mis à jour le

Mama Sarah Obama, la grand-mère kényane de Barack Obama. SIMON MAINA / AFP
Mama Sarah Obama, la grand-mère kényane de Barack Obama. SIMON MAINA / AFP

La grand-mère kényane d'Obama fête la victoire du «fils» de Kogelo

Kogelo, le village des origines kényanes de Barack Obama, le président démocrate réelu à la Maison Blanche, fête en grandes pompes la victoire de son «fils», autour de la grand-mère Mama Sarah Obama. Reportage.

Kogelo, le village des origines kényanes de Barack Obama, célèbre mercredi la réelection du fils du pays, qui a gagné «parce qu'il sait aimer les gens», selon sa grand-mère, Sarah Obama.

La troisième femme du grand-père paternel de Barack Obama n'a pas de lien de sang avec le président américain réélu, mais ce dernier a fait savoir qu'il la considérait comme sa grand-mère paternelle, et il lui avait rendu visite en 2006 à Kogelo, dans l'ouest du pays, quand il n'était encore que sénateur.

Très vite mercredi matin, ce petit village niché dans les collines, à une soixantaine de km du lac Victoria, a convergé chez «Mama Sarah».

«En venant chez Sarah, nous accueillons Obama», scande la petite foule. Avant que la famille Obama n'invite les journalistes à une conférence de presse sur la pelouse du jardin.

«Il a gagné par la grâce de Dieu, assure alors cette grande-mère de 90 ans. Et aussi parce qu'il sait aimer les gens, il n'a pas le goût de la division. C'est pour cela qu'il a gagné», ajoute-t-elle dans sa langue maternelle, le luo.

Pour la grand-mère de Barack Obama, la réelection de ce dernier est encore plus importante que sa conquête du pouvoir il y a quatre ans.

«Il est revenu une seconde fois, et il a gagné», lâche-t-elle.

Interrogée sur la déception des Kényans qui attendaient une visite du président Obama au cours de son premier mandat, «Mama Sarah» rétorque que «nous ne pouvons pas être amers». Son petit-fils doit avant tout s'occuper des Etats-Unis.

A Kogelo, nombre d'habitants ont veillé toute la nuit jusqu'à ce que les résultats donnent Obama vainqueur.

La fièvre des résultats

Une route principale goudronnée, l'électricité, l'eau courante... En quatre ans, Kogelo, le village des origines kényanes de Barack Obama, a changé de visage.

A l'approche du scrutin, ce village de l'ouest du Kenya, niché dans les collines à une soixantaine de kilomètres du lac Victoria, a vu arriver des médias du monde entier. La télévision kényane installe son antenne satellitaire.

Sur la route qui relie la bourgade à la principale ville de la région, Kisumu, une banderole invite, pour 1.000 shillings minimum (environ 9 euros), quelques privilégiés —les billets sont limités— à venir suivre «l'élection 2012 du président américain sur grand écran» au Kogelo Village Resort.

«Je vais regarder l'élection toute la nuit, assure Mary Manyala Ohito, travailleuse sanitaire. 1.000 shillings, c'est cher, mais je vais me le permettre.»

Dans la cour de l'école primaire voisine, rebaptisée école Obama après une visite de celui qui n'était encore que sénateur, en 2006, un écran géant devrait aussi être installé, cette fois en accès libre pour tous les habitants.

A Kogelo, vit encore Sarah Obama, la troisième femme du grand-père paternel de Barack Obama, 90 ans cette année. Le président des Etats-Unis n'a aucun lien de sang avec «Mama Sarah», mais a souvent fait savoir qu'il la considérait comme sa grand-mère.

A l'approche de l'élection, «Mama Sarah» reste cloîtrée dans sa maison, gardée par un policier 24 heures sur 24. Impossible de l'approcher pour l'instant, dit sa famille.

«Nous allons rester ensemble en famille à regarder (la télévision), jusqu'à ce que le résultat soit annoncé», dit simplement Said Hussein Obama, un oncle du président.  

De grands changements opérés

Il y a quatre ans, se souvient un journaliste venu suivre depuis Kogelo l'élection d'Obama, il était difficile de trouver une boisson fraîche dans les échoppes du village, la télévision fonctionnait au générateur.

L'Internet est encore chaotique, mais les hôtels se développent désormais, qui offrent accès aux chaînes câblées.

«Il y a eu de grands changements ici (...) Maintenant nous avons l'eau (courante), l'électricité, un poste de police, la sécurité est meilleure», explique la gérante du Kogelo Village Resort, Dorothy Babu. 

