa hiérarchie et mis Jacob Zuma hors de cause, se fondant sur des enregistrements d'écoutes téléphoniques pour estimer qu'il (Jacob Zuma) était victime d'un complot», écrit le Sunday Times.

Jaocb Zuma avait effectivement été «inculpé en décembre 2007 de corruption, fraude et racket. Il était même soupçonné d’avoir sollicité des pots-de-vins auprès du groupe d’armement français Thales, lorsqu’il était vice-président du pays (1999-2005)» souligne l'Agence France presse (AFP).

S'ajoute que, toujours selon la même source, les supérieurs du procureur étaient vent debout contre cette décision.

En outre, les enquêteurs se sont sentis victimes d'un chantage, ils ont d’ailleurs relancé à de nombreuses reprises Mokotedi Mpshe pour qu'il engage les poursuites car à leurs yeux, sa décision de ne pas le faire souffrait de vices juridiques majeurs. 

L’abandon de ces charges a permis à Jacob Zuma de disputer l’élection présidentielle sans encombre et de la remporter.

Ces nouvelles révélations ne vont pas arranger les relations, déjà orageuses, entre le président sud-africain et la presse du pays

Le parquet sud-africain avait d'ailleurs tenté en vain de bloquer la parution de l'article et saisi en référé un tribunal de Pretoria qui en a finalement autorisé la publication le 17 novembre. 

Toutefois:

«L'histoire pourra aussi apporter de l'eau au moulin des partisans de Jacob Zuma, qui, depuis des années, dénoncent une quasi persécution de leur champion par l'opposition et la presse, toujours dominée par la minorité blanche. Une rhétorique qui pourrait toujours rallier ses partisans d'ici le congrès de l'ANC (Congrès national africain)», souligne RFI.

Car Jacob Zuma espère être réélu en décembre prochain à la tête de l'ANC mais ses chances s'amenuisent face à son principal concurrent, le député Kgalema Motlanthe, qui est déjà vu comme un favori, observe l'hebdomadaire sud-africain Mail and Guardian. 

Lu sur Sunday Times, Mail and Guardian et RFI

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