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Gambie: les heures sombres du régime de Jammeh dévoilées au grand jour

Baba Hydara circulait en voiture quand il a entendu à la radio l'ancien "jungler" Malick Jatta décrire froidement comment la garde rapprochée de l'ancien président gambien Yahya Jammeh avait assassiné en 2004 son père Deyda Hydara, considéré comme le doyen des journalistes de ce petit pays d'Afrique de l'Ouest.

A 42 ans, Baba Hydara milite pour que soient jugés les assassins de son père, cofondateur du journal privé The Point et correspondant de l'Agence France-Presse (AFP) en Gambie depuis 30 ans, et leur donneur d'ordre présumé, l'ex-président Jammeh, qui a trouvé refuge en Guinée équatoriale.

"Ça fait remonter tout ce par quoi nous sommes passés depuis 15 ans", a expliqué à l'AFP Baba Hydara, en évoquant cette audition du 22 juillet de Malick Jatta devant la Commission vérité et réconciliation (TRRC).

Membre des "Junglers", les escadrons de la mort du régime de Yahya Jammeh, M. Jatta a avoué lors d'une audition publique très suivie par les Gambiens, entre autres crimes, avoir fait partie des tueurs qui ont criblé de balles Deyda Hydara le soir du 16 décembre 2004 alors qu'il raccompagnait deux de ses collaboratrices.

"C'est comme si c'était des écoliers qui avaient fait leurs devoirs: ils ont fait des recherches pour déterminer quand et comment frapper", a souligné Baba Hydara.

La Commission qui a entamé ses auditions en janvier, pourra, au terme de ses travaux d'une durée prévue de deux ans, recommander des poursuites ou des réparations. Elle ne peut en revanche pas prononcer de condamnations. 

Après une pause d'une semaine, ses travaux reprendront lundi.

- Partisans ébranlés -

Arrivé au pouvoir par un putsch sans effusion de sang en juillet 1994, Yahya Jammeh s'était fait élire en 1996 puis réélire sans interruption jusqu'à sa défaite en décembre 2016 face à l'opposant Adama Barrow. Il a fini par quitter le pays après une crise de six semaines et à une intervention militaire et diplomatique régionale. 

Les défenseurs des droits de l'Homme ont accusé son régime de tortures systématiques d'opposants et de journalistes, d'exécutions extra-judiciaires, de détentions arbitraires, de disparitions forcées et de viols.

Un ex-membre de la junte, Yankuba Touray, soupçonné d'implication dans l'assassinat d'un ministre et de soldats lors d'une tentative de coup d'Etat, a refusé en juin de répondre aux questions de la Commission et a été arrêté.

La confiance des partisans de M. Jammeh semble toutefois avoir été ébranlée.

"Nous les supporters, on a toujours clamé que Yahya Jammeh avait transformé le pays en construisant des écoles, des routes et des hôpitaux. Mais ces témoignages ont démontré tout le mal qu'il a fait au pays", a confié une marchande de Banjul, Marie Mendy. 

Les trois anciens junglers interrogés dans la semaine du 22 juillet ont avoué avoir commis des dizaines de meurtres sous ses ordres. "Nous étions l'équipe de choc de Yahya Jammeh, nous avions une confiance aveugle en lui", a expliqué l'un d'eux, Amadou Badjie.

Ils l'ont accusé d'avoir ordonné que deux Americano-gambiens soupçonnés de préparer un coup d'Etat soient "découpés en morceaux" et d'avoir fait tuer l'ex-chef d'état-major Ndure Cham, accusé d'avoir fomenté un putsch, de même qu'un membre de sa famille, Haruna Jammeh.

- Vers une extradition? -

Les anciens militaires, en détention, l'ont également accusé du meurtre d'une cinquantaine de migrants arrêtés sur une plage de Gambie alors qu'ils tentaient de se rendre en Europe et pris pour des putschistes.

Le président du syndicat des journalistes, Saikou Jammeh, évoquant "22 longues et difficiles années", a dénombré l'arrestation de quelque 140 journalistes et la fermeture d'une quinzaine de médias.

Un ex-chef d'état-major adjoint, Sana Sabally, a raconté avoir subi de terribles tortures en 1995 et vu le ministre de l'Intérieur Saddibou Hydara succomber à ses mauvais traitements "dans (ses) bras".

"Nous avons maintenant les preuves du lien entre Jammeh et le meurtre de Gambiens. Cela peut être la base d'une inculpation formelle et peut-être d'une demande d'extradition", a déclaré à l'AFP le bâtonnier de Gambie, Salieu Taal.

Le président Adama Barrow avait indiqué début 2018 qu'il attendrait la fin des travaux de la Commission pour se prononcer sur une éventuelle demande d'extradition de son prédécesseur.

AFP

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