Avant, Kogelo était «un village endormi», renchérit Mary Manyala Ohito, évoquant à son tour l'arrivée des boda-boda, les motos-taxi kényans, et la professionnalisation des soins de santé, dans le village ces dernières années.

Le tourisme semble cependant encore loin d'avoir comblé les espérances. Le Kogelo Village Resort, ouvert il y a un peu moins d'un an, accueille encore surtout des participants à des séminaires, des écoles, des ONG qui désormais travaillent dans la région, reconnaît la gérante.

On rêve d'une nouvelle visite de Barack

Après l'élection en 2008 de Barack Obama, Kogelo espérait pourtant devenir une étape incontournable du tourisme kényan, aux côtés des parcs nationaux, des stations balnéaires de l'océan Indien.

Mais ici, la principale attraction, «Mama Sarah», est peu accessible et au-delà de la famille du président, «il n'y a pas encore grand chose à voir», dit Mme Babu, qui espère voir se créer bientôt une réserve animalière dans les environs.

«Beaucoup reste à faire, admet Said Hussein Obama. Les gens veulent voir les origines du président et cela peut aider l'économie.»

Mais, «c'est au gouvernement d'être agressif dans sa façon de faire le marketing de cet endroit», estime-t-il, évoquant la possibilité d'intégrer Kogelo dans un circuit touristique de l'ouest du Kenya.

L'héritage Obama? C'est indéniablement un plus, en terme d'image, même si le développement du village, assure-t-il, relève «entièrement d'un projet du gouvernement» kényan.

«Avec son élection, [Obama] a permis à Kogelo d'avoir un nom sur les cartes du monde entier, affirme son oncle. Je ne pense pas que (le développement) aurait été possible si Barack n'avait pas été élu.»

Les habitants sont-ils un peu déçus de n'avoir pas revu le président depuis son élection? Mary Manyala Ohito préfère glisser qu'elle espère «qu'il va venir».

En quatre ans de mandat, Barack Obama n'est pas une fois revenu au Kenya. Il n'a visité qu'un pays africain, le Ghana.

«Peut-être que cette fois, s'il est réélu, il fera une tournée en Afrique, lance son oncle. Je ne peux pas dire s'il viendra à Kogelo, mais (...) j'espère que le Kenya fera partie des pays qu'il visitera.»

AFP

 

A lire aussi

La mère de Barack Obama, descendante d'esclave

Barack Obama n'est pas ton ami

Obama ou l'éloquence du velléitaire

La face cachée de Barack Obama père

Slate Afrique avec AFP

Slate Afrique avec AFP

Ses derniers articles: En Tunisie, la grenade est la star de l'automne  L'escrimeuse Inès Boubakri dédie sa médaille d'or à « la femmes tunisienne»  En Afrique du Sud, des élections municipales cruciales pour l'ANC 

Afrique

AFP

Afrique du Sud: test d'un nouveau vaccin contre le sida

Afrique du Sud: test d'un nouveau vaccin contre le sida

AFP

Afrique du Sud: l'ANC rejette "l'appel" à la démission de Jacob Zuma

Afrique du Sud: l'ANC rejette "l'appel" à la démission de Jacob Zuma

AFP

Afrique centrale: un sommet régional sur la sécurité

Afrique centrale: un sommet régional sur la sécurité

Barack Obama

Election présidentielle américaine

Trump a invité le demi-frère kenyan d'Obama au dernier débat présidentiel

Trump a invité le demi-frère kenyan d'Obama au dernier débat présidentiel

Etats-Unis

Dans la primaire républicaine, Ben Carson joue de ses origines africaines

Dans la primaire républicaine, Ben Carson joue de ses origines africaines

Au bout du fil

Quand Jacob Zuma ne raccroche pas son téléphone pour saluer Barack Obama

Quand Jacob Zuma ne raccroche pas son téléphone pour saluer Barack Obama

Kenya

AFP

Le Kenya expulse un représentant du chef rebelle sud-soudanais Riek Machar

Le Kenya expulse un représentant du chef rebelle sud-soudanais Riek Machar

AFP

Le Kenya se retire de la force ONU au Soudan du Sud

Le Kenya se retire de la force ONU au Soudan du Sud

AFP

Une dispute frontalière maritime entre le Kenya et la Somalie lundi devant la CIJ

Une dispute frontalière maritime entre le Kenya et la Somalie lundi devant la CIJ