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Barack Obama et sa famille, le soir de sa réelection, Chicago, 7 novembre 2012. ©	REUTERS/Philip Andrews
Barack Obama et sa famille, le soir de sa réelection, Chicago, 7 novembre 2012. © REUTERS/Philip Andrews

Obama qu'as tu fait du rêve américain?

Le candidat démocrate rempile pour un second mandat. Mais, Barack Obama a déçu à l'intérieur comme à l'extérieur des frontières des Etats-Unis.

Barack Obama a donc réussi son pari en se faisant réélire à la présidence des Etats-Unis d’Amérique.

Comme en 2008, des millions de non-Etasuniens ont suivi avec intérêt la nuit électorale, ses débats et son suspense. Pour autant, la magie d’il y a quatre ans n’était pas au rendez-vous.

Dissipé le grand moment historique qui a tant fait pleurer dans les chaumières et remisées les tirades empreintes d’émotion et leur désormais ringard «Yes, we can».

Disparu le sentiment d’admiration à l’égard d’un pays capable de choisir un métis à sa tête, cinquante ans à peine après les terribles batailles pour les droits civiques et contre la ségrégation.

Tout cela est oublié. Car, c’est peu dire qu’Obama a déçu à l’intérieur comme à l’extérieur de ses frontières.

Attentiste, velléitaire, incapable de dicter sa loi aux flibustiers de Wall Street mais aussi va-t-en-guerre, grand ordonnateur de tueries par drones interposés et, ne l’oublions pas, incapable, malgré sa promesse électorale de 2007, de procéder à la fermeture du camp de Guantanamo: les griefs et les déceptions ne manquent pas.

Pour sa défense, les uns citent la violence de la crise économique à laquelle le président américain n’était pas préparé. D’autres, insistent sur le fait que son action réformatrice a été entravée par un Congrès entre les mains de Républicains poussés à la radicalisation par le mouvement ultra-doitier du Tea Party.

Obama ne sera pas Carter

On relèvera que le président réélu a pourtant eu la majorité dans les deux chambres durant la première moitié de son mandat et qu’il n’a guère exploité cet avantage.

Obama ne sera donc pas le nouveau Jimmy Carter, ce président démocrate (1976-1980), battu par Ronald Reagan et devenu depuis le symbole d’une certaine naïveté du centre gauche américain.

Mais on sait ce qu’est devenu Carter. Une conscience internationale, un homme de paix, ce que ne pourra être Obama, malgré le prix Nobel qu’il a reçu. Dans les mois qui viennent, il faut s’attendre à ce qu’il enfile de nouveau son costume de chef de guerre avec comme possibles théâtres d’opérations le Mali, l’Iran voire la Syrie.

En tous les cas, on aura compris qu’un président américain est toujours le continuateur de la politique internationale de ses prédécesseurs.

C’est pourquoi il ne faut pas espérer de miracle concernant le drame palestinien. Au cours des quatre dernières années, les défenseurs d’Obama ont expliqué que le président américain ne pouvait s’attaquer de front à ce dossier sans risquer de perdre sa réélection.

Le voici reconduit pour quatre ans à la Maison Blanche mais qui peut croire qu’il pourra imposer aux Israéliens d’évacuer les colonies de Cisjordanie et d’accepter la création d’un Etat palestinien?

Le veut-il, lui qui s’est opposé à la proclamation unilatérale de cet Etat? Et, le voudrait-il, rien ne dit qu’il prendra le risque de mettre dans l’embarras le futur candidat démocrate à l’élection présidentielle de 2016.

Les vrais vainqueurs, les lobbyistes du Congrès

En tout état de cause, l’un des grands vainqueurs de cette élection s’appelle K Street. Il s’agit de cette rue de Washington où l’on trouve des centaines de bureaux de lobbyistes chargés d’activer autour des membres du Congrès (sénateurs et représentants) voire auprès de la Maison-Blanche.

Les sommes injectées dans la campagne par ces groupes de pression donnent le tournis: Au moins deux milliards de dollars, si on se limite à la seule élection présidentielle. Qui peut encore prétendre que la démocratie américaine n’est pas malade? Réalise-t-on qu’il faudra trois milliards de dollars pour être élu président des Etats-Unis en 2016?

Bien sûr, on peut penser, comme l’artiste contestataire chinois Ai Weiwei, que l’Amérique peut être fière de sa démocratie sans élections truquées ni grands incidents. En Chine, comme dans n’importe quel pays dictatorial, les Etats-Unis incarnent toujours un idéal démocratique, un but à atteindre pour garantir la liberté de tous.

On peut estimer que cette vision est naïve et qu’il existe des démocraties bien plus saines —et moins corrompues par l’argent— comme c’est le cas pour les pays scandinaves ou le Canada.

Une gifle aux fous furieux d'extrême-droite

Il n’empêche, l’attraction que l’Amérique exerce sur le reste du monde reste intacte et c’est là sa force.

Mais ne boudons pas notre plaisir. La victoire d’Obama fait aussi plaisir car elle est une gifle cinglante sur la tronche de tout ce que l’Amérique compte comme déplaisances.

Tous ces réactionnaires, ces fous furieux d’extrême-droite sans oublier FoxNews, bien sûr, cette chaîne de propagande qui est au journalisme ce qu’est la margarine à la cuisine au beurre.

La réélection d’Obama met déjà ces mauvaises gens dans un état de rage folle. Qu’elle les étouffe, a-t-on envie d’écrire.

Il y a aussi ce Sheldon Adelson, treizième fortune mondiale, propriétaire de casinos et soutien déclaré d’Israël où il possède plusieurs intérêts économiques dont un journal gratuit.

Cet homme a versé des centaines de millions de dollars pour faire battre Obama et le punir de ne pas s’être totalement allongé aux pieds des dirigeants de l’état hébreu.

Au final, son argent sale est parti en fumée. Cela fait du bien, cela fait rire et ricaner. Et rien que pour cela, la réélection d’Obama en vaut tout de même la peine…  

Akram Belkaïd  (Quotidien d'Oran)

 

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Akram Belkaïd

Akram Belkaïd, journaliste indépendant, travaille avec Le Quotidien d'Oran, Afrique Magazine, Géo et Le Monde Diplomatique. Prépare un ouvrage sur le pétrole de l'Alberta (Carnets Nord). Dernier livre paru, Etre arabe aujourd'hui (Ed Carnets Nord), 2011.

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