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Les Algériens sont-ils racistes?

Une question posée à la Une du journal algérien francophone El Watan.

Le quotidien a cherché à déterminer, via une enquête, la perception que les Algériens ont des étrangers, principalement subsahariens et asiatiques. Le mépris est là. Ils existent des histoires de discriminations ou de moqueries par milliers.

«Une étude réalisée par l’Association pour l’aide, la recherche et le perfectionnement en psychologie (Sarpp), traitant de la situation des migrants subsahariens en Algérie, renvoie une image peu flatteuse de nous-mêmes», lit-on sur le site du quotidien.

Dans un premier temps, le journaliste s’aperçoit que les Algériens ne se sentent pas africains.

«Etes-vous Africains?», demande le journaliste à un jeune homme algérien qui vient de se moquer d'un noir africain.

«Non, nous ne sommes pas Noirs, juste un peu bronzés», répond le jeune homme.

Avant d'ajouter:

«L’Afrique, c’est la misère, les guerres, la famine. El hamdoulilah, grâce à Dieu, nous ne sommes pas dans ce cas de figure!»

En dépit ce déni d'africanité, le sociologue Hocine Abdellaoui juge que «l’Algérien n’est pas raciste».

«Dans notre imaginaire, l’étranger, c’est le colonisateur venu pour nous exploiter et accaparer nos biens.»

Malgré tout, il est loin le festival panafricain d'Alger de 1969, ironise le quotidien algérien.

«Lorsque nous étions étudiants, au milieu des années 1970 et que les dirigeants algériens ont invité les étudiants africains à venir en Algérie, il n’y avait plus de place dans les cités universitaires. Nous n’avons pas protesté car nous étions fiers de les accueillir dans notre pays», raconte Hocine Abdellaoui.

Mais les temps ont changé. Aux yeux des migrants, les Algériens seraient racistes ou xénophobes, agressifs, désagréables, méprisants et malintentionnés.

Noureddine Khaled, psychosociologue ayant dirigé cette étude, impute ces jugements sévères à la situation difficile et précaire des migrants africains, souvent sans papiers.

 «Quand ils ont la chance de trouver du travail au noir, ils sont exploités et n’ont aucun droit. Ils sont pour la plupart mal logés, mal nourris et harcelés par la police puisqu’ils n’ont pas de titre de séjour en règle.

Cette situation explique en grande partie la perception négative qu’ils ont de l’Algérie et des Algériens. Certaines associations font beaucoup d’efforts pour les aider, mais cela reste très insuffisant au regard de l’importance de leurs besoins».

Cela nourrirait, selon le psychologue, leur mauvaise vision de l’Algérie et des Algériens. Les Algériens, eux-mêmes, ont des préjugés sur ces migrants africains qui «apportent des maladies» et volent le travail des Algériens.   

«Ces préjugés sont souvent faux, mais sont entretenus par la rumeur et la désinformation relayées parfois par certains médias», poursuit le psychologue.

L'article d'El Watan rappelle également que les Algériens sont  virulents avec tous ceux qui ne sont pas Algériens.

«Les Chinois sont des mangeurs de chats, les Egyptiens sont des amateurs de fèves, les Marocains sont adeptes de la sorcellerie, etc. Les Algériens adoptent ainsi un comportement distancié en collant des étiquettes», observe Hocine Abdellaoui.

Lu sur El Watan

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