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Le président tunisien Béji Caïd Essebsi meurt

Béji Caïd Essebsi, premier président élu démocratiquement au suffrage universel en Tunisie, est décédé jeudi à l'âge de 92 ans, ouvrant la voie à une élection présidentielle anticipée dans ce pays pionnier du Printemps arabe.

Aussitôt après son décès, le Parlement a déclaré que son président Mohamed Ennaceur, 85 ans, serait intronisé le même jour président de la République par intérim, conformément à la Constitution.

La télévision nationale a arrêté ses programmes pour diffuser des versets du Coran, avant d'annoncer le décès du président qui avait été fin 2014, trois ans après la révolution qui chassa du pouvoir le président Zine el Abidine ben Ali.

Béji Caïd Essebsi est mort à quelques mois de la fin de son mandat en décembre, alors qu'un scrutin législatif est prévu le 6 octobre et une présidentielle le 17 novembre.

"Que Dieu préserve la Tunisie", a écrit sur sa page Facebook Hafedh Caïd Essebsi, fils du président décédé et chef de file du parti présidentiel Nidaa Tounes.

De nombreux hommages ont afflué. La chancelière allemande Angela Merkel a salué "un acteur courageux sur le chemin de la démocratie". Le président du Conseil italien, Giuseppe Conte, a dit ses "profonds regrets" pour "un homme d'Etat d'une grande humanité". Le Qatar a présenté son condoléances au peuple tunisien.

Le Premier ministre Youssef Chahed a décrété un deuil national de sept jours, selon les médias locaux.

Le chef de file du mouvement islamiste Ennahdha Rached Ghannouchi, un adversaire de Béji Caïd Essebsi devenu son allié, a rendu hommage à "un dictionnaire de la sagesse", estimant que "le dialogue national n'a pu réussir que grâce à Béji".

- Moins d'inquiétude -

Vétéran de la politique, Béji Caïd Essebsi était le plus vieux chef d'Etat au monde en exercice après la reine Elizabeth II d'Angleterre. Il a servi aussi bien sous Habib Bourguiba, premier président de la Tunisie, que sous Ben Ali, avant d'accéder lui-même à la présidence avec la mission paradoxale de consolider la jeune démocratie.

La Tunisie est le seul des pays arabes touchés par les contestations à poursuivre sur la voie de la démocratisation malgré les soubresauts politiques, la morosité économique et des attaques jihadistes sanglantes. 

Le président avait été hospitalisé une première fois fin juin, le jour où deux attentats suicide avaient tué un policier à Tunis.

Son hospitalisation avait déclenché une vague d'inquiétude sur la fragilité des institutions tunisiennes. Mais après d'intenses tractations à l'Assemblée des représentants du Peuple, de nombreux débats et mises au point sur la transition politique ont calmé les esprits.

"Cette fois-ci, l'inquiétude est moins grande", estime l'analyste Michael Ayari, soulignant l'importance de respecter le calendrier prévu par la Constitution. 

Toute la classe politique doit assumer sa "responsabilité" durant cette période délicate, ont réagi des représentants de la société civile.

- Démocratie fragile -

"L'Etat continue à fonctionner et selon la Constitution c'est le président du Parlement qui assure la présidence de la République" par intérim, a dit M. Ennaceur sur la télévision nationale, quelques heures après le décès survenu le jour où le pays célèbre la proclamation de la République en 1957.

La Constitution prévoit que le chef du Parlement peut assurer l'intérim durant 45 à 90 jours.

Au delà de cette période, un nouveau chef de l'Etat doit arriver au pouvoir, ce qui impliquerait l'organisation d'une élection présidentielle anticipée d'ici fin octobre.

Le calendrier actuel prévoit des législatives le 6 octobre, suivies d'une présidentielle le 17 novembre.

Huit ans après la révolution, la Tunisie reste fragile au plan économique et sécuritaire. 

Malgré une reprise fragile de la croissance après des années de marasme, le pays peine à répondre aux attentes sociales et à faire baisser un chômage persistant à 15%.

Le pays a été frappé par de sanglantes attaques jihadistes ces dernières années, dont les plus meurtrières, revendiquées par le groupe Etat islamique (EI), ont eu lieu en 2015. 

La situation s'est beaucoup améliorée depuis, mais des attaques ponctuelles subsistent. La Tunisie reste  menacée par le chaos libyen à ses frontières, tandis que des migrants sont arrivés de Libye par centaines ces derniers mois.

AFP

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