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RDC: trois personnes tuées par balles dans une manifestation dans l'est

Trois personnes ont été tuées lundi par des balles tirées par la police dans la répression d'une manifestation contre l'insécurité dans une région de l'est de la République démocratique du Congo, où des tueries sont quasi quotidiennes.

"Il y avait une manifestation au cours de laquelle trois personnes viennent de mourir : un jeune garçon d'environ 25 ans a reçu une balle au niveau de l'abdomen, il est mort à l'hôpital; un pygmée a été atteint par balle, il est mort sur place; un enfant a été atteint aussi par balle et est aussi décédé", a déclaré à l'AFP Donat Kibwana, administrateur du territoire de Beni, dans la province du Nord-Kivu.

Cet incident a eu lieu à Oicha, cité située à 30 km au nord de la ville de Beni. Les manifestants protestaient contre une attaque survenue la veille et attribuée aux milices ougandaises musulmanes des Forces démocratiques alliées (ADF), au cours de laquelle deux personnes avaient été tuées.

"La police a dispersé les manifestants par des tirs à balles réelles et du gaz lacrymogène, pour l'instant le bilan est de trois morts dont une femme pygmée", a accusé Noella Katongerwaki, présidente de la société civile du territoire de Beni.

Les activités sont "paralysées dans la cité d'Oicha. Nous demandons à l'armée de faire son travail. Nous ne pouvons pas comprendre que notre armée n'arrive toujours pas à nous sécuriser contre les ADF", a ajouté un autre activiste, Janvier Kasairio.

La police a accusé certains manifestants de détenir des armes et a annoncé l'arrestation d'au moins deux d'entre eux.

"Nous avons vu des jeunes gens surgir dans la rue, d'autres barricadaient la route principale, nous les avons dispersés mais certains parmi eux étaient armés. Deux sont déjà aux arrêts, ils étaient en possession d'une arme à feu", a affirmé le colonel Umbi Azalendanya, chef de la police du territoire de Beni, interrogé par l'AFP.

-'Encadrer les manifestants au lieu de les tuer'-

"On ne peut pas tuer les citoyens parce qu'ils manifestent, c'est inacceptable. La police aurait dû encadrer les manifestants au lieu de les tuer. Nous exigeons des enquêtes pour que ces policiers tueurs soient jugés", tempête Jean-Paul Ngahangondi, un élu provincial de Beni.

La maison d'un policier accusé d'être l'auteur du tir qui a coûté la vie au jeune homme de 25 ans a été incendiée par des habitants en colère. L'après-midi, l'ambulance de l'armée circulait dans les rues d'Oicha, ont rapporté des témoins.

Un peu plus au sud, à Butembo, important carrefour commercial, des membres de Veranda Mutshanga, un groupe de pression, ont barricadé la route, brûlé des pneus en signe de protestation contre les tueries de Beni. La police les a dispersés sans causer de dégâts, selon des témoignages recueillis par l'AFP.

"Une journée ville morte a été observée à l'appel de Veranda Mutshanga, la population a bloqué quelques artères, des magasins sont fermés", a nuancé une source onusienne.

Beni et ses environs - considérés comme zone d'action des miliciens ougandais ADF et repaire de nombreux groupes armés - sont la cible d'attaques meurtrières d'hommes armés depuis octobre 2014. 

Cette série de massacres attribués à ce groupe armé sanguinaire a fait plusieurs centaines des morts parmi des civils. Depuis, des actions militaires s'y déroulent sans mettre un terme aux tueries dans cette région érigée en zone opérationnelle.

La semaine dernière, l'armée congolaise avait mis en garde contre toute formation des jeunes aux métiers des armes en dehors des canaux légalement établis dans le Nord-Kivu.

"Les jeunes désireux de servir la patrie sous le drapeau doivent obligatoirement suivre le processus normal de recrutement (...) Autrement, tout mouvement de jeunesse armée, toute milice armée sera considérée comme une force négative et traitée comme telle", avait averti l'armée.

L'Est congolais est en proie à l'insécurité depuis 25 ans. Un récent rapport de l'ONG Human Rights Watch et du Groupe d'étude sur le Congo a répertorié plus de 130 groupes armés dans la seule région du Kivu.

AFP

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