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Réélection d’Obama: les Africains satisfaits, mais si peu...

Au Burkina, la réélection de Barack Obama n’a pas enthousiasmé comme en 2008. Pourtant, les critiques africaines à son égard ne sont guère virulentes...

«L'euphorie de l'élection présidentielle américaine précédente n'était vraiment plus de mise pour moi.»

Ces propos légèrement désabusés sont ceux d’un enseignant en informatique très féru d’actualité.

Si l'on en croit ce prof burkinabè qui vécut quelques mois aux Etats-Unis en 2010, l’obamania est retombée comme un soufflé.

Pourtant, le désenchantement ne se fait pas virulent:

«Obama n'a pas été plus mauvais que ses prédécesseurs», précise tout de suite le Ouagalais originaire de l’est du pays. Le président réélu aurait-il fait, en quatre ans, moins de «cocus» que François Hollande en six mois?

Quoi qu’il en soit, et même si l’Afrique est satisfaite de l’issue du scrutin américain, la «sur-réaction» émotionnelle de 2008 semble bien loin. Bien loin, même si «ces quatre années sont passées à la vitesse de la lumière», s’étonne une employée de banque stupéfaite.

«Je me revois encore veiller en novembre 2008 et verser une larme à l’annonce des résultats.»

Peu de monde aura veillé, ce 6 novembre 2012, au Burkina Faso. Certains ont même éteint leur téléviseur plus tôt que d’habitude, comme cet expatrié qui vit au Faso depuis quatorze ans. Il s’exprime sur un ton agacé:  

«Depuis une quinzaine d'années, la présidentielle est une émission de téléréalité diffusée en direct, avec tous les ingrédients nécessaires à ce genre d'exercice: envoyés spéciaux dont l’hystérie grandit avec l’échéance, déroulement linéaire, à la limite de l'endormissement, d'un scénario rédigé conjointement par les états-majors et les média.»

Il s’insurge contre ces story tellers qui maquillent les campagnes électorales en vulgaires blockbusters télévisuels.

«Dans les années 90, le phénomène n'était pas flagrant du tout. Puis ça m’a sauté aux yeux en janvier 2000. J'étais en attente dans l'aéroport d'Accra quand j'ai entendu un assez long sujet là-dessus. Ce qui portait le début du feuilleton à dix mois avant le dénouement! Auparavant, l'élection américaine n'était traitée que dans le dernier mois.»

Le Burkinabè d’adoption y voit l’avènement de la société du spectacle annoncée, dès le début des années 60, par Guy Debord et les situationnistes:  

«Traiter l'accession au “pouvoir suprême” fournit tous les ingrédients hollywoodiens: duel d'un bon et d'un méchant, seconds rôles truculents, rythme soutenu, incursion très contrôlée dans une pseudo intimité familiale, décors nombreux et variés, répliques assassines, etc.» et tant pis pour «les orientations et les conséquences des politiques menées.»

Et le Ouagalais d’ironiser: «Vivement la saison 2016!». Si le comédien George Clooney se décidait à se lancer dans la course à cette Maison Blanche qui fut déjà occupée par l’acteur de western Ronald Reagan, tous les ingrédients hollywoodiens seraient, pour le coup, explicitement réunis…

Bien sûr, ce marathon électoral aurait été encore moins suivi, au Burkina, si le 44e président américain n’avait pas été noir et, qui plus est, kényan de père. En 2008, l’Obamania qui galvanisait le monde était encore plus flagrante en Afrique qu’ailleurs.

Lecture raciale? Déception africaine ou pas, l’enseignant d’informatique insiste que le président réélu aura marqué l’Histoire:  

«Après le nouveau mandat d’Obama, on gardera éternellement en mémoire le passage d'un citoyen américain de race noire qui n'a pas du tout démérité dans ses fonctions de président de la première puissance du monde; ça prouve aussi que les mentalités aux States sont en train de changer, beaucoup plus vite qu'en Europe en tout cas. Affaire à suivre.»

Rassuré par la réélection du président

Un autre professeur burkinabè enseigne l’allemand à l’Université. Mais c’est depuis Eldoret, au Kenya natal du père de Barack Obama, qu’il a suivi l’élection.

En «Kenyan passager», il se déclare rassuré par la réélection du président. Il avoue avoir pensé «avec angoisse à l’issue de l’élection». Il craignait d’être «confronté, nolens volens, à une lecture raciale d'un problème politique».

«Si Obama n’avait pas été réélu, le monde entier, car les USA sont le monde, y aurait vu l'échec des Blacks à travers l'histoire. Mais qui a jamais dit que la politique n'était pas raciale?»

Et de se demander si les Africains avaient eu raison de s'être «mis à penser, à un moment ou un autre: “Black ou pas, Obama est et reste un Américain”»?

C’est bien le discours qui domine dans les “maquis” ouagalais. «Le métissage d’Obama était un leurre», lance un comptable.

«Il est le président des Américains. Un point un trait. Noir ou pas, il a agi comme ses prédécesseurs. Et Guantanamo? C’est fermé, Guantanamo? Qui a entendu parler de l’Afrique pendant la campagne? Franchement, j’attendais plus après les discours du Caire ou d’Accra

Le teint du président réélu aurait-il dispensé, un temps, le continent noir de débat idéologique? Le fond ne s’invite-t-il que tardivement dans les discussions africaines? Si Obama est américain avant d’être noir, les Africains, pour beaucoup, ont été Obamaniaque avant d’être démocrates. N’est-ce pas une minorité, sur le continent, qui se déclarerait solidaire avec les projets de mariages gays soutenus par Obama? 

En prévoyant la peine de mort, le code pénal de plus de 70% des pays africains n’est-il pas d’obédience “républicaine”? Comme les néo-libéraux américains, les Africains ne souhaitent-ils pas que le fisc ait la main plus que légère en matière d’imposition individuelle, au risque d’un interventionnisme minimaliste de l’état? La culture de la couverture “santé” n’est-elle pas embryonnaire en Afrique, au profit d’une solidarité de proximité? L’opinion africaine ne compose-t-elle pas avec le droit à la possession individuelle d’une arme de poing, quand Obama milite pour un strict contrôle?

Dans la carrière de Barack Obama, le magnétisme de son épiderme —rare au sommet de la politique étasusienne— a fonctionné à fond sur le continent noir. N’y voir pourtant aucune qualification lapidaire de la pensée africaine: une majorité des hommes politiques européens de droite ont été, eux aussi, hypnotisés par la coolitude du président réélu. Mais Obama est-il de gauche? Ou africain?

Damien Glez

 

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Dessinateur burkinabé, il dirige le Journal du Jeudi, le plus connu des hebdomadaires satiriques d'Afrique de l'Ouest.

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