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Des étudiants ivoiriens sur le campus de l'Université Félix Houphouët-Boigny à Abidjan, le 3 septembre 2012. AFP/Issouf Sanogo
Des étudiants ivoiriens sur le campus de l'Université Félix Houphouët-Boigny à Abidjan, le 3 septembre 2012. AFP/Issouf Sanogo

Les jeunes Ivoiriens, prisonniers du désespoir et de la violence

En Afrique, le chômage des jeunes n'est pas la priorité des dirigeants. Résultat, cette génération trouve souvent refuge dans la violence.

 Dans tous les pays du monde, le chômage des jeunes constitue une véritable préoccupation pour les dirigeants politiques qui savent à quel point cette contrariante réalité peut leur être fatale. Face au désespoir de ces jeunes chômeurs, souvent de très longue durée, en dépit de nombreux diplômes universitaires, de multiples initiatives sont prises dans les pays occidentaux pour apporter des solutions durables à ce phénomène de société qui s’amplifie de plus en plus.

En Afrique, particulièrement, où le taux de chômage est très élevé, le désespoir de ces jeunes chômeurs, diplômés ou non, est désormais une banalité, comme tant d’autres auxquelles on ne fait plus vraiment attention. En Côte d’Ivoire, par exemple, ces dernières années ont donné une désagréable impression de banalisation du chômage, en général. Pire, il a été utilisé et instrumentalisé à des fins politiques, en faisant fi des conséquences éventuelles.

Instrumentalisation de la jeunesse

Il était donc normal que ces jeunes, emprisonnés dans le désespoir, la frustration, la perte de l’estime de soi, et confrontés aux incertitudes de l’avenir fragilisés psychiquement, cèdent aux appels à la violence et à la haine. Cette fragilité psychologique les rendait, de fait, vulnérables, influençables et perméables à toutes sortes de discours qui leur donnaient le sentiment d’exister à travers des actions de violences en lieu et place d’un emploi, d’un stage ou d’une formation mieux adaptée aux besoins du marché de l’emploi. On leur proposait des armes de guerre et l’affrontement, dans la destruction entre jeunes de différents partis politiques, ethnies ou religions.

Puisque ces jeunes ne faisaient rien de leur journée, il fallait donc les occuper en les instrumentalisant, avec des promesses de lendemains meilleurs qu’ils ne verront jamais. Au plus fort des différentes crises politiques ivoiriennes, leurs implications et engagements dans les différentes actions politiques étaient déterminants dans les rapports de force suicidaires qui opposaient les acteurs politiques sur le terrain.

Pendant que ces jeunes, doublement prisonniers de leur milieu social et de leur statut de chômeur désespéré se battaient entre eux pour des enjeux qu’ils ignoraient, le plus souvent, d’autres jeunes, de milieux plus favorisés et dont l’avenir professionnel ne souffrirait aucune incertitude après ces périodes troubles, étaient tout simplement à l’abri, hors du pays.

Avec des millions de francs mis à leur disposition pour mener des actions de destruction, de xénophobie et de violence pour les uns, et pour les autres, armes à la main, habillés en treillis, ils avaient, tous un sentiment de toute-puissance, et enfin d’exister auprès de ceux qui les regardaient auparavant avec compassion ou les ignoraient, parce qu’ils étaient sans emploi et prisonniers de leur désespoir existentiel.

Une volonté politique

Revenus à la réalité, après cette violente crise post-électorale qui leur a révélé les vérités abruptes des horreurs de la guerre, dans toutes ses dimensions, ces jeunes ont pu mesurer le décalage qui existe entre le fantasme de la guerre et ses réalités impitoyables, cruelles et sans distinction.

Aujourd’hui, au nom de la réconciliation nationale, le gouvernement accentue ses efforts en faveur de l’emploi des jeunes, afin de les rendre plus autonomes et moins en situation de dépendance vis-à-vis des acteurs politiques qui exploitent cette faiblesse pour satisfaire leurs ambitions.

Il est évident qu’un jeune, diplômé ou non, investi dans son emploi avec un plan de carrière à réaliser, sera moins influençable et vulnérable face aux prédateurs politiques de tout bord qui se soucient, par contre, de l’avenir professionnel de leur progéniture.

Pour l’instant, les différentes actions pour permettre à ces jeunes prisonniers du désespoir et de la violence, de se libérer, ne sont pas encore à la hauteur des attentes, en dépit de la volonté politique affichée. Tous les regards se tournent donc vers tous ceux qui ont en charge l’emploi et la lutte contre le chômage, notamment des jeunes en Côte d’Ivoire, si nous voulons éviter de nouveaux affrontements politiques meurtriers. Ce ne seront pas nos hommes politiques qui se battront entre eux, si tous nos jeunes sont occupés à gérer leur carrière professionnelle, afin d’assurer leur avenir et celui de leurs enfants.

Macaire Dagry

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Macaire Dagry

Macaire Dagry. Journaliste ivoirien.

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