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En Libye, la peur de finir

Angoissés de finir "à la rue", des Libyens ayant fui les combats entre forces rivales près de Tripoli rêvent désespérément de retrouver leur maison et célèbreront le coeur lourd l'Aïd al-Adha, l'une des plus grandes fêtes musulmanes.

Femmes assises d'un côté, hommes de l'autre, une cinquantaine de déplacés se sont retrouvés à l'initiative d'une ONG dans un gymnase de Tripoli pour évoquer leurs difficultés.

"Nous sommes, ma famille et moi, à l'hôtel et je n'ai pas même pas un quart de dinar en poche", se lamente un père. L'Aïd sera donc très frugal alors qu'elle est un moment habituellement festif marquée par le sacrifice d'un mouton et le partage de pâtisseries.

Mais au-delà des restrictions pour cette fête, les déplacés s'inquiètent surtout de voir leurs économies fondre à mesure que les combats s'éternisent dans les zones qu'ils ont fuies il y a plusieurs mois.

"Je me suis rendue compte que la crise qu'ils vivent va au-delà des inquiétudes liées à l'Aïd", relève Intissar el-Qleib, présidente du Rassemblement libyen des associations de la société civile, venue les rencontrer.

Mohamad Kreir raconte ainsi que début avril, le quartier de la Mosquée al-Toghar à al-Swani (25 km au sud de Tripoli) où il vit avec sa famille, est devenu en quelques heures un champ de bataille entre les forces du Gouvernement d'union nationale (GNA), basé à Tripoli, et celles du maréchal Khalifa Haftar.

Ce dernier, qui contrôle de vastes zones dans l'est et le sud de la Libye, a lancé une offensive pour s'emparer de la capitale.

- "Nulle part où aller" -

"Dans la précipitation, nous n'avons même pas pu prendre le strict minimum. Arrivés au centre de Tripoli, (...) un comité de crise nous a hébergés dans un hôtel", explique-t-il.

La cinquantaine, il subit encore les séquelles d'un AVC survenu il y a quelques années et peine à rester debout. 

"Et voilà qu'il y a quelques jours, on nous dit qu'il faut quitter l'hôtel. (...) Que dois-je faire? Vivre dans la rue avec ma famille? J'ai nulle part où aller", dit cet homme rongé par l'angoisse.

Fatma Bachir, mariée et mère de deux enfants, habitait elle à Khallet al-Ferjan, au sud de Tripoli, l'une des premières zones où des tirs aveugles ont fait fuir la population.

Fonctionnaire à la Poste, Fatma a épuisé toutes ses économies pour vivre à Tripoli depuis son départ de chez elle.

"J'ai dépensé plus de 7.000 dinars (environ 4.450 euros), ce sont toutes mes économies. Il ne nous reste plus rien, à mon époux et moi, alors nous avons emprunté de l'argent", explique-t-elle.

"Depuis, nous sommes passés d'une maison à l'autre chez des proches avant d'aller à l'hôtel pour le mois de ramadan", raconte-t-elle.

- Endettés -

Cette situation est "anormale et insupportable. Nous allons nous retrouver à la rue, endettés", craint-elle.

Selon un dernier bilan publié vendredi par le Haut Commissariat aux réfugiés (HCR) de l'ONU, les combats aux abords de Tripoli ont fait 1.093 morts et 5.752 blessés, et poussé 120.000 personnes à quitter leur foyer.

Beaucoup de ces familles ne sont pas satisfaites des solutions proposées par le Comité de crise créé par le GNA qui peine à faire face à l'afflux de déplacés.

"Depuis la création du comité de crise, nous avons pu apporter quelques solutions", s'est pourtant défendu l'un de ses membres Abdel Barri Chenbar, lors d'une conférence de presse jeudi à Tripoli.

"Le GNA a alloué 10 millions de dinars (6,3 millions d'euros) pour réaménager des bâtiments publics pour loger les familles installées dans les écoles" depuis avril, a-t-il expliqué.

"Le comité n'est pas assez proche des gens et sa réponse est lente", critique Intissar el-Qleib. Elle voudrait que les autorités aillent à la rencontre de ces familles traumatisées par les combats et qui ne savent comment envisager leur avenir.

"Un déplacé n'a pas besoin d'un litre d'huile ou d'une boîte de concentré de tomates (...) mais qu'on l'écoute", souligne-t-elle.

Face au manque de perspective et d'argent, certains disent préférer revenir vivre chez eux, même si ces zones sont toujours considérées comme dangereuses.

"Je souhaite retrouver ma maison même si je crains pour mes enfants à cause de la situation sécuritaire et des combats tout proches qui pourraient les toucher aveuglément", insiste Mohamad Kreir.

AFP

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